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mercredi 21 janvier 2009

L’omelette aux truffes, un remède contre la crise ?

« Ah çà ! mais vous ne pensez qu’à manger ?..
- Approche, Bertrandou le fifre, ancien berger ;
Du double étui de cuir tire l’un de tes fifres,
Souffle, et joue à ce tas de goinfres et de piffres
Ces vieux airs du pays, au doux rythme obsesseur,
Dont chaque note est comme une petite sœur,
Dans lesquels restent pris des sons de voix aimées,
Ces airs dont la lenteur est celle des fumées
Que le hameau natal exhale de ses toits,
Ces airs dont la musique a l’air d’être en patois !...
Que la flûte, aujourd’hui, guerrière qui s’afflige,
Se souvienne un moment, pendant que sur sa tige
Tes doigts semble danser un menuet d’oiseau,
Qu’avant d’être d’ébène, elle fut de roseau ;
Que sa chanson l’étonne, et qu’elle y reconnaisse
L’âme de sa rustique et paisible jeunesse !...
Ecoutez les Gascons…Ce n’est plus, sous ses doigts
Le fifre aigu des camps, c’est la flûte des bois !
Ce n’est plus le sifflet du combat, sous ses lèvres,
C’est le lent galoubet de nos meneurs de chèvres !...
Ecoutez…C’est le val, la lande, la forêt,
Le petit pâtre brun sous son rouge béret,
C’est la verte douceur des soirs sur la Dordogne,
Ecoutez les Gascons : c’est toute la Gascogne ! »
Ces vers d’Edmond Rostand ne m’ont pas quitté pendant les deux jours que je viens de passer dans ma famille à Sorges, dans le Périgord.
L’omelette aux truffes, peut-elle être un remède contre la crise ? Je le crois !
Certes, il y a omelette aux truffes et omelette aux truffes. Selon que les œufs sont plus ou moins battus, qu’on y ajoute plus ou moins de sel, de poivre, de graisse, de cannelle, de sucre et autres ingrédients tenus secrets, et que la cuisson est plus ou moins longue.
Le samedi 17 janvier, a eu lieu à Sorges la vingt et unième édition de la Fête de la truffe qui débute traditionnellement par un concours d’omelettes. Les participants et participantes, parmi lesquels ma dynamique cousine, Françoise Chaminade, furent nombreux, appliqués et de tous les âges, dans cet exercice difficile.
Il y avait des étudiants de l’Ecole Internationale de Management, soutenus par leurs camarades, qui appliquèrent rigoureusement la recette apprise, de nombreux habitants de la commune, mais aussi une touriste de passage, Annie Pozzo di Borgo, qui emporta la compétition à la surprise générale.
Le jury, composé de journalistes spécialisés, notamment Thierry Bourgeon, dont on trouvera le site dans les liens de ce blog, de représentants du journal Sud-Ouest, de France Bleu Périgord et de FR3, de l’experte propriétaire de l’Auberge de la Truffe, du représentant des confréries du foie gras et, bien entendu du maire de Sorges, Jean-Jacques Ratier, que tout le monde adore dans la commune, goûta, regoûta, compara les omelettes, entre deux verres de Bordeaux, et rendit son verdict.
Le soir, à l’Auberge de la Truffe, les représentants de la commune de Daoulas furent conviés par la municipalité à un diner gastronomique préparé par le chef Pierre Corre. Entre les œufs brouillés aux truffes et la glace à la truffe, tout fut excellent. Sorges et Daoulas ne sont pas juridiquement jumelées mais entretiennent, depuis quatre ans, des relations extrêmement sympathiques. Tout au long de ce week-end, les Bretons contribuèrent grandement à animer la Fête de la truffe avec leurs crêpes, leurs huitres et un sens de la fête qu’ils partagent avec les Sorgeais.
Dimanche matin, sous la pluie, malheureusement, dix huit kilos de truffes, dont une de 315 grammes, changèrent de mains. Deux hommes que j’apprécie particulièrement, Alain Robert, le président du Comité des Fêtes de Sorges, grâce à qui ces fêtes furent un grand succès, et Jean-Yves Vignon, un trufficulteur de la Drôme, très attaché au Périgord, furent, en fin de matinée, intronisés sous les applaudissements « Chevalier du docte collège des Maîtres de la Truffe et du Foie gras du Périgord » pour services rendus à la promotion de cette région et de ses produits.
Plus d’un millier de personnes participa à ces festivités, affronta des bourrasques de pluie sur des airs du folklore breton et du Périgord en déambulant de stands en stands. Enfin, ce fut le repas traditionnel animé par le groupe des « Croquants d’Escornabiau ». Trois cent quatre vingt omelettes aux truffes furent cuisinées et servies au même moment sous les applaudissements reconnaissants de connaisseurs exigeants.
Originaire de cette belle région par ma mère, arrière petit-fils du célèbre docteur Pradel qui théorisa, en son temps, la culture de la truffe, je peux témoigner que celle-ci, et l’omelette qui va avec, constitue un remède à la crise!!
J’ai trouvé au cours de ce court séjour et de mes conversations avec le maire, Jean-Jacques Ratier, ses adjoints, Didier Frerebeau et Jean-Paul Chaminade, ma cousine Françoise Chaminade, mais aussi l'écrivain Michel Testut, le journaliste Alain Bernard, Alain Robert, Henri Dessolas, et d’autres, une finesse d’esprit, une intelligence, une bonne humeur, une conception de l’existence qui m’ont fait oublier pendant deux jours que le Monde est entré dans un processus de dépression économique qui peut à tout moment basculer dans la catastrophe et qui, en tout état de cause, demandera beaucoup de temps et de patience avant qu’un nouvel équilibre soit trouvé.
Il faut espérer qu’après le passage de ce tsunami économique, des voix s’élèvent pour mettre l'homme au centre des défis à venir, réconcilier l'homme et l'économie après la frénésie de ces dernières années, promouvoir une attitude philosophique qui valorise l’homme, son intelligence, son sens de la responsabilité comme vient de le faire Barack Obama dans son discours inaugural.
Pour cela, il faudra chasser les mots en « isme », l’individualisme, le protectionnisme, le nationalisme, qui font tant de mal, et ne conserver que l’humanisme qui se pratique au fond de nos régions et qui est aussi précieux que « le diamant noir », la truffe. Vaste programme…

dimanche 11 janvier 2009

La peur

Un honorable lecteur trouvait récemment que mes propos étaient trop pessimistes. C’est sans doute vrai. Je l’espère, car je souhaite me tromper dans mes analyses, mais je pense souvent à ce que disent les Russes : « Le pessimiste, c’est un optimiste qui sait ! » Je n’ai évidemment pas cette prétention mais il est indéniable que nous sommes entrés dans une période, qui sera probablement longue, où le monde a peur ; les populations ont peur pour leur emploi, peur pour leur pouvoir d’achat, peur pour leur épargne, peur d’un effondrement de l’économie, peur du changement.
Les faits provoquent cette peur, les politiques et les médias l’amplifient, chacun ayant ses raisons pour le faire, et la confiance des peuples diminue comme « peau de chagrin ». C’est donc de la peur que je voudrais parler dans ce billet.
L’homme n’aime pas avoir peur, il a peur de la peur et fait tout ce qu’il peut pour oublier ce qu’il éprouve. Celui qui se suicide, préfère à l’évidence la mort à la peur. Il n’est pas un homme sincère capable d’affirmer qu’il n’a jamais eu peur. Ce sentiment est un trouble organique, une défaillance de la pensée, une sorte de maladie de l’esprit qui apparaît à chaque fois que le désordre règne et que nous en avons conscience. On perçoit quotidiennement, dans les événements qui nous parviennent, que toute rupture de l’ordre provoque la peur. Or, la vie est une succession de ruptures d’équilibre entre l’être et son milieu. De la naissance à la mort, la douleur, la souffrance, laissent des traces indélébiles dans l’organisme qui expliquent le phénomène de la peur. De plus, nous portons en nous des siècles de terreur au cours desquels la faim, les animaux, les maladies, les éléments naturels, constituaient une insécurité permanente.
Le progrès a permis à l’homme de s’extraire d’une grande partie de ces menaces, mais les épidémies, les guerres, ont longtemps entretenu le sentiment que la vie se déroule sous la menace. Il ne faut pas s’étonner dans ces conditions que le comportement des individus face aux menaces traduise le désespoir et la peur. Ajoutons que les raisons d’avoir peur sont accrues et entretenues par l’ignorance, le bien être, la fortune, le pouvoir. Les hommes, comme les femmes, surtout en prenant de l’âge, ont souvent l’impression d’être une cible sur laquelle s’acharnent les événements. Les légendes, superstitions, accentuent encore ce phénomène, avec ses miroirs brisés, ses échelles sous lesquelles il ne faut pas passer.
L’homme a tendance à croire naturellement à la fatalité. Il faut dire que les notions de fautes, de péchés, et un certain nombre de pratiques éducatives sont fondées sur la menace et agissent sur la peur. Toute notre vie est empoisonnée par la peur de souffrir, la peur de manquer, la peur de la misère, la peur des complications administratives, la peur du jugement des autres.
Pour en venir à l’actualité, on sent bien que la complexité des problèmes, l’incapacité à comprendre l’inexplicable, fabrique de la résignation et du scepticisme. Si l’Etat ne peut endiguer les menaces, rassurer, protéger le citoyen, si, sans résoudre les problèmes, il restreint sans cesse les libertés par des complications administratives, des fichiers de toutes sortes, le désespoir des peuples n’a rien d’étonnant.
Alors que faire ? Rajeunir la population en encourageant la natalité ; Apprendre aux enfants que la peur est imaginaire, qu’il ne faut pas avoir peur de la peur, qu’il faut éduquer sa volonté. Il faut enseigner le courage et non la résignation.
Les éducateurs sportifs savent très bien le faire. Ils connaissent la méthode. Il n’y aurait pas d’exploits sportifs sans la capacité à vaincre la douleur, la peur. A chaque fois que l’homme parvient à fabriquer de la certitude, il connaît le bonheur. Toutes les conquêtes de l’homme ont été des victoires sur la peur. L’homme a des ressources infinies pour vaincre la peur et la mépriser. Il faut pour cela en comprendre le mécanisme physiologique, apprendre à être maître de son corps et de son esprit. C’est par une forme d’hygiène de la pensée et par la formation du jugement, que l’on peut lutter contre la peur, la chasser de notre esprit.
Dans les circonstances présentes, souhaitons que les dirigeants, les élites, aient la capacité de gérer les peurs que la crise mondiale actuelle suscite et de communiquer leur devoir d’optimisme.