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jeudi 26 juin 2008

Que faut-il penser du Livre blanc sur la défense et la sécurité ?

Faut-il, comme le Président de la République, penser « que nous pour¬rons rénover nos relations avec l’OTAN sans crainte pour notre indépendance et sans risque d’être entraînés dans une guerre, malgré nous. Qu’une France qui reprendrait toute sa place dans l’OTAN, ce serait une Alliance qui ferait plus de place à l’Europe ». Ou que « notre planification de sécurité, dans la perspective de crises majeures, n’est pas à la hauteur des attentes des Français ». « Qu’il faut arrêter de croire que notre armée se mesure à la hauteur de ses seuls effectifs. » Que ce sont les économies qui permettront de réaliser les ambitions militaires qui correspondent à notre stratégie. Qu’il faut adapter notre défense à la réalité ou à la probabilité des menaces pour les 15 ans à venir et trouver les marges financières pour lui garantir les équipements dont elle a besoin. Qu’enfin, « nous devons arrêter de maintenir à bout de bras certains matériels …des avions ravitailleurs qui ont 45 ans, des blindés légers qui ont 28 ans, des hélicoptères Puma qui ont 30 ans.
Faut-il au contraire penser comme Louis Gautier, ancien conseiller pour la défense de Lionel Jospin, que la Commission du Livre blanc, « composée à la main du pouvoir, ne pouvait prétendre être autre chose qu’une instance de réflexion et d’animation du débat. » Que, de ce fait, « au lieu de préparer par ses travaux des décisions à venir, elle dut accommoder les prises de position du président de la République qui lui coupait régulièrement l’herbe sous le pied par des annonces inopinées sur la réintégration dans l’OTAN, sur la dissuasion, sur nos forces en Afghanistan, sur nos bases militaires en Afrique et à Abu Dhabi ou encore sur la lutte contre le terrorisme. » Comme lui, faut-il penser que le Livre blanc est « pessimiste » et développe « un discours sécuritaire à la fois anxiogène et pernicieux ». Qu’ enfin, ce Livre blanc « constitue un affaissement regrettable de l’ambition européenne et traduit le zèle sarkozien en faveur de l’alignement atlantique »
La publication du Livre blanc, qui suscitait depuis le début de l’année beaucoup de scepticisme, a déclenché une polémique aussi technique que passionnée dans laquelle l’homme de la rue a bien du mal à se faire une opinion objective. Un groupe d'officiers généraux et supérieurs des trois armées terre, air, mer, sous couvert de l'anonymat, a déclaré, dans le Figaro, « qu'une grande dépense d'énergie intellectuelle a simplement abouti à une réduction homothétique du format des armées. Au mieux, nous serons mieux renseignés, mais nous pourrons moins agir. Il eût fallu, au contraire, mieux définir les ambitions militaires de la France, puis ses priorités géostratégiques, y compris en termes concrets, en désignant les théâtres utiles »
En vérité, une réforme de grande ampleur était nécessaire. Celle qui est proposée est discutable mais s’appuie sur une réflexion également discutable mais incontestablement de qualité. Cette réforme sera une réussite si l’engagement du président de la République de faire en sorte que la défense européenne devienne plus crédible et soit effectivement relancée, est tenu. Dans le cas contraire, si l’empressement à s’aligner en inversant les priorités se révélait être un marché de dupes, les certitudes du Président, dans ce domaine comme dans d’autres, feraient perdre beaucoup de temps, et de crédibilité, au projet de défense européenne qui, en l’état actuel des menaces, est la priorité des priorités.
Nous devrions en savoir plus, dans quelques mois, après le Sommet du 60e anniversaire de l’Alliance en 2009 à Strasbourg et Kehl et après la présidence française de l’Union européenne et le Sommet de Deauville. La réussite de cette importante réforme dépendra aussi de l’indispensable adhésion populaire, du « consensus », qui ne se décrète pas.

jeudi 19 juin 2008

Le coq gaulois était une poule mouillée!

L’équipe de France de football a lamentablement été éliminée au premier tour de l’Euro 2008. Ce résultat devrait se passer de commentaires puisque la vérité est toujours concrète.
Au lieu de cela, le sélectionneur, comédien à ses heures, fait le malin. Il fait le malin quand il demande, cinq minutes après le coup de sifflet final du match contre l’Italie, la main de sa compagne avec qui il a déjà deux enfants, en direct à la télé. C’est drôle mais déplacé, comme sa compagne l’a, elle, parfaitement compris. Il fait le malin, en imitant le Président de la République qui ne reconnaît que ses erreurs de communication ; c’est la mode, par mimétisme. Il fait le malin, en expliquant, un peu tard, que cet Euro n’était qu’une étape de la préparation à la prochaine coupe du monde.
En sport, les choses sont claires, il n’y a que le résultat qui compte. Epargnez-nous les explications.
Sur le maintien du sélectionneur à son poste, la seule question qui doit être posée est la suivante : Raymond Domenech peut-il préparer convenablement, c’est-à-dire dans les meilleures conditions, l’équipe de France pour la prochaine coupe du monde en Afrique du Sud ? La réponse est non.
Quand, le 16 mai 1940, le général Gamelin reçoit son successeur, le général Weygand, il concède immédiatement que, battu, il ne peut pas rester à la tête de l’armée française. Quand le conseil d’administration de Vivendi débarque Jean-Marie Messier, il n’a pas d’autres solutions.
A l’évidence, il faut restaurer la confiance pour optimiser le potentiel individuel incontestable des jeunes joueurs français qui ont besoin d’un projet nouveau porté par un homme neuf.

dimanche 15 juin 2008

Union pour la Méditerranée : J – 28

Que restera t-il du projet de Nicolas Sarkozy le 13 juillet prochain, lors du Sommet qui doit réunir près de cinquante pays autour de l’Union pour la Méditerranée ?
Du point de vue de la Commission européenne, il ne peut s’agir que d’un Barcelone Plus avec des ambitions réduites à quatre projets : la dépollution de la Méditerranée, les transports, la protection civile et l’énergie solaire. Nous sommes loin des ambitions françaises et des douze projets prioritaires sélectionnés depuis le début de l’année. On ne parlera pas d’immigration, d’agriculture, de sécurité et de défense, ni de sujets qui fachent ou divisent.
La diplomatie française n’a pas ménagé ses efforts. Le Président, volontariste, a souvent été maladroit. Les pays du Maghreb, assez susceptibles, ont mal accueilli certaines déclarations unilatérales du Chef d’Etat français qui donnait l’impression de décider seul. La Commission européenne a remis de l’ordre dans ces déclarations qui ne tenaient pas suffisamment compte des Institutions, ou de ce qu’il en reste après le NON Irlandais.
On assiste donc à une bataille d’influence. A l’est de l’Europe, des pays se réunissent pour proposer une Union de l’Europe orientale. Les Américains, qui ne voient pas d’un très bon œil ce projet, ont d’autres priorités : La Caspienne, l’Ukraine, la Géorgie. Il devrait cependant y avoir 43 participants au Sommet du 13 juillet qui seron invités aux cérémonies du 14 juillet : Les 27 pays de l’Union européenne et les pays riverains de la Méditerranée. La Croatie, la Bosnie, le Monténégro, sont invités. Il y aura aussi des observateurs, notamment la Ligue arabe.
La France voulait la première coprésidence de l’Union pour la Méditerranée pour deux ans. Cette intention avait été repoussée compte tenu de l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne qui change le mode de désignation du Président de l’UE. Maintenant que l’Irlande a décidé de compliquer la ratification du Traité, la demande française va sans doute être reformulée. Par ailleurs, dans le cadre de la compétition d’influence, la Banque européenne d’investissement, qui estime avoir fait depuis 1995, ce qu’on attendait d’elle, n’a pas l’intention de se voir concurrencée par une nouvelle institution financière.
Au sud de la Méditerranée, il y a une attente politique qui va conditionner la participation au Sommet du 13 juillet au plus haut niveau. Le Maroc, qui veut le statut de pays avancé, joue un jeu personnel. Le Président Bouteflika se fait tirer l’oreille. Le Président Kadhafi a déjà déclaré, dans le langage qui est le sien, « Nous ne sommes ni des affamés, ni des chiens pour qu’ils nous jettent des os ». Il considère que les projets euro-méditerranéens sont « un appât », « une sorte d’humiliation ». Pour convaincre ses partenaires arabes, il qualifie, en privé, les pays du sud de la Méditerranée, de pays « asiatiques », qui n’ont rien à faire dans une Union pour la Méditerranée.
Quelle déception après tous les efforts consentis pour le séduire et obtenir sa participation financière à ce projet. L’invitation du Président syrien, qui a surpris tout le monde, y compris les Américains, s’explique avant tout par la volonté du Chef de l’Etat français de réussir ce premier Sommet du 13 juillet et de donner un éclat particulier aux cérémonies du lendemain, le 14 juillet.
Personne n’est dupe. Des incidents à Gaza, des initiatives en Iran, des complications au Liban, dans les prochains mois remettraient en question les relations avec la Syrie, mais peu importe, demain, c’est l’éternité. Il faut d’abord que le Sommet du 13 juillet soit aux yeux du Monde, une grande réussite pour la présidence française et pour le Président Sarkozy.
En conclusion, à 28 jours du Sommet, les discussions se poursuivent, les diplomates français rappellent que cette Union pour la Méditerranée est « à géométrie variable » et que l’abstention d’un chef d’Etat le 13 juillet ne signifiera pas que le pays concerné ne participera pas à la future Union de projets.
Nous allons peut-être vers le PPPC, le plus petit projet commun.