Nicolas Sarkozy est parti pour la Russie avec des a priori exprimés pendant la campagne électorale : « Ce pays complique la résolution des grands problèmes du monde », ou « l’évolution préoccupante de la Russie ».
La Russie est un grand pays qui a été humilié, traumatisé par la perte de sa puissance passée. Elle veut la recouvrer et pour cela se prépare pour le grand marchandage global qui aura lieu dans 10 ou 15 ans. La puissance, c’est d’abord la puissance militaire avec une nouvelle doctrine qui, depuis Beslan, intègre le terrorisme international. Les Russes ont la hantise de l’encerclement par des puissances hostiles : les relations avec l’occident ne sont pas bonnes, le projet de globalisation et d’élargissement de l’OTAN les laisse en infériorité technologique et provoque un raidissement des militaires qui redoutent les pièges qui leurs seraient tendus. Ils se préparent donc aux guerres de demain.
Il faut mal connaître la Russie pour ne pas comprendre les provocations de Poutine à la suite du projet d’installation d’intercepteurs antimissiles. Puisque les accords de désarmement ne sont plus respectés et que la course aux armements a repris, les Russes montrent qu’ils ont les moyens de développer, eux aussi, des armes nouvelles. Les lignes rouges ne sont pas loin d’être franchies même si le dialogue, apparemment courtois, continue. Il faut comprendre que les Russes veulent la parité, comme au temps de la guerre froide. Ils ont du mal à admettre que leur pays n’est plus une super puissance, que les Etats-Unis sont une hyperpuissance et que leur pays n’est plus qu’une puissance régionale. Les immenses ressources énergétiques assurent pour longtemps encore des possibilités de partenariat avec la Chine et l’Inde notamment. La croissance atteint 7% du PIB, les réserves de change sont considérables (les 3ème au monde), la consommation est forte (l’inflation aussi !) mais le taux d’investissement progresse.
Cependant, dans ce pays, comme dans tous les pays producteurs d’énergie fossile, le pétrole est à la fois une bénédiction et une malédiction. L’après pétrole pourrait mettre à nouveau la Russie en difficulté et créer les conditions d’un conflit grave. C’est à long terme, mais précisément, on ne comprend pas leur politique à long terme alors que le pétrole représente 20% des ressources budgétaires. Avec l’Union européenne, les relations sont denses même si elles sont suspendues depuis le veto polonais à un nouvel accord. La Russie retarde son entrée dans l’Organisation mondiale du commerce, mais fait des efforts de convergence réglementaire et souhaite sincèrement une plus grande intégration à l’Europe. Evidemment, il y a les droits de l’homme, la démocratie, la mobilité des personnes, des problèmes de frontière avec certains Etats, un voisinage difficile avec la Georgie, la Moldavie.
Avec les Russes, il faut tout relativiser. Nous n’avons pas le « même logiciel ». Ce pays regarde à la fois vers l’occident et vers l’orient. Dans quelques jours, le 16 octobre, après avoir reçu Nicolas Sarkozy, Vladimir Poutine se rend à Téhéran. Il faudra être attentif au décalage entre les déclarations des uns et des autres. Derrière les embrassades et le tutoiement maintenant de rigueur, les affaires étrangères sont d’abord et toujours une affaire d’intérêts nationaux. Les prédécesseurs de Nicolas Sarkozy cherchaient dans la littérature russe les clés de la compréhension de l’âme de ce grand peuple. Le nouveau chef de l’Etat est un avocat d’affaires, un négociateur hors pair, sans état d’âme. Comme l’écrivait si bien Robert Solé dans le Monde d’hier : « Vaut-il mieux dire à Poutine « ta politique est parfois déplaisante » ou « votre politique est dégueulasse ». L’avenir dira si Sarkozy a trouvé le ton juste.

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