Il y a une certaine similitude entre ce qui se passe à Roland Garros et la compétition qui fait rage au parti socialiste. Comme chaque année, un joueur, ou une joueuse, émerge au fil des matches. Par la puissance de son coup droit ou de son service ; par le rythme qu’il impose à son adversaire ; par ses amortis ou ses contre-pieds, il surprend et pousse ses adversaires à la faute. Cependant, dans la plupart des cas, et c’est ce qui va se passer cette année, au bout de la quinzaine, ce sont les favoris qui s’opposent en finale.
Au parti socialiste, vous l’avez compris, on en est encore aux premiers tours de la compétition. Ségolène Royal surprend, agresse, impose un rythme de campagne et agace profondément ses compétiteurs qui tombent dans tous les pièges et, le plus souvent, la colère étant mauvaise conseillère, parlent avant d’avoir réfléchi.». Il est un peu facile de reprocher à Ségolène Royal de faire du populisme alors que plus de 60% des Français interrogés répondent qu’elle a raison quand elle se prononce pour « un ordre juste » et le placement des jeunes délinquants dans « des établissements à dimension militaire ».
Les passing shot de ses adversaires au parti socialiste sont faibles et inefficaces : « On a un Sarkozy dans le pays, ce n’est pas la peine d’en avoir deux » ; « il ne faut pas se mettre sur des terrains qui ne sont pas les nôtres » ; « c’est le bal des vanités » ; « la vestale de l’opinion publique ». Inutile de citer les noms des auteurs de ces brillantes formules.
Ségolène Royal aime l’ordre et la discipline. C’est son droit. Fille et sœur de militaire, elle connaît les vertus et la probité de ces hommes – et de ces femmes – qui ne font plus la guerre, en dehors des opérations extérieures, mais conservent une éthique et des traditions qui font honneur à la France. Ségolène Royal avait dans son Cabinet, à l’Education nationale, un conseiller, ami de son père, le général Mignot qui était de bon conseil. Je le connais bien et j’ai pour lui beaucoup d’estime. Si je me souviens bien, les relations de Ségolène Royal avec Claude Allègre n’étaient pas très bonnes. Responsable, à l’époque, de la coordination des Trinômes académiques, une collaboration intelligente entre le ministère de l’Education nationale, le ministère de la Défense et l’Institut des Hautes études de défense nationale pour former les enseignants aux questions de défense, j’ai le souvenir d’avoir agacé Lionel Jospin, lors d’une audience à Matignon. Il supportait difficilement que l’on critique son ami Claude Allègre qui ne croyait pas beaucoup aux actions de cette nature.
François Hollande, habilement, il faut le reconnaître, a fait adopter le projet socialiste par une synthèse dont le parti a le secret. L’annonce fut d’ailleurs stupéfiante : « Le projet a été adopté à l’unanimité moins trois voix. » Cà ne s’invente pas ; l’unanimité moins trois voix, ce n’est pas l’unanimité. Encore une fois, les mots n’ont plus de sens. Le projet socialiste a retenu le principe d’un service civique obligatoire. C’est courageux, car la majorité actuelle, malgré la pression de l’opinion publique, la pétition du journal « La vie », qui a réuni 10 000 citoyens et 441 parlementaires, l’initiative du général de Richoufftz – le général des banlieues – dont j’ai déjà parlée, ne sait pas par quel bout prendre le problème. Comment peut-on encore hésiter et tergiverser sur les moyens à employer pour construire et éduquer des jeunes « sauvageons » qui n’ont aucun repère, n’ont reçu aucune éducation et mettent la Société en danger. Le mot « militaire » fait peur pour des raisons historiques. De quoi s’agit-il ? De mettre en application, sans contestation possible, des règles de vie et d’hygiène morale et physique, qui ont fait leur preuve. Se lever de bonne heure ; manger à heures fixes ; respecter des horaires, des règles de vie en commun ; accomplir des travaux, des missions et rendre compte ; être habillé correctement ; obéir à des ordres. Ce n’est pas parce que l’armée a réussi à préserver des règles de vie en commun, qui disparaissent partout ailleurs, qu’il faut en faire un tabou dont on a même pas le droit de prononcer le nom. Dans la plupart des associations sportives, les règles sont les mêmes. C’est la recette de la réussite. Elles sont d’ailleurs communes au sport et à l’armée et remontent à la méthode Hébert qui date du début du siècle dernier.
Cà suffit, les Français en ont assez. Les sondages, que les éléphants du parti socialiste feraient bien d’analyser avec moins de mépris, expriment clairement une demande urgente que soit enfin sifflée la fin de la récréation dans notre pays. Le tropisme qui consiste à privilégier les demandes utopiques de Olivier Besancenot plutôt que celles raisonnables de la majorité des Français ne mènent à rien.
Pour revenir à la similitude avec les Internationaux de France qui se déroulent à Roland Garros, il y a gros à parier, qu’à la fin de l’année, un des chefs historiques du parti socialiste – Fabius ou Jospin – sera choisi pour promettre aux Français que le projet socialiste sera appliqué ! Des engagements qui, selon la formule consacrée, n’engagent que ceux qui les écoutent. Réponse dans quelques mois, mais contrairement à ce qui se passe dans le sport, il n’est pas certain que l’incertitude soit glorieuse.

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