Comme tous les anciens et fidèles lecteurs du Monde, j’ai appris mercredi la disparition de Jean Planchais qui était entré au journal en 1945. Après Edouard Sablier, Georges Penchenier, mon ami Alain Jacob, c’est, comme l’a écrit André Fontaine, une génération de grands journalistes qui nous quitte. Deux souvenirs personnels me reviennent en mémoire.
Le premier se situe pendant la nuit du 21 au 22 avril 1961 ; une drôle de nuit. Incorporé depuis quelques mois seulement au CIT 58, le centre d’instruction des transmissions de Cahors, je montais la garde dans une guérite avec mon casque lourd et mon transistor. Des généraux en retraite s’emparaient du pouvoir à Alger. Au réveil, la France entière était sous le choc, l’oreille collée à tous les postes de radio. La lecture du Monde étant interdite dans l’enceinte militaire et les conscrits consignés, je me souviens que j’ai attendu deux ou trois jours avant de pouvoir lire le Monde et particulièrement l’article de Jean Planchais qui relatait les événements et les premières déclarations de Pierre Messmer, le ministre des armées, et du général Gambiez, le chef d’état-major. Pour eux, le loyalisme de l’armée ne faisait aucun doute. La population n’était pas aussi convaincue, les jeunes sous les drapeaux, encore moins. Les articles de Jean Planchais, qui était le spécialiste des questions militaires de son journal, étaient de grande qualité et très lus par les jeunes, favorables à la décolonisation.
L’autre souvenir est relativement récent. En 1999, peu de temps après mon élection à la présidence de l’association des auditeurs de l’Institut des hautes études de défense nationale, le délégué de la 15ème session, le général Gaillard de Saint Germain, m’avait invité à participer au déjeuner annuel de cette promotion à laquelle appartenait Jean Planchais qui avait donc était admis à suivre le cycle de cet Institut, en 1962, un an après le coup de force des militaires à Alger. Placé à coté du journaliste, j’ai le souvenir d’avoir été très heureux que cette occasion me soit offerte de parler avec lui de l’actualité, mais aussi de ce qui se passait quand j’avais vingt ans. André Fontaine a raison de rappeler que c’était un homme simple, gentil, disponible. J’avais beaucoup apprécié ce moment passé avec lui. Je le revois avec son « nœud papillon noué à la va vite ». Autour de nous, parmi ses camarades de la 15ème session, je me souviens qu’il y avait mon ami Henri Barbier, ancien conservateur des hypothèques, Philippe Giscard d’Estaing, le préfet Roland Faugère. Je suis heureux de lui rendre ce très modeste hommage d’un fidèle lecteur de ses nombreux « papiers ».

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