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Le festival de cinéma américain de Deauville, qui a lieu chaque année, dans les premiers jours de septembre, offrait, moins de deux mois avant l’élection d’un nouveau président des Etats-Unis, l’occasion de se plonger dans cette Amérique que les Français ont tant de mal à comprendre. Comment vivent ces Américains qui déclarent vouloir voter pour Donald Trump ? Qui sont ces Américains dont Hillary Clinton dit imprudemment : » pour généraliser grossièrement, vous pouvez mettre la moitié des partisans de Trump dans le panier des pitoyables, des racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. « 

Gaffe, propos de campagne, la candidate s’est excusée le lendemain en reconnaissant que  » Généraliser grossièrement n’est jamais une bonne idée « . Le républicain Mitt Romney, il y a quatre ans, avait, avant elle, parlé des deux électorats américains : les makers (ceux qui  » font « ) et les takers (ceux qui  » prennent « ).  Ces derniers, (47 % de la population), étaient à ses yeux, des assistés. Ces propos malheureux avaient eu pour effet d’accentuer l’avance de Barack Obama.

Pendant ce temps, Donald Trump, le candidat des  » sans-diplômes  » – c’est lui qui le dit – engrange les intentions de vote en sa faveur. Il ment à longueur de journée, et de manière éhontée, sans que ce comportement ait de conséquences. Ses propos racistes, vulgaires, sont entendus et ont un écho. Son insolente fortune ne dissuade pas, bien au contraire. Sa stratégie est simple, pour ne pas dire simpliste. Il explique aux « petits Blancs » que l’immigré, le Mexicain, le « petit Noir », le musulman, sont la cause de toutes leurs difficultés.  Si Donald Trump est élu, tout ira mieux.  La recette est simple : Faute de pouvoir s’en prendre aux grandes puissances financières, il faut s’en prendre à ceux qui ne leur ressemblent pas et qui mangent leur pain.

Hillary Clinton, candidate de l’establishment, trop intelligente, trop distante, peine à convaincre. Nombreux sont les Américains qui ne l’aiment pas. Dans la dernière ligne droite, fatiguée, épuisée même, semble-t-il, elle ne parvient pas à enclencher la dynamique du succès essentielle à moins de deux mois du jour de l’élection. En 2008, déjà, son projet de progrès social, pourtant plus ambitieux que celui de Barack Obama, n’avait pas été suffisant pour lui permettre de gagner la Primaire. Malgré tous ses efforts pour convaincre, un récent sondage ABC/Washington Post, révèle que seuls 35 % des Américains la jugent digne de confiance. C’est peu !

Ainsi donc, l’Amérique est à regarder à la loupe à travers des films qui n’étaient pas encore distribués dans les salles au début du mois de septembre.eye-in-the-sky-affiche

J’ai d’abord vu Comancheria, réalisé par l’Ecossais, David Mackenzie. Le film débute par un hold-up dans une petite ville que l’on imagine au milieu du désert. Tôt le matin, deux frères, le visage camouflé par des cagoules, terrorisent le personnel d’une succursale bancaire, pour quelques billets et s’enfuient comme Bonnie et Clyde à leurs débuts pendant la Grande Dépression. Toby (Chris Pine) et Tanner (Ben Foster) ont un tout autre plan. Ils ne s’en prennent qu’aux agences de la banque qui détient une hypothèque sur la ferme familiale. Ils sont armés, comme tout le monde – ou presque – dans l’ouest du Texas, mais évitent de s’en servir.

Toby, inquiet, introverti, a accompagné sa mère jusqu’à son décès, quitté sa femme et ne paye pas la pension alimentaire. Tanner, lui, est un mauvais garçon, repris de justice, qui prend plaisir à terroriser les petits gens.  Face à eux, un Texas Ranger désabusé (Jeff Bridges), sur le point de prendre sa retraite, et son adjoint, un impassible comanche, qui est régulièrement harcelé et insulté par son patron.

Les braquages se succèdent pour empêcher la saisie de la ferme qui se précise. Le Ranger, patient, expérimenté, n’a aucune difficulté à anticiper les projets des deux amateurs. L’étau se resserre sur eux.  Dans ce paysage aride à l’histoire violente (avec les indiens Comanches, les Mexicains, les pionniers), le film, brusquement, prend un tour tragique. Les armes, aux poings des braqueurs, des habitants excédés et de l’équipe constituée autour du shérif pour traquer les hors-la-loi, crépitent. Le film n’est plus une histoire de Pieds Nickelés pour rembourser une dette familiale, mais un drame qui s’achève dans le sang au milieu de cet ancien territoire Comanche, fait aujourd’hui de fermes abandonnées, d’usines fermées, de villes désertes. Ce n’est pas seulement un paysage texan, c’est aussi un paysage politique où s’éveille une certaine empathie pour des personnages assez désespérés de cette classe moyenne qui se sent abandonnée par l’Amérique.  Le film, aux Etats-Unis, à quelques mois de l’élection présidentielle, a été reçu par les Républicains, comme par les Démocrates, comme un message.

J’ai vu également « Ainsi va la vie« , un film réalisé par Rob Reiner. C’est une comédie. Michael Douglas, ne joue pas un rôle de salaud cynique, comme souvent, mais celui d’un agent immobilier égoïste, bourru, qui n’aime personne.ainsi-va-la-vie-film-2016

Ceux qui n’ont vu qu’une histoire d’amour du troisième âge entre Michael Douglas et Diane Keaton ont eu tort. Le fils de Michael Douglas doit purger une peine de prison. Il n’a d’autre solution que de confier sa fille de 9 ans à son père qui s’empresse de la mettre sous la garde de sa voisine (Diane Keaton), une charmante sexagénaire qui chante pour gagner sa vie.

La garde de cet enfant va les rapprocher. Michael Douglas devient attachant, tendre à sa façon. Au fil des images, l’histoire, pourtant bien banale, devient un moment de douceur dans un monde de brutes. C’est une comédie américaine qui se regarde avec plaisir dans une ambiance musicale agréable.

Le 9 septembre, je suis allé voir « Eye in the Sky« . C’est une tout autre histoire qui se déroule, dans le même temps, à Londres, dans une salle de briefing de Whitehall et dans un bunker de Northern, dans le Nevada, d’où les pilotes de drones libèrent les missiles, à Pearl Harbor, où se trouve l’unité d’analyse d’images et d’identifications des cibles et au Kenya où les forces spéciales kenyanes attendent l’ordre d’intervenir. Catherine Powell (Helen Mirren, remarquable), colonel britannique, traque depuis six ans, une ancienne ressortissante britannique convertie à l’extrémisme islamique qui prépare, avec ses complices, des attentats suicide. De son centre de commandement, en Angleterre, la colonel Powell guide le pilote de drone américain Steve Watts (Aaron Paul) chargé de neutraliser les terroristes du groupe d’Al-Shabaab, s’il n’est pas possible de les capturer vivants. Les préparatifs terminés, la décision est prise d’envoyer un missile Hellfire sur la maison dans laquelle les terroristes préparent un attentat à Nairobi.   Malheureusement, alors que tout est prêt, une fillette s’installe devant la maison pour vendre les pains que sa maman a fait cuire. Se pose alors la question morale et juridique du dommage collatéral.

« Eye in the Sky » est un thriller à mes yeux très réussi. Le déroulement de l’opération militaire, les décisions à prendre à des milliers de kilomètres de Nairobi, dans un centre de commandement où militaires, politiques et juristes sont confortablement installés sans aucune exposition au risque, posent de nombreuses questions sur l’éthique mais aussi sur la faiblesse des démocraties. Contrairement à la plupart des politiques et juristes, les militaires connaissent le coût de la guerre, les conséquences des décisions qu’il faut prendre sur des victimes innocentes.eye-in-the-sky

La question posée, à laquelle il faut apporter une réponse immédiate, est simple : Peut-on – et doit-on –  éliminer des terroristes très dangereux et risquer de tuer une fillette ou faut-il épargner la fillette et laisser les terroristes accomplir leur attentat qui causera probablement la mort de nombreuses victimes ? La guerre de communication est-elle plus importante que la neutralisation de terroristes ? Le colonel Powell et son chef, le général Benson (Alan Rickman ), ont évalué les risques. Ils sont favorables à la poursuite de l’opération, mais la décision, au dernier moment, appartient au jeune lieutenant Watts, pilote de drone qui n’a jamais tué personne et n’a jamais, auparavant, eu à prendre une telle décision.   « Eye in the Sky  » montre avec précision la chaîne de décision qu’implique le déroulement d’une opération de cette nature. Des ministres, des secrétaires d’état, sont consultés en urgence absolue. Ils sont en Chine, à Singapour, à Strasbourg, très occupés et désireux avant tout de ne pas avoir à assumer la moindre responsabilité dans cette affaire. Personne ne veut – où ne peut – prendre la décision en raison de la présence de la fillette sur le lieu de l’opération.   Le film de Gavin Hood force le trait, à certains moments, sous le prétexte d’accentuer le suspense, mais la tension qui règne dans les salles de décision est parfaitement restituée.   Le film montre bien les enjeux et le sens des responsabilités de chaque intervenant.   « Eye in the Sky » a une vertu pédagogique qu’il faut souligner.  L’utilisation de drones dans la guerre moderne est-elle acceptable ? Le calcul de probabilités du nombre de victimes, que fournit l’ordinateur, est-il éthique ?brooklyn-village-2

Le « Eye » du titre du film est un clin d’œil au scarabée qu’un Kenyan, chargé à Nairobi de renseigner les autorités, utilise pour voir à l’intérieur de la maison où se trouvent les terroristes. Le drone qui filme en permanence le quartier dans lequel se trouve la maison, fournit aux décideurs toutes les images dont ils ont besoin. Le jilbab rouge que porte la fillette la fait ressembler au petit chaperon rouge. Le réalisateur Gavin Hood, quand il la montre en train de faire du hula hoop, y est peut-être allé un peu fort pour émouvoir le spectateur !

En résumé, la réflexion sur la valeur de la vie humaine, à laquelle Eye In The Sky amène le spectateur m’a paru assez réussi. Le dernier mot revient au général Benson, interpellé par une observatrice gouvernementale qui trouve cette opération « honteuse » après l’avoir suivie en buvant son café et en mangeant des petits biscuits : « Ne dites jamais à un soldat qu’il n’a aucune idée de ce qu’est le coût de la guerre. »

Présenté hors compétition au 42e Festival de Deauville, « Eye In The Sky » ne sortira pas en salles. Le film est uniquement disponible en e-cinéma.

Ensuite, je suis allé voir le film « War Dogs ». C’est l’histoire de deux copains, âgés d’une vingtaine d’années, qui vivent à Miami pendant la guerre en Irak. C’est l’époque où Dick Cheney, le vice-président le plus puissant que les USA ait connu, est soupçonné d’avoir favorisé la société Halliburton, qu’il a dirigée, pour que cette entreprise obtienne de juteux contrats de fournitures aux armées et de reconstruction. Pour éviter ces accusations, le gouvernement fédéral permettait à de petites entreprises de répondre à des appels d’offres de l’armée américaine. Sans aucune compétence, sans la moindre qualification, sans comptabilité sérieuse, nos deux lascars répondent aux appels d’offres et empochent rapidement des sommes d’argent considérables qui leur permettent de mener la grande vie. Dépassés par les événements et la complexité des problèmes, lorsqu’ils décrochent un contrat de 300 millions de dollars destiné à armer les soldats afghans, ils sont contraints de nouer des relations avec des individus peu recommandables, mais beaucoup plus puissants qu’eux et, parfois, liés à des proches du gouvernement américain. C’est une histoire un peu loufoque, mais qui illustre des faits de corruption qui ont existé.

Enfin, le11 septembre, je suis allé voir « Brooklyn Village » qui venait d’obtenir le Grand Prix de la 42e édition du festival de cinéma américain de Deauville.

Ce film, assez réussi, raconte l’histoire d’une famille de Manhattan qui vient d’hériter d’un petit immeuble à Brooklyn. Le rez-de-chaussée est occupé par la boutique de Leonor, une couturière latino-américaine. Les garçons des deux familles se lient rapidement d’amitié, mais les rapports entre les deux familles se dégradent quand les nouveaux propriétaires décident de tripler le loyer que payait Leonor. Les discussions vives entre les deux familles perturbent la complicité entre les deux garçons. Le scénario peut paraitre assez banal, mais les sentiments sont traités avec une certain finesse et la tranche de vie restituée avec un talent que le jury a apprécié.

Deux autres films qui égratignent le système américain ont aussi marqué cette 42e édition : « le Teckel » de Todd Solondz, et « Captain Fantastic », de Matt Ross. Ils se sont partagé le prix du jury et ont reçu respectivement le prix de la révélation et le prix du public.

Je ne pouvais pas tout voir !

 

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