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La situation au Liban est difficile à comprendre si on ne dispose pas des principales clés de lecture des intérêts qui s’opposent. La conférence internationale, qui se tiendra à Rome mercredi prochain, devra ce livrer en préalable à cet état des lieux.
Israël, tout d’abord, a le droit de se défendre pour survivre. Son attitude n’est cependant pas la même suivant que Tsahal a une stratégie défensive ou offensive. Il apparaît de plus en plus clairement que l’action offensive de l’armée israélienne a été décidée beaucoup plus par la rencontre secrète de Cheney et de Netanyahou, à la mi-juin, que par le jeune gouvernement de Olmert. Les renseignements fournis par le Mossad devaient être très préoccupants. Si Netanyahou, dont la tendance ne l’a pas emporté aux dernières élections, sert effectivement d’intermédiaire entre Washington et l’armée israélienne, c’est le signe d’une certaine tension entre l’armée et le pouvoir civil et donc d’un affaiblissement de la démocratie dans ce pays. Qui commande en Israël ?
En ce qui concerne l’attitude des Etats-Unis, une partie de la presse américaine affirme que les néo-conservateurs (Dick Cheney en particulier) considèrent que ce conflit pourrait être la première phase d’une attaque USA-Israél contre l’Iran. Des experts américains vont même jusqu’à noter que la similitude des discours sur le Bien contre le Mal prouve que la direction israélienne n’est que le prolongement de la tendance la plus extrémiste de l’administration américaine qui est également l’objet de vives tensions pour des raisons électoralistes. Pour le Washington Post, le plan est simple : il faut détruire le Hezbollah et si possible poursuivre vers la Syrie et l’Iran pour construire le « Grand Moyen Orient ( le rêve des néo-cons). La première phase de l’affrontement américano-iranien a donc lieu au Liban. La perspective d’une très grave crise (mondiale !) serait d’ailleurs un argument pour les républicains dans la perspective des élections américaines de novembre qui se présentent mal. Le veto systématique des USA au Conseil de sécurité des Nations-unies et les déclarations de GW Bush confirmeraient cette interprétation.
La Syrie, qui avait le Liban sous son influence, a été très affaiblie par l’enquête sur l’assassinat de Rafic Hariri et le retrait de ses troupes du Liban. Son rôle d’intermédiaire entre Téhéran et le Hezbollah n’est plus aussi net. Ce pays a besoin d’agir (par ses services secrets) pour exister.
Le Hezbollah, « le parti de Dieu », s’est préparé de longue date à cet affrontement qui n’a pu être décidé que par le guide suprême religieux, le « walih el-fakih », c’est-à-dire l’Iranien Khamenei, seul habilité à prendre les grandes décisions qui concernent la guerre et la paix. Le Hezbollah a réussi, pour le compte de Téhéran, le piège parfait : attirer l’armée israélienne dans une souricière ( à la Saddam !). Ce mouvement « de l’étranger », qui fait partie du gouvernement libanais, a entraîné le pays dans une aventure au nom de la solidarité. Les Libanais ( cf. le journal l’Orient le jour) font très bien la différence entre la solidarité avec les réfugiés et les victimes et la solidarité politique. Le pays est donc divisé par « cette raison d’Etat étrangère. Il est pris en otage et retombe dans le chaos. Le Liban ne retrouvera son unité que le jour où il ne sera plus le lieu d’affrontements entre des intérêts étrangers.
L’Iran veut être reconnu comme une grande puissance régionale, ce qui explique son acharnement à disposer d’un potentiel nucléaire. La manne pétrolière lui en donne les moyens. Ce pays a une véritable stratégie à long terme qui consiste notamment à créer des conflits secondaires ( c’est ce que faisait l’URSS !) et à constituer un « arc chiite de l’Irak au Hezbollah » opposé à l’islam sunnite ( Jordanie, Arabie Saoudite, pays du Golfe) que les Américains soutiennent. Pour Téhéran, le but est clair : sanctuariser le pays en dénonçant Israël, justifier ses installations nucléaires et mobiliser le monde arabe par son discours pan islamiste.
Et la France dans tout cela ; elle est avant tout l’amie du peuple libanais. Le Président Chirac a été, dès le déclenchement des hostilités, le plus rapide et le plus clair des chefs d’Etat réunis à Saint Petersbourg. En demandant le déploiement d’une force internationale disposant de moyens de coercition, il a enclenché un processus de négociation qui va peut être aboutir. Son extrême sévérité à l’égard du Hezbollah, et indirectement de la Syrie et de l’Iran a replacer – non sans risque – la diplomatie française dans le jeu.
La paix dans cette région serait-elle impossible ? Non, il existe des solutions. Pour le conflit israélo-palestinien, le Président Clinton en avait esquissé une mais trop tard, en fin de mandat. Les accords de Taba aussi allaient dans la bonne direction. Et, surtout, l’accord de Genève, négocié par des Palestiniens et Israéliens qualifiés, mais non officiels, contenait la solution : Création d’un Etat palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale, retour aux frontières de 1967 moyennant des échanges de territoires, un statut particulier pour les lieux saints et une solution au problème des réfugiés qui ne passe pas par un droit au retour généralisé. Quel est le Président américain qui aura le courage et la volonté, avec l’aide de la communauté internationale, d’imposer à Israël cette solution assortie d’une présence militaire d’imposition de la paix ? Pour le Liban, la France et les Etats-Unis ont fait voter la résolution 1559 par le Conseil de sécurité des Nations unies exigeant le retrait syrien et le désarmement du Hezbollah. C’est la condition nécessaire et sans doute suffisante pour que le Liban recouvre sa souveraineté et la paix. Encore faut-il vouloir l’appliquer même par la coercition.
PS – Il y a une heure, on apprenait que les Etats-Unis venaient de fournir à Israël des bombes à guidage laser pour atteindre des cibles dans Beyrouth. Si c’est vrai, alors il est probable que nous allons assister à une « irakisation » du conflit et que cette ville va rapidement ressembler à Bagdad.

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