Mardi, l’agence de notation Moody’s avait, sans le savoir, une raison supplémentaire de dégrader la note de la France. De plus, les événements offraient à l’exécutif socialiste l’opportunité de pointer du doigt la responsabilité de l’UMP, incapable d’organiser convenablement des élections internes !

Jean-François Copé, Alain Juppé et François Fillon

Si l’élection du président de l’UMP s’était déroulée dans des conditions normales, si un des deux prétendants avait triomphé avec une avance significative et incontestable, comme cela était pronostiqué, personne n’aurait  prêté attention aux projets, aux lignes politiques, aux différences qu’il pouvait y avoir entre les deux tendances en compétition. Seulement voilà, ce que les urnes ont révélé a éclaté au grand jour. La nature profonde des deux candidats, d’abord, se découvre au fil des jours. L’arrière cuisine de l’UMP aussi, avec ses statuts inadaptés, ses magouilles, ses discours qui discréditent leurs auteurs au-delà de l’imaginable. Enfin, les motions, auxquelles personne n’aurait fait attention, pas même les sympathisants UMP qui ne s’y sont pas beaucoup intéressés au moment de voter, fournissent des indications précieuses sur l’évolution de ce parti politique ces dernières années.

La motion dite de la « Droite forte » est arrivé en tête avec 27,77% des voix, nettement devant la « Droite sociale » de Laurent Wauquiez (21,69%) et le courant « Humaniste et libéral » de Jean-Pierre Raffarin (18,17%). Les trois autres motions,  « Les Gaullistes », « La Droite populaire » et «  la Boîte à idées » obtenant respectivement 12,31%, 10,87% et 9,19% des suffrages.

Inspiré par Patrick Buisson, La motion « Droite forte », signée par Guillaume Peltier et Geoffroy Didier, connus pour être deux jeunes ambitieux sans aucun complexe, contient des informations sur l’idée que se font bon nombre de militants de ce parti des thèses que l’UMP doit défendre. Quelles sont ces thèses ? Tout d’abord, une fidélité totale et sans réserve à Nicolas Sarkozy, malgré son échec à la présidentielle qui appelle tout de même un certain besoin d’inventaire. Originaires de la droite la plus radicale, les auteurs et leur inspirateur, n’ont que faire des cultures gaulliste, libérale et centriste qui avaient présidé à la création de l’UMP en 2002.

Geoffroy Didier et Guillaume Peltier

Tout cela est mort ; pour eux tout a commencé en 2007. Ce qu’ils proposent, et qui semble être entendu par une partie significative, sinon majoritaire, des militants, c’est, ni plus ni moins, de faire de l’UMP un grand parti populaire, capable de répondre aux attentes  des classes moyennes,  populaires, de la France périurbaine et rurale qui souffre de déclassement social et identitaire et qui sont les grands perdants de la mondialisation. » Proche, trop proche des thèses du Front nationale, ce projet est nationaliste, souverainiste, anti-européen. Il exalte les valeurs familiales, dénonce l’assistanat et valorise le travail, mais le fait grossièrement. C’est, en gros, la thèse développée par Nicolas Sarkozy pendant sa campagne avec le résultat que l’on sait.

Leur motion associe le patriotisme et les racines chrétiennes de la France, la défense de la laïcité contre un islam envahissant et, d’une manière générale, disserte sur les peurs. Dès lors, on comprend mieux le sens de la déclaration de François Fillon lundi soir :  » Les méthodes qui se sont déployées ne rencontrent de ma part aucune approbation. Mais au-delà des nombreuses irrégularités de ce scrutin que j’aurais pu contester, ce qui me frappe ce soir c’est que la fracture qui traverse notre camp politique est manifeste. Elle est à la fois politique et morale ; la réduire et la dépasser, tel est l’objectif que je m’assigne. « 

L’ancien Premier ministre, les mâchoires serrées, était en état de choc.  Favori des sondages auprès des sympathisants, il n’avait pas imaginé que son parti – aux mains de Jean-François Copé – était dans cet état d’esprit et à ce point contaminé par les idées de Patrick Buisson.

Il ne s’agit donc pas d’un simple combat de chiffonniers, mais d’une révolution. Cette élection, bien que ratée, et le vote des motions, constituent un changement de nature de l’UMP en passe de devenir un parti de droite identitaire très éloigné de ce que voulaient ses fondateurs. Alain Juppé, premier président de l’UMP, en 2002, ne reconnaît plus sa formation politique. Déportée vers la droite la plus dure, éloignée du centre, battue depuis cinq ans dans toutes les consultations électorales, ce parti perd son âme et sa raison d’être. Le maire de Bordeaux est très agacé, c’est peu dire, par le comportement des deux postulants et de leurs entourages. Il avait prévenu des risques encourus sans parvenir à les éviter. Il n’a jamais adhéré à la doctrine Buisson qui consiste à instrumentaliser les « paniques morales » d’une partie de la France périphérique, alors qu’il convient d’opposer aux socialistes au pouvoir un programme cohérent et sérieux pour retrouver de la croissance, de l’emploi et réduire les déficits et dépenses publiques sans compromettre la cohésion nationale qui exige la justice sociale.

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