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La tentation est grande, ces jours-ci, de comparer la situation actuelle avec celle que la France a connue dans les années trente. Il y a des similitudes – la crise, l’exaspération du peuple, les scandales, mais aussi une différence essentielle, la nature des institutions. Voulue par le général de Gaulle en 1958, la Ve République, révisée à 24 reprises, semble aujourd’hui à bout de souffle.

Bruxelles, la mondialisation, les agences de notation, le marché financier, auprès duquel il faut sans cesse se financer, mais aussi l’incapacité des corps intermédiaires à accompagner l’évolution, l’expliquer, la rendre constructive, provoquent des frustrations, des doutes, des angoisses qui expliquent en grande partie que la population française est la plus pessimiste du monde. Il devient chaque jour un peu plus évident que les institutions et la classe politique ne sont plus adaptées à une situation au moins aussi préoccupante que celle qui caractérisa les années trente.

Les Français ont le sentiment très désagréable de ne plus être maîtres de leur destin. L’impuissance de l’Etat, de l’Europe et des institutions internationales, face aux désordres économiques et financiers, est démoralisante. Les masses financières que représente l’évasion fiscale, l’existence tolérée de paradis fiscaux, provoquent une incompréhension qui pourrait ne pas rester sourde. Le cynisme d’un certain nombre de dirigeants politiques, de personnalités du monde des affaires, mais aussi de la haute administration, est également de moins en moins supporté. A la crise économique et financière, s’ajoute, chaque jour un peu plus, une crise politique et morale.

Les révélations récentes d’Offshore Leaks, dans le journal Le Monde, tombent au plus mauvais moment. Les mesures et engagements pris au G20, notamment à la demande du président Sarkozy, n’ont, à l’évidence, pas mis fin aux pratiques qui aboutissent à ce que la moitié du commerce mondial transiterait par ces paradis fiscaux qui privent les Etats – plus ou moins en faillite – d’une partie significative de leurs ressources et enrichissent toujours plus ceux qui ont les moyens d’y « planquer » leurs liquidités. Les dirigeants politiques doivent prendre conscience du caractère explosif de ces pratiques. Attention, danger, cette situation ne peut pas durer.

En d’autres temps, des hommes comme Barrès et Maurras, des organes de presse, des intellectuels, ont fédéré aussi des mécontentements, exploité des peurs et, par la violence, menacé la République. Pour les plus jeunes, les Camelots du Roi, Action française, les ligues, les mouvements d’anciens combattants comme les Croix de feu du colonel de la Roque, n’évoquent rien. Il y a pourtant quelques similitudes. La crise, venue des Etats-Unis, frappa l’Allemagne en 1929 et la France en 1932. Elle s’accompagna d’un effondrement de la production industrielle et de graves difficultés pour les entreprises. Le nombre de chômeurs augmenta fortement : deux millions en France et six millions en Allemagne. Une malheureuse politique de déflation, qui nous guette à nouveau, aggrava encore la situation et déclencha une crise politique et sociale qui conduisit à la guerre. Avant de perdre confiance dans les institutions de la IIIe République, les Français firent le choix du Front populaire (PCF, SFIO et radicaux) qui promettait « le pain, la paix, la liberté. » Confronté à l’extrême droite et à une grande partie du patronat qui refusait les réformes, le Front populaire fut à son tour emporté.

Mutatis mutandis, l’affaire Cahuzac, venant après la mise en examen de l’ancien chef de l’Etat dans le cadre des affaires Bettencourt, sans parler du feuilleton Strauss-Kahn et de plusieurs autres affaires plus compliquées les unes que les autres, est au moins aussi grave que l’affaire du Canal de Panama ou celle du Crédit municipal de Bayonne. Le mensonge permanent, érigé en système, les conflits d’intérêt révélés, particulièrement dans le domaine de la santé, les montants dont il est question, sidèrent littéralement la population. Qui croire ? Une société qui souffre, qui ne parvient pas, par son vote, à remédier au problème auquel elle est confrontée, cherche un bouc émissaire. Les immigrés, les banques, les politiques, la fiscalité, l’Europe, ils ne manquent pas ! Un monde nouveau devra émerger, mais lequel ? Les institutions ne sont que la règle du jeu démocratique. Une énième réforme ne changerait pas fondamentalement la nature du problème. Les crispations du corps social demeureraient. Les Français attendent autre chose : une rupture. Il faudra, d’une manière ou d’une autre, purger la colère des Français. C’est la cohésion nationale qui est en jeu.

Sortir du consumérisme à outrance et de l’addiction qu’il provoque, sortir de cette folle spirale, de cette drogue, comme le préconisent certains, est-il concevable ? Substituer une vision à long terme, que tout le monde appelle de ses vœux, sans d’ailleurs être capable de la définir, au court-termisme qui caractérise notre vie quotidienne, est-ce possible ? N’est-ce pas une utopie ? Ce qui est certain, c’est que ce ne sont pas seulement les institutions qui doivent changer et être refondées, mais les hommes et femmes qui nous dirigent et le modèle social dans son ensemble. Vaste programme !

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