Jean-Marie Zemb est mort le 15 février dernier. Fervent européen, ce linguiste, grand spécialiste de l’allemand, aurait certainement été peiné de voir le couple franco-allemand se quereller ces jours-ci à propos des difficultés que rencontre Airbus, hier symbole de la bonne entente entre ces deux pays.
Je ne connaissais pas Jean-Marie Zemb, titulaire de la chaire de « grammaire et pensée allemande » qui avait été créée pour lui en 1986 au Collège de France, avant ce jour de 1999 où ses camarades de la 23ème session de l’Institut des hautes études de défense nationale m’avait invité à leur déjeuner annuel peu de temps après mon élection à la présidence de l’association. Entouré de personnalités beaucoup plus connues que lui, comme le général Lacaze, ancien chef d’état-major des armées ou le conseiller d’Etat Charles Barbeau, je découvrais ce jour-là un talent original, un virtuose de l’agilité intellectuelle, une bibliothèque vivante. Ses camarades avaient visiblement pour lui une immense admiration.
Alsacien, germaniste, passionné par les questions de défense, amateur de jeu de go, ce professeur d’université, qui était beaucoup plus connu outre-Rhin qu’en France, conservait un très agréable souvenir de son année passée à l’IHEDN. Il avait accepté, à l’occasion du cinquantenaire de notre association, d’écrire un témoignage original et très remarqué sur le souvenir qu’il avait conservé de son passage dans cet Institut qualifié par Georges Pompidou « d’école des Grandes écoles » . Il fallait être très attentif pour suivre, et savourer, la pensée de cet homme chaleureux, volontiers rieur derrière une barbe imposante. Penseur de la langue, chercheur dans l’âme, sa verve s’épanouissait avec délectation dans l’étude de la grammaire et de l’orthographe de ces deux langues dans lesquelles il faisait autorité.
Elu la même année à l’Académie des sciences morales et politiques, il convenait, c’est la tradition, de constituer un comité d’honneur, un comité de l’Epée, qui fût confié par Jean-Marie Zemb à Jean-René Maillard, mon confrère professionnel, président d’honneur de Meunier Promotion. Sollicité, c’est avec beaucoup de plaisir que j’acceptais de répondre à l’invitation de mon ami Jean-René Maillard à participer, en très belle compagnie, à ce comité d’honneur. Le 12 janvier 2001, l’épée d’académicien, une dague en bronze, fût remise à Jean-Marie Zemb au Collège de France, dans l’amphithéâtre Marguerite de Navarre. Le Chancelier de l’Institut, le Premier Ministre Pierre Messmer, le Secrétaire perpétuel honoraire de l’Académie française, Maurice Druon, le président de l’Académie des sciences morales et politiques, Thierry de Montbrial et de très nombreuses personnalités françaises et allemandes étaient présentes pour assister à cette remise de l’Epée et entendre de magnifiques discours, notamment celui prononcé par Jean-Marie Zemb.
Je me souviens qu’en quittant ce haut lieu de l’intelligence, une anecdote que Jacqueline de Romilly a toujours plaisir à raconter, me revenait en mémoire. L’hiver, il y a trente ou quarante ans, quand les « clochards » étaient plus discrets, il arrivait que certains d’entre eux, des « petits malins », se réfugient au fond des amphithéâtres du Collège de France pour être au chaud. Un jour, alors que Jacqueline de Romilly quittait le Collège après son cours, elle entendit un clochard dire à son collègue de fortune : « la glose, la glose, tu as compris, toi, ce que c’est que la glose ». Cette anecdote, que Jean-Marie Zemb connaissait certainement, avait dû beaucoup l’amuser.
Ces amis garderont le souvenir d’un grand « Professeur », au sens le plus noble du terme, à la curiosité insatiable dans tous les domaines et une volonté hors du commun de transmettre le savoir.

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