C’était beau, mais long, très long, près de cinq heures. La Reine, en gros plan, semblait, elle aussi, connaître quelques moments de lassitude. Ce matin, les journaux britanniques étaient très fiers de l’image que la Grande-Bretagne a donnée de leur pays à l’occasion de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques 2012.

« Greatest Show », titrait le Times ; The Independent affirmait, quant à lui que « Londres a mis le feu au monde » ; « Nuit des Merveilles », pour le Guardian. La presse anglaise  rivalisait de superlatifs pour qualifier l’œuvre de Danny Boyle, le créateur artistique de la cérémonie. La presse internationale, à l’exception des médias américains et de la chaîne NBC qui ne jugea pas indispensable de retransmettre la cérémonie en directe, était, dans l’ensemble, élogieuse ce matin.

Il faut dire que l’humour anglais n’était pas absent. L’arrivée d’une « doublure » de la Reine, parachutée d’un hélicoptère sous la protection de l’agent 007 le plus célèbre, était drôle, surprenante, et très réussie. Fin, intelligent, parfois irrévérencieux pour un grand chef d’orchestre, le spectacle a donné une belle image d’un pays de la « vieille Europe »  touchée par la crise et en récession. La Grande-Bretagne a voulu rappeler au monde tout ce qu’elle lui a apporté depuis la fin du XIXème siècle, dans le domaine industriel, sportif, musical.

Je me souviens qu’en 1992, à Barcelone, j’avais été émerveillé par la cérémonie d’ouverture à laquelle j’avais eu la chance d’être invité. Accablé par la chaleur, j’avais passé l’après midi dans le village, le Pueblo, qui, en 1929, était le pavillon de l’Espagne lors de l’Exposition universelle. Les athlètes y tuaient le temps en attendant l’heure de la cérémonie. Ils achetaient des pin’s, des souvenirs, écrivaient des cartes postales dans ce décor pittoresque, propre et animé. Au fil des heures, la tension monta, les habitants de Barcelone grimpèrent par milliers la colline de Montjuic, entraînant dans une marée humaine les soixante cinq milles privilégiés. A la jumelle, je cherchai, dans la tribune officielle, des visages connus. J’observai ainsi l’arrivée de François Mitterrand, de Jacques Delors, de Fidel Castro. A vingt heures, il ne restait que deux places vides, celles du Roi d’Espagne et de la Reine. La cérémonie d’ouverture des Jeux pouvait commencer. Elle  fut émouvante, surprenante, aussi symbolique qu’hier à Londres. Je me souviens que sous chaque siège, il y avait un kit dans lequel il y avait tout ce que les spectateurs devaient utiliser pendant la cérémonie : un masque, un éventail jaune et une bougie chimique qui, en la cassant au moment convenu, dégagea une lumière bleue du plus bel effet. Un archer donna l’illusion, au monde entier, d’allumer la vasque avec sa flèche. J’ai le souvenir d’un spectacle inoubliable et grandiose, mais aussi qu’il était impossible de tout voir, tant il se passait sans arrêt quelque chose et partout. A onze heures quinze, la cérémonie avait pris fin.

Ce soir à Londres, les Françaises ont brillamment réussi leur première journée de compétition. Puissantes et inspirées contre les joueuses brésiliennes au basket-ball; brillantes et concentrées contre les Norvégiennes, championne du monde de handball; libérées et déchaînées, en seconde mi-temps de leur match de football contre la Corée du Nord, les jeunes françaises ont donné raison à  Jean Ferrat quand il chantait : «  Le poète a toujours raison. Qui voit plus haut que l’horizon. Et le futur est son royaume. Face à notre génération. Je déclare avec Aragon. La femme est l’avenir de l’homme »

Elles ont, ce soir, réalisé de véritables exploits.

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