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lundi 06 novembre 2006

Davydenko, l’homme qui venait du froid.

Invité par la Fédération Française de tennis, j’ai assisté hier après-midi à la finale de la vingt et unième édition du BNP Paribas Masters. Ce tournoi ATP Masters series a vingt ans. Les plus grands joueurs l’ont gagné, plusieurs fois pour certains : Boris Becker, Pete Sampras, Marat Safin, André Agassi. Guy Forget et Sébastien Grosjean ont été les seuls Français à pouvoir l’emporter en 1991 et en 2001. Malheureusement, à quelques jours de la finale des Masters, qui se jouera cette année à Shanghai, les meilleurs joueurs du monde, déjà qualifiés et épuisés par une année exténuante, n’étaient pas là. La finale, déséquilibrée, entre le Russe Nikolay Davydenko, cinquième joueur mondial et le Slovaque Dominik Hrbaty, n’a pas été passionnante et vite expédiée.
Assis très près du court, au premier rang, derrière la chaise du Russe, j’ai surtout été intéressé par la personnalité et le comportement de ce joueur qui n’avait encore jamais gagné un tournoi en Masters series. Son physique d’ascète, qui n’exprime aucune émotion, fait de lui un joueur à part qui a l’air de sortir d’un livre de John Le Carré. Il a une musculature, très fine, de coureur cycliste. Quand il sert, régulièrement à plus de 200 km/h, on se demande d’où peut sortir une telle puissance. De sa technique évidemment, qui atteint souvent la perfection. Infatigable, il jouait son 31ème tournoi de l’année, sans compter les matches de coupe Davis avec la Russie, toujours qualifiée. Après avoir gagné, sans véritable opposition, les deux premiers sets, 6 –1 et 6 –2, j’ai surpris, au début du troisième set, une légère contrariété sur son visage après un manque de concentration qui venait de lui faire perdre un point. Très exigeant avec lui-même, il s’en voulait visiblement. La victoire, sans doute tant espérée, a libéré ce joueur qui est brusquement devenu souriant, volubile, intarissable au micro lors de la remise du trophée.
Pour aimer le sport, il faut comprendre les sportifs.

jeudi 16 mars 2006

« Les mouches ont changé d’âne ! »

Le 15 février 1992, dans le Tournoi des Cinq nations, l’Angleterre avait battu la France : 31 à 13. Les amateurs de rugby, particulièrement dans le sud-ouest, étaient consternés et furieux. « Les Anglais ont inventé le rugby et en modifient les règles, que çà nous plaise ou non. Sanctionnés par l’arbitre, il fallait voir l’air étonné des avants français. Ils ne comprenaient pas les décisions ; on ne joue pas comme çà à Bayonne ou à Agen. Les joueurs regardaient l’arbitre, regardaient leur capitaine avec l’air de dire : « je ne recommencerai pas », mais comme ils n’ont pas compris la décision et ne comprennent pas la langue, ils recommenceront à la prochaine occasion ! Le lendemain, dans la presse, deux thèses s’affrontaient : Certains pensaient qu’au fil des années, les Français apprendraient et que les différences s’estomperaient. Les autres considéraient que les Anglais sont des gens impossibles et qu’il faut les laisser jouer entre eux à un jeu qu’ils connaissent ; qu’il en est du rugby comme de la Communauté européenne, il ne faut plus jouer avec eux et quitter le tournoi !
Samedi dernier, les Français ont battu les Anglais 31 à 6, ce qui n’était pas arrivé depuis bien longtemps. Ceux qui, en 1992, pensaient qu’avec le temps les Français apprendraient ont eu raison. Pourquoi ? Tout simplement parce que ce sport est, entre-temps, devenu professionnel. De nombreux joueurs français sont allés jouer en Angleterre, parlent la langue, comprennent mieux les règles et les décisions de l’arbitre. Samedi, la jeune équipe anglaise, débordée par les assauts français, donnait parfois l’impression de ne pas comprendre les décisions de l’arbitre. Les Français ne jouaient pas comme on joue à Londres…
« Les mouches avaient changé d’âne ! »

lundi 13 février 2006

Un samedi au Stade de France

Un match de rugby dure quatre-vingts minutes. Pour l’avoir oublié, le XV de France a été à deux doigts de gâcher un après-midi qui avait pourtant bien commencé. La côte de bœuf saignante et le Médoc, consommés entre amis au Royal-Villiers, avaient été joyeux. Nous occupions la table de Robert Paparemborde, ce qui, dans le monde du rugby, équivaut à s’asseoir à la table de Guillaume Apollinaire à la Closerie des Lilas. A la table voisine, un ancien international accueillait ses amis par des : « Putain-con » qui sentaient plus le cassoulet de Castelnaudary que l’air de la Porte Champerret.
Au Stade de France, érigé au rang de cathédrale du sport depuis le 12 juillet 1998, jour de la finale du Mundial de football gagnée par la France, les bérets basques et les écharpes tricolores l’avaient déjà emporté sur les chapeaux verts de carnaval que les Irlandais s’acharnent à arborer une année sur deux quand ils viennent à Paris. Il faisait frais mais beau. Un temps idéal pour jouer au rugby. Humiliés en Ecosse, le samedi précédent, les « presque-champions du monde » ont commencé la partie comme à la parade. Les points s’additionnés d’autant plus vite que les Irlandais, très joueurs, attaquaient sans cesse mais perdaient souvent le ballon et donnaient l’occasion aux Français de briller par leurs interceptions et leurs longues passes qui réjouissaient le public. A 40 à 3 pour la France, mon voisin, un peu gêné, me dit : « Les Irlandais vont en prendre une valise ! » Il exprimait ce que tout le monde pensait, mais le rugby est un jeu et le ballon est ovale. C’était mal connaître les Irlandais….et les Français. A force de rendre le ballon aux Irlandais sur des coups de pied qui n’arrivaient pas en touche, le match a basculé. Soutenus par les chants de leurs supporters, les Irlandais, qui sentaient depuis le début que le score ne reflétait pas la physionomie de la partie, ont continué à produire du jeu et du beau jeu. Les Français épuisés physiquement, incapables de gérer leur avance au score, ont alors encaissé quatre essais en quinze minutes. C’est çà aussi le rugby !
Bernard Laporte, le sélectionneur français, ivre de colère à la fin du match, s’en prenait au public parisien qui ne comprend rien à ce sport et qui n’aurait jamais dû siffler la sortie du demi d’ouverture français. Il a raison, ce n’est pas Fréderic Michalak qui fallait siffler mais Bernard Laporte qui aurait dû prendre plus tôt la décision de le remplacer par un joueur frais. A la sortie du Stade, les commentaires de « ces bourgeois de parisiens qui ne connaissent rien au rugby » étaient sévères à l’égard du sélectionneur. Nous étions pressés de revoir le match à la télévision pour tenter de comprendre ce qui avait bien pu se passer. Sur place, nous avions vu plus d’esprit dans les jambes irlandaises que dans les têtes de nos jeunes français supposés faire rayonner le génie du rugby.