Pierre Baudin, l’Européen, a consacré sa vie à l’étude, à la réflexion et à l’intérêt général. Très cultivé, dévoué, extrêmement travailleur, Pierre était un homme discret. Je ne l’ai jamais vu se vanter de quoi que ce soit. Il en avait pourtant le droit !

Pendant près de trente ans, en qualité de haut fonctionnaire, il avait participé, à Bruxelles, à la construction de la politique agricole commune dont il connaissait admirablement les règles, les spécificités et l’histoire. Collaborateur le plus proche du commissaire européen en charge de l’agriculture, il avait participé à l’élaboration d’un des dossiers les plus aboutis de la construction européenne, pour ne pas dire la seule politique réellement commune de l’Union européenne. En 1993, il avait publié chez Economica : « L’Europe face à ses marchés agricoles ». Dans ce livre, il avait expliqué, avec clarté et précision, des dispositions que seuls les initiés pouvaient comprendre. Ce livre, il ne l’avait pas écrit à la gloire de la politique agricole commune dont il connaissait les « péchés originels ». Il expliquait pourquoi, et comment, les décisions avaient été prises ; notamment comment, au fur et à mesure de la constitution d’excédents structurels cumulatifs, l’organisation des marchés avait évolué du type à prix de soutien vers le type à aide complémentaire au prix de soutien, puis de ce type vers le type à seule aide directe et à la protection à la frontière. La capacité d’analyse et de synthèse dont faisait preuve Pierre Baudin avait, à l’époque, fait de ce livre, un ouvrage de référence.

Pierre Baudin, à droite, et Bruno Théret, en 1998

Pierre Baudin, à droite, et Bruno Théret, en 1998

J’ai eu la chance de faire la connaissance de Pierre Baudin en 1998, quand, récemment élu à la présidence de l’Union des associations d’auditeurs de l’Institut des hautes études de défense nationale, j’avais confié, au professeur Jean Lévieux, la mission de rénover l’organisation du Forum des travaux des auditeurs, c’est-à-dire l’organisation des études menées à bien au sein de cet ensemble d’associations. Pour conduire ce projet, Jean Lévieux s’était entouré d’une dizaine de professeurs d’université, dont Pierre Baudin, qui avait suivi une session régionale de l’IHEDN à Strasbourg en 1982 et exerçait ses fonctions de professeur à l’Institut d’Etudes Européennes de l’Université de Bruxelles.

Lors du congrès des auditeurs, qui s’était tenu à Paris, à l’Ecole militaire, les 23 et 24 octobre 1999, j’avais demandé au professeur Pierre Baudin et à son ami Bruno Théret, directeur de la stratégie de l’ARBED, intégrée par la suite à Arcelormittal, de diriger l’atelier consacré à « L’auditeur dans la société française ». C’est à cette occasion que j’ai pu apprécier l’exceptionnelle capacité d’analyse et de synthèse de Pierre Baudin. Le rapport sur ce thème, le regard sur le passé, mais aussi vers le futur, fut, de l’avis général, de très grande qualité. Quinze années ont passé, ce rapport, demeure une lettre de mission plus que jamais d’actualité dans les circonstances présentes.

En 2000 à Luxembourg de dos, de g à d, Théret, Baudin, Desmoulin, le préfet Léonelli et le Dr Hecquet

En 2000 à Luxembourg
de dos, de g à d, Théret, Baudin, Desmoulin, le préfet Léonelli et le Dr Hecquet

Un an après ce congrès, Bruno Théret, en poste à Luxembourg et animateur, avec Pierre Baudin, de la Commission permanente d’études de l’association des auditeurs de l’IHEDN du Nord (AR 15) et du Luxembourg, me proposa d’organiser des « Journées nationales des associations IHEDN » au Grand Duché du Luxembourg. La France présidait alors l’Union européenne. Jean-Claude Juncker, Premier ministre, en apportant son haut patronage à ces Journées, salua cette heureuse initiative que madame Jane Debenet, Ambassadeur de France accompagna avec beaucoup de plaisir et d’efficacité. Le thème choisi pour ces Journées: « Un nouveau dynamisme pour l’Europe », peut faire sourire aujourd’hui, mais il offrit l’occasion à Jacques Santer, ancien président de la Commission européenne, et à plusieurs ministres Luxembourgeois de s’exprimer sur ce sujet dans l’Hémicycle du Kirchberg, le centre de conférences internationales, qui nous avait été ouvert.

Pierre Baudin – et Bruno Théret, évidemment – par la grande qualité de leurs relations, furent pour beaucoup dans le succès de ces Journées nationales.

Par la suite, le professeur Pierre Baudin devint directeur de thème d’études à l’IHEDN et chargé d’enseignements au Centre européen universitaire de Nancy. A ces divers titres, et dans le cadre de son action au sein de l’association des auditeurs de l’IHEDN de la Région Nord – Pas de Calais, Belgique, Luxembourg, il apporta sa précieuse contribution à d’innombrables études, colloques et forums, où son art de la synthèse était très apprécié.

RDN2Enfin, il collabora pendant de nombreuses années à la « Revue Défense nationale » dans les archives de laquelle ses articles peuvent toujours être consultés. A titre d’exemples :

N° 707 – avril 2008 – La Chine de Hu Jintao ou la fin des timidités – avec Alain Biron

N° 668 – octobre 2004 – Vers un multipolarisme

N° 659 – décembre 2003 – Le sous-continent indien : zone à risques ou pôle de stabilité ?

N° 647 – novembre 2002 – Pour quoi se battre, aujourd’hui ? (1re partie) – Les déphasages, sources de conflits

N° 648 – décembre 2002 – Pour quoi se battre, aujourd’hui ? (2e partie) – Les réponses aux menaces

N° 634 – août-septembre 2001 – La génétique, quelles menaces pour la défense ?

Pierre Baudin était malade, nous le savions, mais il n’en parlait jamais. J’ai appris son décès à Bruxelles le lundi 21 avril 2014avec beaucoup de tristesse.

Je tenais à lui rendre un hommage reconnaissant et à présenter mes condoléances à son épouse et à sa famille.

Puisque l’occasion m’est donnée de parler de mon cher Institut des hautes études de défense nationale, je signale aux lecteurs – et lectrices – qui peuvent être intéressés, que sur le site suivant, ils peuvent voir et entendre les très remarquables conférences prononcées dans le cadre des « Lundis de l’IH »

http://www.ihedn.fr/?q=multimedia-video-des-lundis

Le dernier conférencier reçu, il y a quelques jours, était Régis Debray qui, sur le thème : « Forces et faiblesses de l’Occident », a, de l’avis général, été particulièrement brillant.

Les conférences précédentes sur : « L’Europe et son voisinage à l’Est et au Sud » et « Etre français au XXIe siècle: Europe, identité nationale, immigration, intégration » sont toujours en ligne. M. Patrick Weil, historien, politologue, sur ce dernier sujet, le 10 février dernier, a répondu à la question : Qu’est ce qui fait que l’on est français au-delà de son passeport ou de sa carte d’identité ? « Chaque État a bien sa géographie, son histoire et ses nationaux, mais ces traits communs à toutes les Nations, glorifiés, conduisent souvent au nationalisme le plus absurde et le plus dangereux. Mais chaque Nation a aussi ses points cardinaux, ses principes actifs qui unissent  et qui apparaissent dans les actions,  les  conduites et les croyances de ses citoyens. Pour la France on peut en dégager quatre : le principe d’égalité  devant la loi, la mémoire positive de la Révolution Française, la langue  française et enfin, la laïcité. Ces quatre « piliers », produits de son histoire, ont résisté à de nombreuses contestations, aux changements de gouvernements, de constitutions, de régimes politiques. Ils sont autant une référence qu’un programme d’action toujours à réaliser. Ils sont la France pour les Français et aux yeux du monde. »

 

Une réponse à Le professeur Pierre Baudin nous a quittés.

  • Merci pour cet hommage à Pierre,
    C’était mon cousin. Sa mère, née Mercuri (ma tante), près de Constantine, avait suivi son époux à Tunis, où Pierre est né. Du temps où nous étions en Algérie, nous avons eu souvent l’occasion de nous voir; il était déjà adulte quand je n’étais qu’un enfant (petit). Après son départ pour ce que l’on appelait alors « la Métropole », nous nous sommes perdus de vue.
    Puis « le vent de l’histoire » nous ayant rapproché de Bruxelles, même si nous nous arrêtâmes à Toulouse, me permit de renouer avec lui lors des fêtes familiales…
    J’ai eu la chance de passer quelques moments avec lui à Bruxelles en septembre 2013. Nous avons beaucoup échangé sur nos origines, la famille, la Tunisie et l’Algérie.
    Grande et belle surprise, sans m’en avoir informé, il en a profité pour me confier un magnifique et précieux album d’une centaine de photos dont j’ignorais jusque là l’existence.
    Elle avaient été prises par un grand oncle commun, Toussaint Mercuri, qui, à la fin du 19ème siècle, missionné par le gouvernement français, avait exploré en compagnie de Ferdinand de Béhagle une grande partie de l’Afrique centrale, négociant personnellement et pacifiquement le ralliement du sultan Senoussi à la France.
    J’ai reçu ce recueil comme « une transmission »; sans doute souhaitait-il que, plus jeune, je « prenne le relais », ce que je m’efforce de faire entre autre sur ce plan…
    Afrique, Europe, la saga se poursuit par d’autres voies.
    Pierre était en privé comme vous le décrivez, affable, ouvert et d’une grande simplicité.
    Sa disparition m’affecte aussi profondément, même si je sais qu’un jour nous nous retrouverons, …, ce n’est pas possible autrement!

    Cordialement
    Hervé Mercuri

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