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mercredi 04 août 2010

La médaille d’or du ridicule est attribuée à…

Le journal L’Equipe titra « La déchéance de la France ». Les commentaires furent catégoriques. Certains membres du gouvernement n’eurent pas de mots assez durs quand ils parlaient des dirigeants de la Fédération. Des parlementaires qualifièrent les performances de l’équipe de France « d’indignes de notre pays ». Les jeunes étaient déçus. Le moral des Français, paraît-il, s’en ressentait. Un député de Paris dénonça « le coup porté au prestige de la France ». L’affaire, purement sportive, devint politique. Bref, la patrie était en danger !
Heureusement, Jacques Faizant résuma la situation dans un dessin resté célèbre qui représentait le général de Gaulle en survêtement, en baskets, avec son sac de sport, disant : « Dans ce pays, si je ne fais pas tout moi-même ! »
Nous étions au mois d’août 1960, au lendemain des Jeux Olympiques de Rome où la France n’avait obtenu que cinq médailles et ne se classait qu’à la 25ème place dans la liste des nations participantes.
Malheureusement, notre pays n’a pas de mémoire, ne sait pas perdre « sans jeter le bébé avec l’eau du bain » et ne craint jamais le ridicule dans ce type de situation.
Au mois de juin 2010, cinquante ans après les Jeux de Rome, la Fédération Française de Football, ses dirigeants, sa structure archaïque, ses formateurs, tout doit impérativement être remis à plat après un pareil échec en Afrique du Sud. Commission parlementaire, états généraux, limogeage, licenciement pour faute grave, radiation à vie ; bref, il ne manquait qu’un projet de loi…pour que cela ne se reproduise plus, comme d’habitude… Sans parler de l’escorte présidentielle dont bénéficia le joueur qui n’avait pas joué, qui n’avait rien vu, mais que le Président de la République devait recevoir en urgence eu égard à ses références jugées sans doute plus légitimes que celles du président de la FFF, du sélectionneur ou du directeur technique national nommé par l’Etat.
Déjà, en 1960, la Fédération avait été rendue responsable du désastre. Le mode d’élection des dirigeants avait été jugé peu démocratique. Qualifiées d’Etat dans l’Etat, les fédérations, en général, étaient accusées d’être loin de la vie quotidienne des sportifs, de les infantiliser et de maintenir des pratiques paternalistes. Les plus sévères dénonçaient « un système gérontocratique et amateur auquel il fallait remédier en propulsant aux principaux postes de responsabilité, des dirigeants jeunes, enthousiastes et compétents, en phase avec leur époque. »
Par un arrêté en date du 17 février 1961, le ministre des sports, Maurice Herzog, nomma le lieutenant-colonel Marceau Crespin, délégué général à la préparation olympique. C’est sans doute en souvenir de cet épisode que la FIFA, la Fédération Internationale de Football Association, a mis en garde le gouvernement français, au début du mois de juillet, contre toute ingérence de l’Etat. En effet, parmi les premières mesures préconisées par le colonel Crespin, il y avait l’institution de directions techniques nationales, les DTN.
Le regretté Nelson Paillou, qui fut un dirigeant exemplaire, milita efficacement pour que la France adopte une voie moyenne entre le modèle anglo-saxon, qui prônait le libéralisme absolu, et le système adopté par les pays socialistes dans lesquels l’Etat contrôle tout.
Ce modèle a cinquante ans. Il a fait ses preuves. Si la France tient son rang, bon an, mal an, dans la plupart des disciplines, c’est en très grande partie en raison de la « voie moyenne » prônée par Nelson Paillou, le colonel Crespin et quelques autres. Il n’en reste pas moins que, périodiquement, des voix s’élèvent pour réclamer, parfois à juste titre, une démocratisation de la gouvernance des fédérations et une réforme du « haut niveau ». Toutes les institutions s’usent avec le temps.
Les dirigeants politiques et les journalistes sportifs, notamment, ont besoin de vacances. Les récentes victoires de l’équipe de France de football des moins de 19 ans et de l’équipe de France d’athlétisme sont arrivées au bon moment. Espérons que défaites et victoires constitueront une aide à la réflexion et qu’avant de parler ou d’écrire, ils auront en mémoire le passage du célèbre poème de Rudyard Kipling « Tu seras un homme mon fils » écrit en 1910 pour son fils John âgé de 12 ans.
A Wimbledon, les joueurs qui sortent des vestiaires pour entrer sur le court central, peuvent lire, en gros caractères : “ If you can meet with triumph and disaster and treat those two impostors just the same”- . La meilleure traduction a été donnée en 1918 par André Maurois : « Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite et recevoir ces deux menteurs d'un même front... ».

dimanche 20 juin 2010

Mondial 2010 – La trahison des stars

« Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au dessus d’eux l’autorité de rien et de personne, alors c’est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie. » Ce texte de Platon a été écrit il y a 2 400 ans ! Il n’a pas pris une ride.
J’ai beaucoup milité pour les valeurs du sport. Dans ce blog, j’ai, à plusieurs reprises écrit sur les valeurs éducatives que sont : l’esprit d’équipe, le dépassement de soi, l’éthique. Ce sont des valeurs universelles que les éducateurs, les élites, les maîtres, ont le devoir d’enseigner et de faire respecter.
Depuis le début de ce mondial de football, une fête colorée pour la première fois en Afrique, je n’avais pas le cœur à consacrer un billet à ce que je voyais et à ce que j’entendais. Les premiers matches étaient lents, bloqués, tristes. Les meilleurs joueurs de la planète, après plus de cinquante matches joués dans l’année, sont apparus épuisés, surentraînés, incapables d’être à la hauteur de leur réputation. Terrorisées à l’idée de perdre, les meilleurs équipes refusent de prendre le moindre risque, ne pensent qu’à défendre, au lieu d’offrir des actions de folie que le public et les téléspectateurs du monde entier attendent depuis quatre ans. Cet événement sportif ne peut être une fête qu’à cette condition.
La France n’a pas les moyens d’avoir, tous les quatre ans, une des meilleures équipes du monde comme en handball ou en rugby. Quelle importance ? Est-ce vraiment d’un intérêt vital pour notre pays ? A l’évidence, non, à condition d’offrir le visage d’une équipe volontaire, pugnace, bien organisée et unie par un état d’esprit exemplaire.
Pour cacher la faiblesse de l’équipe de France, en manque de motivation et sans doute de talent, dirigeants, sélectionneur et joueurs ont fait semblant, ont construit des illusions, ont travesti la vérité, triché et en définitive trahi.
Quand les dirigeants d’une grande – et riche – fédération font preuve de tant de faiblesse.
Quand le sélectionneur, pressé de s’expliquer sur son système de jeu, répond invariablement, avec un sourire ironique : « Je m’en fous… ». Il ne faut pas être surpris qu’après un échec contre une équipe du Mexique, qui ne figure pas parmi les meilleures équipes du monde, des joueurs de l’équipe de France se laissent aller à des propos et des gestes inqualifiables.
Quand un journal spécialisé de grande diffusion trahit à ce point son éthique – et le secret du vestiaire – dans le but de faire de l’audience et de régler des comptes.
Quand des joueurs, boudeurs, arrogants, imbus de leur personne, mâchent du chewing gum pendant la Marseillaise.
Quand les bornes sont franchies, disait le président Georges Pompidou il n’y a plus de limites.
Quand les hommes dont la fonction est de défendre les valeurs trahissent cette fonction au profit d’intérêts personnels.
Quand rien ne plus s’opposer à la montée aux extrêmes, à l’irréparable, alors il faut croire à ce qu’écrivait Platon : « c’est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie. »

dimanche 06 juin 2010

La déflation, un risque réel

Dans la mémoire collective, il n’y a guère que les historiens et les experts en sciences économiques qui connaissent les caractéristiques de la déflation de Pierre Laval et de l’Allemand Von Papen dans les années 30. La déflation est souvent confondue à tort avec la désinflation. La déflation est une baisse générale et durable des prix, une baisse des salaires, qui se traduisent par un recul de l’activité et une récession économique.
Le 16 juillet 1935, le nouveau Président du Conseil Pierre Laval décréta une réduction générale de 10% de toutes les dépenses publiques et des principaux prix administrés. En baissant ainsi brutalement les salaires des fonctionnaires et les prix, Laval était convaincu qu’il allait relancer l’activité économique sans avoir à dévaluer la monnaie. En Allemagne, le chancelier Von Papen, succédant au chancelier Brüning, fit le même choix en décidant de pratiquer une déflation plutôt qu’une dévaluation. La suite et les conséquences de cette politique sont connues. Il est inutile de s’y attarder.
Y penser, avoir à l’esprit cette mécanique infernale qu’est la déflation, ne signifie évidemment pas que les mêmes politiques pourraient avoir les mêmes conséquences. Les temps ont changé, les circonstances ne sont pas comparables, tout rapprochement serait primaire, pour ne pas dire un peu pervers. Néanmoins, il y a dans le désordre économique qui caractérise le monde actuellement, des données préoccupantes. Les banques centrales ont injecté des liquidités en grande quantité à des taux tellement faibles que certains experts les qualifient de toxiques.
Fin 2007, pour remédier à un risque systémique avéré, tout le monde s’est félicité de la promptitude à mettre en œuvre des plans de relance. La riposte a été efficace, mais elle a eu pour effet d’ajouter de la dette à une dette déjà considérable dans certains pays, notamment aux Etats-Unis et en Grande Bretagne. En ce qui concerne l’Europe, il apparaît évident aujourd’hui que le traité de Maastricht était incomplet et comportait en germe des risques qui se réalisent sous nos yeux.
Croire aujourd’hui qu’il sera possible de revenir au taux de 3% prévu par le Pacte de stabilité et de croissance sans déflation, s’est s’illusionner. Il aurait fallu remonter les taux et réduire les liquidités, ce qui n’a pas été possible. Au contraire, les difficultés d’un petit pays, la Grèce, ont suffi à annihiler le peu de confiance que les autorités monétaires avaient eu tant de mal à restaurer. Le marché interbancaire donne à nouveau des signes de blocage et les banques recommencent à garder leurs liquidités.
Dans cette nouvelle montée aux extrêmes, des craquements sont apparus au sein du Conseil des gouverneurs des banques centrales de la zone euro. La décision, inimaginable il y a peu de temps, de racheter des dettes a été prise à la majorité dans le plus grand secret. Seulement voilà, ce qui était également inimaginable vient de se produire. Le gouverneur de la banque centrale allemande, annoncé comme probable successeur de Jean-Claude Trichet, a critiqué ouvertement et publiquement le consensus difficile qui avait permis que la décision soit prise. En rompant ainsi volontairement la confidentialité des délibérations du Conseil, il a pris le risque de contribuer à éroder un peu plus la confiance. Que cherchent les Allemands ? A sortir de la zone euro ? C’est difficilement imaginable. A contraindre ses partenaires à suivre une politique de déflation discutable ?
Les Américains, les Chinois, les Japonais, principaux pays exportateurs, sont inquiets. Les turbulences dans la zone euro sont susceptibles de nuire à leurs intérêts. Si l’euro tombait à un niveau trop bas, les conséquences pourraient être importantes sur leurs économies. Faut-il en déduire que cette crise pourrait être une chance pour les pays de la zone euro ? C’est aller un peu vite, mais il est certain qu’un euro à 1,10 modifierait significativement les termes de l’échange. En 1999, l’euro était entré sur le marché monétaire à 1,17, il était monté, au plus haut, à plus de 1,50 pour un dollar et il est aujourd’hui à 1,20. Si, dans le même temps, les membres de la zone euro parviennent à se mettre d’accord pour remédier aux insuffisances du traité de Maastricht en créant notamment un Fonds monétaire européen capable d’émettre des emprunts, la crise aura peut être été salutaire. La condition nécessaire, sinon suffisante, pour qu’il en soit ainsi, c’est que le couple Franco-allemand retrouve une dynamique et décide de sortir de la crise par le haut.
Les deux chefs d’Etat ont, une nouvelle fois, rendez-vous avec l’Histoire.

mardi 02 mars 2010

Sur Xynthia et la gestion du risque.

Brouage, pour ceux qui ne connaissent pas, est un ancien port de guerre, construit à la demande du Cardinal de Richelieu qui voulait en faire une pièce importante de son dispositif stratégique pour conquérir La Rochelle, « la huguenote ».
Aujourd’hui, si vous vous rendez à Brouage, au nord de Marennes, vous serez surpris de constater qu’avec la baisse du niveau de la mer, cet ancien port fortifié est à environ deux kilomètres à l’intérieur des terres. Aujourd’hui, car le 1er mars, dimanche, au plus fort de la tempête qui a ravagé la région, Brouage devait avoir recouvré sa vocation de port maritime. Je ne peux que l’imaginer car je n’ai trouvé aucune information particulière dans la presse ou sur le net.
Si mes pensées sont allées immédiatement vers cette magnifique citadelle située assez loin du littoral, c’est parce que sa situation illustre le caractère évolutif des marais, des dépôts sableux, de l’océan poussé par des vents violents, un jour de forte marée.
Météo-France avait, en temps voulu, indiqué que la tempête serait violente et placé les quatre départements en vigilance rouge, ce qui est très rare. Celle de 1999, qui avait fait des dégâts considérables, devait normalement être dans toutes les mémoires et notamment dans celle des élus et des fonctionnaires concernés. Or, les décisions qui, à l’évidence, compte tenu de la coïncidence entre la force du vent et le coefficient de la marée, auraient dû être prises ne l’ont pas été.
Pourquoi les préfets, le haut fonctionnaire de la zone de défense, qui disposent de plans pour ce cas de figure, n’ont rien fait et sont restés dans leurs lits comme les habitants pris, à 5 heures du matin, au piège de la mer qui monte, qui monte de plus de deux mètres à certains endroits qui sont au niveau de la mer et ne sont pas protégés?
Prendre les décisions qui s’imposent, c’est difficile, car il s’agit d’organiser l’évacuation de populations qui n’en voient pas la nécessité et, dans de nombreux cas, refusent purement et simplement de s’exécuter.
En Louisiane, cette absence de décision avait causé la mort de très nombreuses personnes. Au Pays-Bas, comme son nom l’indique, les protections et les plans d’urgence sont parfaitement prévus et ne posent, jusqu’ici, aucun problème. Dans le même temps, au Japon, les autorités japonaises, qui craignaient un tsunami, n’ont pas hésité à évacuer près de 320 000 personnes dans les régions les plus menacées. Le risque, heureusement, ne s’est pas réalisé. Les autorités ont alors présenté leurs excuses pour cet excès de précaution. Ce pays a la mémoire de ses catastrophes naturelles et une organisation de protection civile adaptée et rigoureusement appliquée.
En France, l’Etat, les élus locaux, les habitants, qui n’ignorent pas qu’ils habitent dans des zones à risque, vont, trop tard et inutilement, polémiquer et probablement ne rien faire jusqu’à la prochaine fois. Autoriser des constructions si des digues et protections n’ont pas été exécutées préalablement est une faute. Avoir connaissance d’un risque, comme le 1er mars, et ne rien faire est une faute administrative. Dépenser des milliards d’euros pour une pandémie grippale qui ne se développe pas et ne pas évacuer des populations quand le risque est connu, est incohérent.
Un grand préfet de la République m’avait dit en 1982 : « Vous verrez, les lois de décentralisation seront la plus importante révolution législative dans notre pays. » Avant cette date, les permis de construire étaient délivrés par le représentant de l’Etat dans chaque département. Depuis, ce sont les maires qui délivrent ces autorisations. On sait ce qu’il en est dans de nombreux cas !

mardi 04 août 2009

Sur le prix du lait...

Quiconque a dans sa famille un producteur de lait, ne peut être insensible au drame qu’aucune autre profession ne supporterait sans crier au scandale.
La Politique Agricole Commune (PAC) est malheureusement incapable de garantir un revenu décent aux producteurs qui, par conséquent, réclament le retour des quotas laitiers.
Que faut-il en penser ?
Progressivement, ceux-ci ont été abandonnés et les prix laissés à la dure réalité du marché avec tout ce que cela supposent de spéculation et de manipulation des cours. La régulation, précédemment, consistait à encadrer les quantités, par un système de quotas fixés chaque année pour chaque Etat membre de l’UE, par des prix indicatifs fixés par la Commission, par un mécanisme d’intervention lorsque les prix tombaient en dessous d’un certain seuil et surtout, par la fixation de prix indicatifs. Les producteurs étaient, avec ce système, à peu près certain de vendre leur production à un prix convenable sur lequel il pouvait compter.
Comme il faut toujours changer un système qui donne à peu près satisfaction, les organes de régulation décidèrent de démanteler la formule des prix administrés et de remplacer celle-ci par des aides directes et une augmentation des quotas, en attendant la suppression définitive prévue en 2015. Le prix d’intervention, dans le même temps, est devenu de moins en moins attractif et, petit à petit, le système est passé de la réglementation au marché pur et simple, c’est-à-dire défavorable aux producteurs. Résultat, le prix du lait, qui était assez stable depuis plusieurs années, s’est déréglé, passant par des hauts, en 2007, et chutant brutalement à la fin de l’année 2008. Des amplitudes de l’ordre de 50% n’étaient pas supportables pour un pays comme la France, deuxième producteur européen et grand exportateur.
Danone et Lactalis, entreprises de taille mondiale, achètent la moitié de la production française. Dans les autres pays membres, ce sont souvent des coopératives qui collectent et transforment. Dans ce contexte, la colère des producteurs, à la fin de l’année 2008, était compréhensible. Comment peut-on gérer convenablement une exploitation, faire des investissements couteux, s’endetter, si le prix payé n’est pas suffisant, et de loin, pour compenser les coûts de production. Aucune activité n’y résisterait.
Malheureusement, pour les exploitants français, depuis le processus de Lisbonne, c'est-à-dire depuis le Conseil européen de mars 2000, la mode est à la dérégulation, au tout libéral. Dix ans après, les résultats ne sont pourtant pas convaincants, aucun des objectifs n’a véritablement était atteint. Tous les Etats membres ne sont pas du même avis et n’ont pas la même culture et la même histoire. Danois, Hollandais, Polonais, Irlandais, considèrent, qu’au nom de la compétitivité, il faut tout simplement accepter l’élimination des exploitations qui ne sont pas rentables. Les producteurs français ne l’entendent pas ainsi et réclament le retour des quotas. Pour maintenir les quotas, il faut une décision du Conseil à la majorité qualifiée. C’est peu probable, une majorité de pays est hostile au maintien des quotas.
Dans son langage communautaire, Le Conseil européen a invité la Commission à présenter avant la fin de l’été « une analyse approfondie du marché, indiquant notamment les formules possibles pour stabiliser le marché des produits laitiers, tout en respectant les résultats du bilan de santé de la PAC » Dans ce contexte, un retour aux quotas ne paraît guère envisageable. En outre, il faut être conscient du fait qu'une majorité est clairement hostile au maintien des quotas.
Le nouveau ministre, Bruno Lemaire, considéré comme un des meilleurs de sa génération, va avoir l’occasion de faire la démonstration de ses talents. Ce ministère a souvent constitué un tremplin pour les futurs chefs d’Etat (Rocard, Chirac, Faure). S’il se contente de colmater les brèches, de calmer les mécontentements, à court terme, il a peu de chance de marquer son passage rue de Varenne. Si, avec de l’imagination, les qualités de négociateur qu’on lui reconnait, il parvient à convaincre nos partenaires, et notamment l’Allemagne qu’il connait bien, que des aides directes, en attendant que la demande se redresse, permettraient de traverser la crise actuelle et d’imaginer d’autres solutions, son arrivée serait appréciée.
Pour l’instant, le ministre a déclaré que les quotas représentaient la « ligne Maginot de l’élevage laitier ». Pour les pays membres, opposés aux quotas, mais qui ont de la mémoire, cet argument laisse de l’espoir !
Les Français soutiennent leur agriculture, mais, à la veille de l’ouverture de négociations sur l’avenir de la PAC, notre pays ne doit pas s’isoler. Il doit se préparer à des compromis et à des alliances sur de nombreux dossiers. Il ne faudrait pas que le lait serve de monnaie d’échange. Dès que le Traité de Lisbonne aura était adopté par tous les pays membres et que les nouvelles institutions seront en place, le Président de la République et son ministre de l’Agriculture devront exiger que la Commission et le Conseil s’attaquent sérieusement et durablement au délicat problème du niveau de vie des agriculteurs. Faire le dos rond et attendre que l’offre et la demande se régulent naturellement n’est pas une solution. La spéculation, dans ce domaine comme dans d’autres, se fera toujours sur le dos des producteurs qui n’ont pas une taille suffisante.
L’Union européenne a le devoir de trouver des solutions en concertation avec les Etats et la profession. Celles-ci passent sans doute par de nouvelles relations contractuelles entre les producteurs, les industriels qui transforment le lait et la grande distribution. Est-ce possible ? C’est la noblesse de la politique que de rendre possible ce qui semble ne l’être. La vente directe du lait par les producteurs, par exemple, est-elle une piste à explorer ? Aider et redynamiser la coopération agricole dans notre pays, est-ce envisageable ? Sans doute, tant l’organisation du marché parait souvent absurde. Les consommateurs le souhaitent. Les politiques doivent les entendre. Les prochains mois vont être décisifs.