L’attitude des Européens à l’égard de l’Union européenne ne cesse de se dégra­der depuis le début de la crise économique et financière à la fin de l’année 2007. Les trois indicateurs de l’Eurobaromètre enregistrent des baisses préoccupantes en termes d’image et de confiance dans l’avenir. Il semble que la crise ne soit pas la seule explication. Nombreux sont les Européens qui n’attendent plus rien de l’Europe, sont tentés par une nouvelle forme de nationalisme et désignent Bruxelles comme la causes de tous les maux. L’Union euro­péenne, n’en déplaise aux esprits chagrins, a pourtant sauvé de nombreux pays européens depuis le début de la crise. Mais la confiance ne se décrète pas et les instances européennes se révèlent incapables de démontrer le bien fondé de leurs actions et de leur solidarité, dans l’intérêt général, avec les citoyens européens. Trop technocrates, insuffisamment pédagogues, ils inquiètent plus qu’ils ne rassurent et se révèlent incapables de mettre en valeur leur action.

Du 22 au 25 mai 2014, les Européens seront appelés à élire leurs représentants au Parlement européen. L’abstention, traditionnellement importante, sera un indicateur de tendance important, mais ce qui est aujourd’hui le plus préoccupant, c’est l’impatience dont témoignent les partis antieuropéens convaincus que cette consultation va livrer au grand jour la colère des peuples et leur volonté de « renverser la table ». Les partis de gouvernement vont avoir les plus grandes difficultés à convaincre que pour sortir de la situation actuelle, il faut au contraire plus d’Europe. Comment rendre cette Europe plus efficace, comment lui redonner une dynamique qui en avait fait en son temps, un modèle pour le monde entier, comment donner un second souffle à l’esprit européen ? Les dirigeants politiques ont, dans ce domaine, une responsabilité considérable au regard de l’histoire.

Pour l’heure, la Journée de l’Europe, cette année, ne suscite guère d’intérêt. Les citoyens de l’Union européenne, et en particulier les Français, donnent l’impression de n’avoir que faire de cette journée qui célèbre la déclaration prononcée le 9 mai 1950 par Robert Schuman. Ce jour-là, le ministre français des Affaires étrangères, Robert Schuman, lançait l’appel fondateur de la construction européenne. Cette déclaration annonçait la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA). En 1985, les chefs d’État et de gouvernement avaient décidé d’instaurer le 9 mai comme « Journée de l’Europe ». Depuis 1986, la Journée de l’Europe est l’occasion d’activités et de festivités qui rapprochent l’Europe de ses citoyens. Cette année, le cœur n’y est pas, c’est le moins que l’on puisse dire.

Je recommande à ceux qui s’intéressent aux questions européennes de se rendre sur le site de la Fondation Robert Schuman (http://www.robert-schuman.eu/anniversaire-9-mai-2013.php? ) et sur celui de Notre Europe (www.notre-europe.eu/ ). Ils trouveront des informations de grande qualité et des références bibliographiques. Je conseille particulièrement l’ouvrage de Jean-Marie Pelt : « Robert Schuman Père de l’Europe » (éditeur Serge Domini). Le portrait de Robert Schuman, « Père de l’Europe », est à l’image de Robert Schuman, qui aimait à répéter que pour réussir en politique il faut être modeste. Le livre retrace avec beaucoup d’émotion et une grande finesse d’analyse les étapes de la vie et de l’œuvre de Robert Schuman, de sa jeunesse dans un faubourg de Luxembourg à la présidence du Parlement européen, sans oublier ses responsabilités ministérielles et, bien entendu, la déclaration du 9 mai 1950, première étape de l’unification du continent européen.

A l’occasion, il faut également lire – ou relire – le seul ouvrage que le “Père de l’Europe” a consacré à cette aventure, pour comprendre sa démarche et les enjeux politiques de cette construction pacifique et volontaire de l’unité du continent. Dans le contexte très particulier de l’époque, qu’il rappelle, il n’élude aucune des questions qu’on peut légitimement nourrir à l’égard du projet européen : la nation, le fédéralisme, la culture, les racines de l’Europe. Et sous sa plume, plutôt que de s’affronter, s’additionnent les Etats et les peuples d’Europe ; une Europe politique et volontaire, riche de sa diversité mais forte de son unité. Cette vision demeure une nécessité pour l’Europe d’aujourd’hui et une exigence pour imaginer son futur.

A l’heure où l’euroscep­ticisme progresse dans toutes les sensibilités politiques, où s’exprime  une volonté de recentrage national et une conservation par les Etats membres de leur souveraineté, il faut souhaiter que le débat, qui s’annonce, soit de qualité avec une hauteur de vue suffisante pour que le nouveau Parlement européen ait la légitimité et la capacité d’exercer un pouvoir qui lui est aujourd’hui « chapardé » par une instance beaucoup moins démocratique : la Commission européenne.

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