Tous les experts en géopolitique qui rentrent de Washington ont été témoins du respect de la consigne de silence que le prochain Président des Etats-Unis impose à son entourage. C’est la transition la plus muette de l’histoire de ce grand pays même si, chaque jour ou presque, Barack Obama fait une apparition pour commenter les principales nominations et développer le programme qu’il prépare.
L’atmosphère de rigueur et de discipline qui règne est, en grande partie, destinée à montrer très vite le changement de style, la volonté de changer l’image de l’Amérique.
La chute émotionnelle, la colère qui gronde dans « main street », la peur du chômage, les retraites en danger, rendent la transition encore plus délicate et longue. Même si de nombreux Républicains sont satisfaits, au nom de la cohésion nationale, de voir à la Maison blanche, un homme jeune, très intelligent, cool, simple, qui réfléchit avant de parler, qui semble capable de gérer la complexité, les temps qui viennent vont être difficiles.
Les nominations d’Hillary Clinton, de Joe Biden, le maintien de Robert Gates à la Défense, montrent, si besoin était, que le nouveau Président veut, dans un premier temps, se consacrer avant tout aux affaires intérieures américaines. Retrouver la croissance, endiguer la crise économique, montrer au Monde que les Etats-Unis n’ont pas perdu leur extraordinaire capacité à rebondir, à se renouveler. Redonner aux Américains le sentiment d’être fiers de leur pays, les convaincre qu’avec cette « dream teame », l’Amérique va repartir du bon pied, telle est sa principale ambition.
Le choix d’Hillary Clinton, pour étonnant qu’il soit et pour improbable qu’il ait été, montre que le prochain Président est sûr de lui.
Le rapport des services de renseignement américains sur l’état du monde en 2025, publié le 19 novembre dernier, devrait contribuer, s’il en était besoin, à le rendre humble. Il exprime clairement que : « Les Etats-Unis ne seront plus que l’un des principaux acteurs sur la scène mondiale, même s’ils resteront le plus puissant ». La Chine deviendra l’acteur économique majeur, l’eau manquera, ce qui provoquera des conflits, l’Occident vieillira et le risque d’un déséquilibre climatique pourrait devenir irréversible.
En ce qui concerne la politique étrangère, nous ne savons pas ce qu’il pense. La crise financière et économique a très vite dominé la campagne électorale et relégué l’Irak au second plan. On sait seulement que Barack Obama est un pragmatique ; ce n’est pas un idéologue et, à ses yeux, la puissance militaire des Etats-Unis doit être au service du politique et non le contraire.
Avec l’Iran, il devrait tenter d’explorer la voie diplomatique si les Russes acceptent une négociation qui pourrait comprendre la suspension des anti-missiles en Europe de l’Est.
En ce qui concerne la reconnaissance d’un Etat palestinien, ses conseillers sont parait-il déterminés. Les élections, au début de l’année, changeront peut être la donne ou la compliqueront.
Au Pakistan, où les services secrets cherchent à déstabiliser le nouveau régime, en provoquant un grave incident avec l’Inde, la situation est extrêmement compliquée. L’aide économique et humanitaire en échange du droit de poursuivre les talibans par tous les moyens, sera difficile à appliquer. La guerre contre le terrorisme est pourtant à ce prix.
Barack Obama ne connaît pas l’Europe. Il attend d’elle, une étroite collaboration et une contribution aux solutions. Ses exigences, notamment financières, décevront d’autant plus que le marché américain sera moins ouvert aux entreprises européennes. L’Europe sera-t-elle un partenaire privilégié ou un partenaire comme les autres ? Il faut toujours avoir à l’esprit que les USA et l’Europe représentent 50% du PNB du Monde. L’Histoire le dira.
Dans le même temps, les Russes vont tester la nouvelle Administration américaine. La gestion du temps sera difficile et l’environnement international réservera inévitablement des surprises.
L’Asie, où se situent les principaux enjeux économiques, demeurera au centre des préoccupations.
Sur le plan militaire, le maintien de Robert Gates à son poste, pendant un certain temps, va rassurer les Républicains. « Il a obéi, il obéira ! » La réforme doctrinale est en marche. Les rapports asymétriques ont déjà été pris en compte par Gates, de même que la primauté du politique et du rapport humain sur les technologies. Il faudra attendre le Sommet de Kehl-Strasbourg, au printemps, pour savoir ce que pense Obama dans ce domaine et en ce qui concerne l’évolution de l’OTAN.
Ce sera sa première visite en Europe. On devrait alors en savoir un peu plus sur l’idée que les Américains se feront, à ce moment là, d’une politique européenne de défense et de sécurité(PESD) indépendante ou du statut quo qui maintient l’Europe dans une situation de vassal.
En attendant, ne nous faisons pas trop d’illusions, le nouveau Président privilégiera, en toutes circonstances, la prospérité américaine, et notamment son industrie de défense.
L’Amérique d’abord.

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