Le 27 septembre dernier, à la prière du vendredi, « La modération est révolutionnaire » avait valeur de mot d’ordre. La formule a fait sourire, mais c’est la confirmation, qu’avec l’élection d’Hassan Rohani, le régime a changé de ligne politique. Nous sommes en droit  de nous demander pourquoi ce changement de ton. Mais avant de tenter de répondre à cette question, commençons par établir le constat.

Le président Hassan Rohani

Le président Hassan Rohani

Dans une région où les révolutions arabes peinent à se stabiliser et à trouver un équilibre des pouvoirs, il est indéniable que, 34 ans après avoir fait sa révolution, l’Iran n’est sans doute pas une démocratie, au sens où nous l’entendons en Occident, mais c’est une République à laquelle la population est très attachée. La puissance des mollahs est réelle, mais ne serait plus ce qu’elle a été. Celle des « anciens combattants » de la guerre Iran-Irak est, mutatis mutandis, assez comparable à ce qu’elle était en France après la guerre 14-18. Néanmoins, les spécialistes estiment que l’aile la plus dure, la plus conservatrice, de la révolution islamique ne représenterait plus que 15% de la population. La très grande majorité de la société civile aspire à la modernité, à la mondialisation et donc à une ouverture du pays à l’environnement international. La fierté nationale et une certaine volonté de puissance régionale sont en permanence à prendre en compte si l’on veut comprendre l’évolution de ce pays plurimillénaire au passé prestigieux.

Alors, pourquoi ce changement de ligne politique ? Les Occidentaux pensent que le pays, asphyxié par les sanctions, n’en peut plus, et qu’Hassan Rohani a été élu pour obtenir la levée de l’embargo. Les dirigeants iraniens minimisent et mettent en avant les immenses ressources de leur pays et son incomparable capacité d’adaptation. Au surplus, ils ne comprennent pas qu’en ces temps de crise, les pays occidentaux, et en premier lieu la France, se privent de considérables possibilités d’exportation qui amélioreraient une balance des paiements préoccupante.

La poignée de main entre le président Hassan Rohani et le président François Hollande

La poignée de main entre le président Hassan Rohani et le président François Hollande

Pourquoi maintenant, pourquoi cette opération de charme à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations-Unies et dans toutes les chancelleries ? Il y aurait, disent les experts, une fenêtre d’opportunité de courte durée, de l’ordre de six mois, pendant laquelle les ultraconservateurs, dans ces deux pays, ne seront pas en situation de s’opposer à des avancées significatives. Car, il faudra bien en sortir de cette situation qui ne peut durer éternellement.

Pourquoi l’Iran dépense tant d’énergie à convaincre qu’il ne cherche pas à se doter de l’arme nucléaire ? Parce qu’il n’a, dans son histoire, jamais menacé ses voisins ? Parce que le Coran interdit l’utilisation d’une telle arme de destruction massive ? Parce qu’il a signé le traité de non prolifération nucléaire de l’AIEA (TNP) ? C’est un peu court jeune homme !

A contrario, on comprendrait parfaitement, aussi inquiétant que cela peut-être, que l’Iran cherche à parvenir au seuil du nucléaire militaire. Ce pays, dans son histoire, n’a cessé d’être envahi : par les Grecs, les Romains, les Byzantins, les Huns, les Arabes, les Turcs, les Mongols, les Afghans, les Ottomans. Sans parler, plus récemment, des Russes en 1911, de l’occupation britannique pendant la Première guerre mondiale, de Saddam Hussein en 1980 et du coup d’Etat fomenté par la CIA en 1953 contre Mossadegh. La crainte de l’invasion, la menace extérieure, sont permanentes dans l’esprit des Iraniens qui font, on le comprend, un complexe d’encerclement d’autant plus vif que, dans l’ensemble, ses voisins ne sont pas très bien intentionnés. Sur fond d’opposition entre chiites et sunnites, les monarchies du Golfe ont, c’est le moins qu’on puisse dire, peu d’affection pour la République islamique. Dans le monde arable, c’est, à l’exception de la Syrie (avant la guerre civile), la méfiance qui s’impose. La Turquie est à la fois un adversaire historique, un concurrent régional et un pays laïque et pro-américain. L’Azerbaïdjan est un cas particulier. D’autant plus dangereux, que c’est un pays allié aux Etats-Unis et qu’un quart de la population iranienne est azéri, dont l’Ayatollah Ali Khamenei. Que dire du Pakistan, instable, doté de l’arme nucléaire, avec le risque djihadiste qu’il représente. Enfin, Israël, puissance nucléaire également, hostile politiquement en raison du conflit israélo-palestinien. Dès lors, dans un tel contexte environnemental, la conclusion logique pour le régime islamique serait que seule l’arme nucléaire peut dissuader. L’Iran a peur. Pour rassurer sa population, il n’y aurait pas d’autres solution que de sanctuariser le territoire national, comme l’avait fait la France en son temps, avec une capacité stratégique indépendante qui permet, au surplus, de démontrer sa réussite technique et scientifique et son rang de puissance régionale.

Cela étant rappelé, on est en droit de se demander si le changement de ton ne signifierait pas que l’Iran a atteint le seuil nucléaire à partir duquel il pourrait, s’il advenait que ce soit nécessaire, fabriquer une bombe. Le doute est un élément essentiel de la dissuasion.

Si, comme l’affirment les dirigeants iraniens, ce n’est pas le cas, alors quelles sont les contreparties, les garanties de sécurité, de reconnaissance internationale, que l’Iran peut demander en échange des concessions qu’il pourrait faire dans le cadre des négociations engagées à Genève depuis le 15 octobre dernier ? Pour l’instant, ces demandes ne sont pas claires. Les Occidentaux ne se contenteront pas d’une campagne de charme, aussi sympathique soit-elle, ils veulent des preuves, des preuves concrètes. Elles ne sont pas encore sur la table.

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