004-affiche 2 CNRDDans un article, qui porte la date du 20 mars dernier, j’avais dit tout le bien que je pensais du mémoire que les élèves de la classe de 3e A du collège Broussais de Dinan ont présenté dans le cadre du Concours national de la Résistance et de la Déportation. C’est, à ma connaissance, avais-je écrit, le travail de recherche le plus élaboré qui existe sur l’occupation allemande et la libération de la ville de Dinan au mois d’août 1944. Sous la direction de leur professeur d’histoire, monsieur Cyrille Genestay, les élèves ont approfondi tous les aspects de ces années noires, interrogé, questionné, exploité des quantités de documents, y compris en anglais, pour confronter les témoignages, rechercher la vérité, rassembler des preuves ; bref, malgré leur jeune âge, les élèves ont parfaitement répondu à l’objectif poursuivi, depuis sa création, par le Concours National de la Résistance et de la Déportation (CNRD) qui, cette année, a pour thème : « La libération du territoire et le retour à la République ».

La classe de 3e A du collège Broussais

La classe de 3e A du collège Broussais

Ce concours, institué en avril 1961 par Lucien Paye, ministre de l’éducation nationale à cette époque, a pour objectif de perpétuer la mémoire et l’histoire de la Résistance et de la Déportation, afin de permettre aux jeunes générations de s’en inspirer et d’en tirer des leçons civiques dans leur vie d’aujourd’hui.

Le concours est ouvert, chaque année, aux élèves des classes de troisième des collèges, de toutes les classes des lycées d’enseignement général et technologique et des lycées professionnels, publics et privés sous contrat. Dans un premier temps, le concours est départemental sous la houlette des directions des services départementaux de l’éducation nationale, (ex-inspections académiques). Les meilleurs travaux sont sélectionnés et récompensés par un jury départemental.

C’est ainsi que, dans la catégorie 5, la classe de 3e A du collège Broussais de Dinan a obtenu le 1er Prix et le Prix de l’AMOPA (Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques). Le règlement du concours précise que « la Catégorie 5, correspond à la réalisation d’un travail collectif sur le thème annuel du concours. Formes (mémoire, exposition, œuvre littéraire ou artistique, diaporama, etc.) et supports (dossiers manuscrits ou imprimés, panneaux d’exposition ; supports numériques amovibles : cédérom, dévédérom, clé USB, etc. ; site internet possible si version imprimée [ou sur support numérique amovible] transmise au jury à l’identique de la version en ligne) sont libres et variés. »

Les lauréats du CNRD

Les lauréats du CNRD

Le 27 mai dernier, sous la présidence de Monsieur le Préfet des Côtes d’Armor, le Jury départemental du Concours National de la Résistance et de la Déportation des Côtes d’Armor et le Maire de Saint-Brieuc, Monsieur Bruno Joncour, ont remis les prix aux élèves et classes récompensés. C’était pour ces élèves, un moment de gloire et de satisfaction dont ils se souviendront certainement. Dans le cadre de leur programme d’histoire, ils ont passé du temps à tenter de comprendre ce qui s’était passé pendant ces années d’occupation. Ils ont interrogé, questionné les derniers témoins, qui ne sont plus très nombreux. Ils ont, sous la direction et les précieux conseils de leur professeur, monsieur Cyrille Genestay, fait des recherches et exploité des documents, y compris en anglais, pour comprendre et tenter de s’approcher de la vérité.

Je regrette que la municipalité de Dinan – nouvelle, comme ancienne – n’ait pas jugé « prioritaire », en cette année de commémoration du soixante-dixième anniversaire de la libération du territoire et du centenaire de la Grande Guerre, d’accorder une certaine importance au travail de recherche auquel se sont livrés – avec succès – les élèves de la classe de 3e A du collège Broussais. Dans deux mois, Dinan célébrera le soixante-dixième anniversaire de sa libération. Par-delà les discours traditionnels et les remises de gerbes, j’espère que les autorités se souviendront de ce que disait Renan, « l’enfant du pays », né et mort à Tréguier. Joseph Ernest Renan, écrivain, philologue, philosophe, historien, disait des  nations qu’elles étaient « le souvenir des actions passées, les joies du présent et l’espérance de vivre ensemble dans l’avenir. » Pour sauvegarder le passé, protéger le présent, c’est-à-dire le mode de vie et le patrimoine de ses habitants, et assurer l’avenir, il faut, en effet, autour de l’Etat, que la Nation soit prête, en toutes circonstances, à se défendre, à défendre toutes les valeurs qu’elle estime vital de conserver dans l’intérêt du pays. L’esprit de défense est la volonté collective d’assurer la survie et la liberté du pays, mais c’est aussi la volonté de le développer dans la cohésion nationale.

De jeunes élèves en ont conscience après avoir travaillé pendant des mois sur le thème annuel du Concours National de la Résistance et de la Déportation. J’espère qu’ils ne seront pas les seuls !

Dans le Petit Bleu du 3avril 2014

Dans le Petit Bleu du 3avril 2014

Je veux, à cet égard, rendre hommage à la presse locale qui a rendu compte du travail des élèves et donné un certain écho à la publication de « La vie à Dinan sous l’occupation », ma modeste contribution sur ce sujet, à laquelle je ne me serais sans doute pas livré si mon ami Cyrille Genestay ne m’y avait encouragé. Les articles du «  Petit Bleu » des Côtes d’Armor et du «  Télégramme » ont, notamment, eu pour effet de raviver des souvenirs. C’est ainsi que Madame Marie Besnard, épouse du maire de Matignon, décédé en 2013, fille de l’agent de police, Méheut, mort à Dinan, dans l’exercice de ses fonctions, le 2 août 1944, a découvert, dans cet ouvrage, quelques détails qu’elle ne possédait pas sur les circonstances dans lesquelles son père avait perdu la vie.

J’ai, en effet, raconté que le 2 août 1944, mon père avait envoyé deux agents de police rue de la Croix, où nous habitions, pour transporter son épouse malade, sur un brancard, dans l’abri qui était sous l’Hôtel-de-Ville. «

Dans Le Télégramme du 19 avril 2014

Dans Le Télégramme du 19 avril 2014

 Quelques instants après, Meheut, un des agents de police qui avait transporté ma mère arriva sur un brancard avec une horrible plaie au cou. Il avait l’air mort. Il aurait dit à un soldat allemand, en montrant son fusil : « Donne-moi ça, ça ne te servira plus ». L’allemand avait tiré. L’agent de police mort était étendu dans la salle Aristide Briand. Quelques minutes plus tard, arriva un très jeune soldat allemand en uniforme brun clair qui voulait savoir où était le revolver de l’agent de police et pointait le sien, sur la poitrine de mon père qui ne savait de quoi il s’agissait. Il demanda à Hingamp qui était près de lui. Quelqu’un lui souffla : « Dans la corbeille à papier de la salle Aristide Briand ». Hingamp dit : « J’y vais » et hérita du même coup du jeune sauvage. Ils se rendirent dans la salle Briand et, là, Hingamp feint de chercher, butta, comme par mégarde, dans la corbeille à papier ; celle-ci se renversa et fit apparaître le revolver. L’allemand s’en empara et l’épisode se termina là sans plus de drame. »

Mon camarade de jeu, rue de la Croix, René Catania, que j’avais perdu de vue depuis la fin de l’année 1945, s’est également manifesté en découvrant son nom dans « La vie à Dinan sous l’occupation ». Ce sont des souvenirs émouvants.

 

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