Le journal L’Equipe titra « La déchéance de la France ». Les commentaires furent catégoriques. Certains membres du gouvernement n’eurent pas de mots assez durs quand ils parlaient des dirigeants de la Fédération. Des parlementaires qualifièrent les performances de l’équipe de France « d’indignes de notre pays ». Les jeunes étaient déçus. Le moral des Français, paraît-il, s’en ressentait. Un député de Paris dénonça « le coup porté au prestige de la France ». L’affaire, purement sportive, devint politique. Bref, la patrie était en danger !

Heureusement, Jacques Faizant résuma la situation dans un dessin resté célèbre qui représentait le général de Gaulle en survêtement, en baskets, avec son sac de sport, disant : « Dans ce pays, si je ne fais pas tout moi-même ! »

Nous étions au mois d’août 1960, au lendemain des Jeux Olympiques de Rome où la France n’avait obtenu que cinq médailles et ne se classait qu’à la 25ème place dans la liste des nations participantes.
Malheureusement, notre pays n’a pas de mémoire, ne sait pas perdre « sans jeter le bébé avec l’eau du bain » et ne craint jamais le ridicule dans ce type de situation.

Au mois de juin 2010, cinquante ans après les Jeux de Rome, la Fédération Française de Football, ses dirigeants, sa structure archaïque, ses formateurs, tout doit impérativement être remis à plat après un pareil échec en Afrique du Sud. Commission parlementaire, états généraux, limogeage, licenciement pour faute grave, radiation à vie ; bref, il ne manquait qu’un projet de loi…pour que cela ne se reproduise plus, comme d’habitude… Sans parler de l’escorte présidentielle dont bénéficia le joueur qui n’avait pas joué, qui n’avait rien vu, mais que le Président de la République devait recevoir en urgence eu égard à ses références jugées sans doute plus légitimes que celles du président de la FFF, du sélectionneur ou du directeur technique national nommé par l’Etat.

Déjà, en 1960, la Fédération avait été rendue responsable du désastre. Le mode d’élection des dirigeants avait été jugé peu démocratique. Qualifiées d’Etat dans l’Etat, les fédérations, en général, étaient accusées d’être loin de la vie quotidienne des sportifs, de les infantiliser et de maintenir des pratiques paternalistes. Les plus sévères dénonçaient « un système gérontocratique et amateur auquel il fallait remédier en propulsant aux principaux postes de responsabilité, des dirigeants jeunes, enthousiastes et compétents, en phase avec leur époque. »

Par un arrêté en date du 17 février 1961, le ministre des sports, Maurice Herzog, nomma le lieutenant-colonel Marceau Crespin, délégué général à la préparation olympique. C’est sans doute en souvenir de cet épisode que la FIFA, la Fédération Internationale de Football Association, a mis en garde le gouvernement français, au début du mois de juillet, contre toute ingérence de l’Etat. En effet, parmi les premières mesures préconisées par le colonel Crespin, il y avait l’institution de directions techniques nationales, les DTN.

Le regretté Nelson Paillou, qui fut un dirigeant exemplaire, milita efficacement pour que la France adopte une voie moyenne entre le modèle anglo-saxon, qui prônait le libéralisme absolu, et le système adopté par les pays socialistes dans lesquels l’Etat contrôle tout.

Ce modèle a cinquante ans. Il a fait ses preuves. Si la France tient son rang, bon an, mal an, dans la plupart des disciplines, c’est en très grande partie en raison de la « voie moyenne » prônée par Nelson Paillou, le colonel Crespin et quelques autres. Il n’en reste pas moins que, périodiquement, des voix s’élèvent pour réclamer, parfois à juste titre, une démocratisation de la gouvernance des fédérations et une réforme du « haut niveau ». Toutes les institutions s’usent avec le temps.

Les dirigeants politiques et les journalistes sportifs, notamment, ont besoin de vacances. Les récentes victoires de l’équipe de France de football des moins de 19 ans et de l’équipe de France d’athlétisme sont arrivées au bon moment. Espérons que défaites et victoires constitueront une aide à la réflexion et qu’avant de parler ou d’écrire, ils auront en mémoire le passage du célèbre poème de Rudyard Kipling « Tu seras un homme mon fils » écrit en 1910 pour son fils John âgé de 12 ans.

A Wimbledon, les joueurs qui sortent des vestiaires pour entrer sur le court central, peuvent lire, en gros caractères : “ If you can meet with triumph and disaster and treat those two impostors just the same”- . La meilleure traduction a été donnée en 1918 par André Maurois : « Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite et recevoir ces deux menteurs d’un même front… ».

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