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lundi 30 mars 2009

« Nous voulons vivre ! »

Il y a quelques semaines, le 21 janvier, je racontais avec quel bonheur j’avais oublié la crise, pendant quelques heures, en dégustant de fameuses omelettes aux truffes à Sorges en Périgord. Il existe bien d’autres moyens, plus agréables les uns que les autres, de penser à autre chose qu’à la crise.
Par exemple : J’aime, le vendredi soir, regarder Thalassa, le magazine présenté sur France 3 par Georges Pernoud. C’est un réel plaisir de pouvoir, dans son fauteuil, profiter de la beauté de la mer, découvrir des territoires inconnus, cheminer, en France, sur les sentiers du littoral, partager les combats écologiques.
Il y a quinze jours, l’équipe du magazine était à l'ouest de l'Europe, au Guilvinec. Sur la jetée du port, la caméra s’arrêta à plusieurs reprises sur une inscription en grosses lettres blanches qui ressemblait à un cri : « Nous voulons vivre ». « Qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grand ? Pêcheur ? » demande le journaliste à un garçonnet qui pêchait du bord de la jetée. « Non ! » lui répondit le jeune garçon. Le métier est trop dur, trop dangereux, pas assez rémunérateur. Il veut une autre vie que celle de ses parents.
Projeté en Islande, le téléspectateur découvrait une « Marie Curie » islandaise convaincante, qui sépare l’hydrogène de l’oxygène et fabrique une énergie propre. Elle est convaincue que, dans son pays, « l’or blanc » remplacera le pétrole avant 2030. Un premier bateau, qui explore les baleines, se déplace déjà avec cette nouvelle source d’énergie. Il a cependant un moteur diesel de secours, au cas où ! Les voitures à hydrogène, qui ne recrachent que de la vapeur d’eau, sont silencieuses, ce qui est bien agréable.
De retour à Crozon, Camaret, Douarnenez, à la Pointe du Raz, à la Baie des Trépassés, le téléspectateur était invité à partager le bonheur de vivre des habitants. « Ce pays vous rend dur, mais humain à l’intérieur », déclarait une femme interrogée.
Autre exemple dans un genre moins contemplatif, si vous voulez vivre avec votre temps, prendre un « coup de jeune », partager et surtout comprendre l’univers des jeunes, je recommande l'émission web que produit le fils d’un de mes meilleurs amis. Elle est disponible sur la page Level_Crou : la_nouvelle serie geek du Web
Il s’agit d'un programme pour adolescents, dits "geeks", qui jouent beaucoup aux jeux vidéo, surfent sur Internet et ne sortent pas beaucoup de chez eux. Attention, c’est un peu hard, les moins jeunes ne sont pas habitués, mais, vous verrez, les acteurs sont attachants.
Jean-Philippe essaye de créer un buzz (une discussion) autour de cette thématique et va prochainement proposer une déclinaison de ce format aux chaines de télévision.
Souhaitons lui bonne chance. Il n’y a pas que la crise dans la vie ! Nous aussi, nous voulons vivre !

vendredi 27 mars 2009

Sur le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN. (suite et fin)

Le débat sur le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN est clos depuis le discours que le Président de la République a prononcé le 11 mars à l’Ecole militaire et le vote, à l’Assemblée nationale, sur la politique étrangère du gouvernement.
Déjeunant, hier, avec le général d’armée, Jean Cot, ancien commandant de la 1er armée et ancien commandant de la FORPRONU, je lui ai demandé l’autorisation de publier sur ce blog, l’opinion qu’il vient d’exprimer sur ce sujet. Avec un sourire, il m’a, sans hésitation, accordé cette autorisation. Je publie ce texte sans tarder. Le général précise que « vous y relèverez peut être un zest d’humour et une pince d’impertinence. Tout ce qui a été écrit sur ce sujet par ceux, dont moi, qui ne souscrivent pas au discours officiel, n’a servi à rien. C’est pourquoi je me suis essayé à un discours plus léger…qui n’aura pas plus d’impact sur ce qui arrêté depuis longtemps, mais pour la rédaction duquel je me suis fait plaisir. »
Je suis également heureux de contribuer à ce plaisir ! Enfin, je recommande au lecteur de lire avec beaucoup d’attention la citation du général de Gaulle qui est intemporelle et prophétique. Il est bien entendu que chacun a le droit, et le devoir, de penser ce qu’il veut sur ce sujet. Toutes les opinions sont honorables et seul l’avenir permettra de trancher et de dire qui avait raison.
La France dans l’Otan. Enfin !
Le président de la République a confirmé le retour de la France dans l’Otan, le 11 mars 2009, à l’Ecole militaire. J’y étais. Ce fut une bien belle journée !
Vingt intervenants ont précédé le chef de l’Etat : des députés, des diplomates, un militaire, des universitaires, six étrangers.
Monsieur Solana, haut représentant pour la Pesc a dit qu’il était très content : il fut naguère Secrétaire général de l’Otan.
Monsieur Jaap de Hoop Scheffer, Secrétaire général de l’Otan, a dit qu’il était très très content.
Monsieur Kurt Volker, ambassadeur, représentant permanent des Etats-Unis auprès de l’Otan a dit qu’il était très très très content.
Monsieur Kouchner, ministre des Affaires étrangères et européennes a assez mal lu un discours assez confus, c’est en tout cas ce qui se disait autour de moi.
Monsieur Morin, ministre de la Défense a dit, en moins bien, ce qui est normal, ce que le Président dira plus tard.
Messieurs Richard (ancien ministre socialiste de la Défense) et Boucheron (ancien président socialiste de la commission de la Défense à l’Assemblée nationale) avaient aussi été conviés à s’exprimer. Ils étaient les seuls, sur vingt intervenants, à ne pas partager le même enthousiasme que le Président sur ce retour dans l’Otan. Ils ont dit des choses intéressantes mais furent tellement pondérés et mesurés, qu’ils ne pouvaient faire le poids face à la fougue des « atlantistes ». Je comprends très bien qu’il eut été déplacé que des intervenants plus vigoureux, comme monsieur de Villepin ou monsieur Bayrou par exemple, gâchent une aussi belle journée de propagande.
A la fin de la journée, donc, le Président a dit des choses très importantes. Voici l’essentiel de ce que j’en ai retenu, avec mes modestes commentaires.
Il a dit : « l’ambition française pour la défense européenne a longtemps suscité la méfiance, en Europe et aux Etats-Unis » Pour ce qui est des Etats-Unis, cela est vrai. Pour nos amis européens, je ne croyais pas cela du tout. Je croyais au contraire, m’appuyant sur une expérience concrète assez diverse, que, depuis 1966, ils étaient assez contents que nous disions à nos amis américains des choses qu’ils ne pouvaient pas dire eux-mêmes. Notre vocation de « poil à gratter » dans l’Alliance me semblait appréciée. Je me trompais. Je fais amende honorable.
- Il a dit : « J’avais dit l’année dernière que ce mouvement vers l’Alliance passait par une relance de la Défense européenne. C’est fait ». C’est fait ? Je croyais avoir bien suivi les choses et je n’avais remarqué aucune avancée significative ni avant, ni pendant la Présidence française de l’UE. J’en avais conclu que la relance en question n’était finalement pas un préalable mais pourrait au mieux être une conséquence. Cela m’inquiétait un peu parce que, en politique, il est toujours hasardeux de tout donner avant de recevoir un peu. Je suis bien content de m’être trompé puisque le Président a dit : « c’est fait ».
- Il a dit : « L’Alliance atlantique est aussi le symbole de la communauté de valeurs et d’intérêts transatlantiques ». Voila une affirmation de poids. Dans plusieurs articles (dont celui de la revue Défense de juillet-août 2008) et dans mon dernier livre (Parier pour la paix), je croyais avoir montré le contraire. Je dois me remettre une fois encore en question. C’est dur !
Bien que je ne l’aime pas beaucoup, il faut que je communique le discours du Président à monsieur Robert Kagan, conservateur américain. Il ouvre en effet son livre connu « La puissance et la faiblesse » par cette phrase : « il est temps de cesser de faire comme si Europe et Etats-Unis partageaient la même vision du monde, ou même s’ils vivaient sur une même planète ». Moi je n’allais tout de même pas jusque-là mais enfin, nous nous trompions tous les deux. Je dois aussi informer Patrice Higonnet, professeur d’histoire française à Harward. Francophone, très francophile, je l’aime beaucoup. Il a cru pouvoir écrire dans Le Monde du 3 novembre 2004 : « Nous sommes en train de vivre un grand tournant dans l’histoire de ce vieux couple Europe-Etats-Unis… un divorce, aujourd’hui me parait inévitable ».
Monsieur Alain Minc, qui n’est pas du tout anti-américain, écrivait, toujours dans Le monde, en 2002 je crois, « que partagerons-nous dans vingt ans (Europe et Etats-Unis) le marché et le suffrage universel, ce ne sont pas des traits typiquement occidentaux ». je ne vais pas contacter monsieur Minc pour le mettre en garde : il a sûrement lu le discours du Président. Ce qu’a dit le Président est capital. Seule en effet une communauté de valeurs et d’intérêts quasi fusionnelle peut s’accommoder d’une organisation militaire aussi intégrée que l’Otan. C’était le cas pendant la guerre froide, face à la formidable menace du Pacte de Varsovie.
J’avais la certitude qu’il était aujourd’hui inconcevable que l’Union européenne, première puissance économique mondiale continue de souscrire auprès des Etats-Unis, cinquante ans après la fin de la seconde guerre mondiale, la même « assurance tous temps et toutes circonstances ». Mais il faut remettre en cause ses certitudes, voire ses complaisances, comme a dit plusieurs fois le Président.
Au lendemain de cette journée mémorable, j’ai rencontré un ami très cher avec lequel je partageais jusqu’ici la conviction que le retour de la France dans l’Otan était une erreur. Je lui ai dit mon illumination presque mystique après avoir entendu le Président.
Il a souri puis il m’a dit: « je suis très étonné d’une conversion aussi subite à une argumentation assez primaire qui consiste principalement à présenter les choses comme d’autant plus évidentes qu’elles ne le sont pas du tout.
La vraie question, qui n’a évidemment pas été posée, est la suivante : est-il acceptable que 500 millions d’Européens dépendent, pour leur défense collective, de 300 millions d’Américains ? N’est-il pas proprement scandaleux que la riche Europe de 2009 continue de placer son destin dans les mains d’autrui, quel qu’il soit, comme elle fut contrainte de le faire en 1949 ?. N’est-il pas indigne que ceux qui gouvernent en Europe réduisent leur ambition à une certaine autonomie stratégique au sein de l’Otan ? N’est-ce pas l’indépendance stratégique totale de l’Europe, dont nous pouvons nous donner les moyens, qu’il nous faut recouvrer ?
Le mythe de la complémentarité Otan-PESD est à vrai dire le scandale des scandales : à l’Europe les petites missions « exotiques » lorsque les Etats-Unis ne veulent pas s’y « mouiller »; à l’Otan, c'est-à-dire aux Etats-Unis, la défense de l’Europe. Aucun citoyen d’Europe n’accepterait cette démission s’il était mieux informé.
En raison de sa position particulière dans l’Alliance, la France a cette vocation de porter ce grand dessein d’une Europe-Puissance sage, maîtresse de son propre destin et contribuant à une meilleure gouvernance de la planète. La France y renonce.
Mais la France, dira-t-on, est encore bien seule sur cette position. Et alors ? Est-ce la première fois dans son histoire qu’elle se tiendrait en avant ? Ce serait son honneur de dire, par la voix de ceux qui la gouvernent, que l’Otan est le premier obstacle pour l’édification d’une défense commune européenne. L’Otan est en effet l’alibi des pouvoirs européens pour consacrer aussi peu de ressources à la sécurité de l’Europe.
Le retour complet de la France dans l’Otan ne peut que renforcer cette organisation alors qu’il faudrait au contraire la réduire à une Alliance transatlantique classique, non intégrée. Je te le dis : la décision de la France est un énorme contre-sens politique ! Et d’ailleurs, l’Allemagne…
Il allait continuer ainsi, très remonté. Je l’ai interrompu un peu vivement, Vade retro satanas ! Je sais maintenant que les Etats-Unis, demain comme hier, sont le seul et dernier recours d’une Europe qui doit leur en être à jamais reconnaissante. Ne me trouble pas davantage !
Nous nous sommes quittés, tristes l’un et l’autre. Il m’a donné un texte que j’ai lu plus tard. Le voici :
« On parle de l’unité de l’Europe… Mais il ne peut y avoir de personnalité de l’Europe si l’Europe n’a pas sa personnalité au point de vue de la défense. La défense est toujours à la base de la politique. Quand on ne veut pas « se » défendre, ou bien on est conquis par certains, ou bien on est protégé par d’autres…
Il faut que l’Europe ait sa personnalité donc sa propre défense…
Cela veut dire qu’il lui faut une direction, un plan et des moyens qui soient les siens…
Il y a l’Otan. Qu’est ce que l’Otan ? C’est la somme des Américains, de L’Europe et de quelques accessoires. Mais ce n’est pas la défense de l’Europe par l’Europe, c’est la défense de l’Europe par les Américains ! »
Note du Général de Gaulle – 17 juillet 1961.
Mon ami, hélas !, ne veut pas comprendre que, comme l’a dit le Président, l’appréciation de Gaulle en 1961 n’a plus aucune pertinence en 2009 ; mon ami restera toujours un gaulliste européen.

		

lundi 09 mars 2009

Chute des prix de l’immobilier. Jusqu’où et jusqu’à quand ?

Pour se faire une idée de la gravité de la crise et de sa durée, il faut un peu de mémoire et prendre en compte objectivement les caractéristiques de cette crise. Les professionnels, et les médias, ont passé deux années, 2007 et une grande partie de 2008, dans le déni. Les commentaires des statistiques de ventes et de mises en chantier, publiées toujours avec un certain retard, étaient les mêmes qu’en 1991 : « En France, la situation est particulière », ou « Le marché va atterrir en douceur ! », ou encore « Il va y avoir un ralentissement de la hausse des prix mais certainement pas une crise. »
Il n’était pourtant pas très difficile de comprendre que les prix de vente dans l’immobilier ne pouvaient pas continuer longtemps à augmenter cinq fois plus, chaque année, que le taux d’inflation général et les salaires. Les profits exceptionnels pouvaient à la rigueur s’investir, sans limite de prix, dans de très beaux appartements à Paris ou sur la Côte d’Azur, mais il n’était pas sérieux de généraliser.
Convaincus, comme au début de chaque crise, que les besoins étaient considérables, que la demande était très supérieure à l’offre et que toutes les conditions étaient réunies (taux des crédits peu élevés, absence de spéculation) pour que le marché reste soutenu, les professionnels n’eurent aucune difficulté, avec l’aide des médias, à convaincre les Français que la hausse des prix de l’immobilier était normale et inexorable. Or, tous ceux qui ont un peu de mémoire, savent que le déni, quand le retournement de tendance a commencé, est un facteur d’aggravation de la crise et d’allongement de sa durée.
Pour qu’une crise immobilière soit de courte durée, nonobstant l’environnement économique général, il faut que trois conditions soient réunies : Que l’ajustement des prix soit rapide et suffisant, que les taux de crédit soient incitatifs et que l’Etat prenne rapidement des mesures qui encouragent fiscalement l’investissement locatif et soutiennent le logement social. Il est indéniable que la « panne » économique survenue à la fin de l’année 2008 aggrave la crise immobilière. La confiance a brusquement disparue. Les Français, inquiets, n’attendent même plus que les prix baissent, mais d’y voir plus clair pour leur épargne, leur emploi, la valeur de leur patrimoine.
Pour se faire une idée de l’évolution du marché immobilier, dans une situation beaucoup plus grave qu’en 1990, il faut se remettre en mémoire ce qui s’est passé entre le 2 août 1990, date à laquelle Saddam Hussein avait envahi le Koweït, et le début de l’année 1996. L’année 1990 commença sous les meilleurs auspices. Il n’y avait, de l’avis des experts, aucune raison que la conjoncture montra des signes d’essoufflement. Ils ne prédirent pas seulement une nouvelle année de prospérité, mais commencèrent à parler d’une décennie de croissance. L’INSEE, l’OCDE, le BIPE, à l’appui de cette affirmation, avancèrent plusieurs arguments : L’Europe constituait un pôle de croissance, elle « n’éternuait plus quand les Etats-Unis prenaient froid », la croissance était supérieure à l’inflation, le pouvoir d’achat augmentait régulièrement, les comptes des entreprises allaient de records en records, les chefs d’entreprises avaient un « moral d’acier ». Tout ce qui était bon pour l’économie était bon pour l’immobilier, notamment dans le haut de gamme.
En octobre 90, des promoteurs, parmi les plus importants, se risquaient à déclarer aux journalistes : « Pour ce qui est du marché français, on peut être tranquille. Il n’est pas menacé de récession. Il ne faut pas écouter les oiseaux de mauvais augure qui jettent des mauvais sorts sur la pierre. Ce qui se passe à new York et à Londres ne nous concernent pas, nous pouvons être tranquilles. L’offre et la demande sont équilibrées dans notre pays. La crise économique redonnera à la pierre ses qualités de valeur refuge. »
L’année 1991 fut morose avec une tendance très prononcée à l’attentisme qu’aucune mesure ne parvint à enrayer. Le nombre de logements neufs vendus en Ile de France baissa de 42% et à Paris, 1000 logements seulement furent vendus, soit une baisse de 50% par rapport à l’année précédente.
En 1992, la baisse des prix, sans laquelle il n’était pas possible de vendre, atteignit 20%. Les propositions des clients furent souvent « folles » et « inacceptables ». Kaufman and Broad n’hésita pas à faire une publicité à la télévision sur le thème : « Demandez la lune ! » Fin 1993, la situation économique internationale était extrêmement préoccupante. Les promoteurs avaient tous fini par baisser leurs prix de 25% en moyenne. Les grands appartements ne trouvaient pas preneurs, seules les petites surfaces se vendaient aux nouveaux prix. Dans l’ancien, un appartement à Paris, qui se vendait 3 MF en 1990 ne se vendait plus qu’à 2MF. La pénurie de logements neufs et les besoins ne suffisaient pas à faire repartir le marché qui n’avait pas terminé sa phase d’assainissement. De nombreuses entreprises de promotion immobilière, parmi les plus connues, étaient en difficulté en raison de leurs stocks de bureaux et de logements, de leur exposition aux risques et de leurs encours de crédit. Les banques accumulèrent les pertes, certaines sont restées célèbres. Les baisses de prix avaient permis de retrouver le même pouvoir d’achat immobilier qu’en 1986-87. La peur de l’avenir, la peur pour son emploi, la peur de s’endetter, la peur de ne pas pouvoir revendre, tétanisaient tous ceux qui, auparavant, se seraient lancés dans l’acquisition d’un logement. Le marché était atone.
Au début de l’année 1994, les experts et les médias se risquèrent à annoncer la reprise dans le courant de l’année. Il ne restait, à cette date, que 80 logements à vendre dans le XVème arrondissement. Les prix avaient baissé, les taux de crédit aussi, plus rien ne justifiait l’attentisme. La crise de l’offre était devenue une crise de la demande. Mais la reprise ne se décrète pas, pour être franche et joyeuse, il faut le retour de la confiance, ce qui n’était pas le cas. Les mesures du gouvernement Balladur ne furent pas suffisantes.
En 1995, après l’élection de Jacques Chirac à la Présidence de la République, l’espoir d’une véritable reprise retomba très vite. Il fallut, en fin d’année, de très importantes incitations fiscales pour relancer l’investissement locatif et le prêt à taux zéro, mis en place par le Ministre du Logement, Pierre-André Périssol, pour que le marché donnent enfin des signes de reprise durable.
Six années s’étaient écoulées. Les prix avaient été ajustés. Sur le Front de Seine à Levallois, le m2 n’était plus à 36 000 F, mais à 18 000 F. Dans le 16ème arrondissement de Paris, rue Raffet, FEAU mettait en vente un immeuble à 16 000 F le m2.
La crise actuelle est d’une tout autre ampleur. C’est, depuis le début de l’année 2008, une crise de la demande. La vente de logements a chuté de 50%. Il fallait, à la fin de l’année 2008, plus de 18 mois pour vendre un logement, alors que 9 mois suffisaient il y a un an. Fin 2008, avec une année de revenu moyen disponible, un ménage ne pouvait acheter que 16m2, contre 30m2 en 2000.
Si, dans le courant du deuxième semestre de l’année 2010, les conditions d’une reprise économique mondiale sont à nouveau réunies, c’est-à-dire si la confiance est de retour, la demande de logements s’exprimera. Mais un retour à une situation qualifiée de normale ne sera possible, dans le domaine de l’immobilier, que si les dégâts sur l’emploi, l’épargne, la valeur des patrimoines n’aient pas été trop profonds.
En tout état de cause, une reprise du marché immobilier ne sera possible que si quatre conditions sont réunies : Que la baisse des prix ait été suffisante pour resolvabiliser la demande ; que les taux de crédit soient bas ; que les mesures gouvernementales d’incitation fiscale à l’investissement locatif soient suffisantes ; que le doublement du prêt à taux zéro ait été un succès. Quatre années seulement se seraient alors écoulées depuis le début d’une grave crise économique et immobilière. Historiquement, c’est peu, il faut donc être optimiste pour y croire, mais c’est envisageable car il n’y a pas de stock de logements terminés et invendus.
Dans le cas contraire, si l’ajustement des prix tardait, si les taux de crédit repartaient à la hausse et si les mesures de soutien s’avéraient insuffisantes, la sortie de crise serait différée et le marché s’installerait durablement dans le marasme.
En tout état de cause, il faudra tirer les enseignements de cette nouvelle crise. Puisque le marché immobilier ne se régule pas naturellement, il faut instaurer des limites dans l’attribution et la quantité du crédit. Il faut des « stabilisateurs » qui ne peuvent être mis en place et contrôlés que par la Banque de France. Si on attend le doublement des prix en quelques années, si on laisse se créer une « impression de richesse », purement fictive, en encourageant l’emprunt maximum et la perspective de devenir riche rapidement, il se crée une bulle qui, le jour où elle éclate, déséquilibre l’ensemble de l’économie. Les esprits cyniques vous diront qu’il ne faut pas s’inquiéter, avec le temps, tout rentrera dans l’ordre. Les graves crises se terminent toujours par la guerre ou une forte inflation pour corriger un gigantesque endettement public!