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samedi 26 avril 2008

L’Union pour la Méditerranée, suite

Le 13 juillet, c’est demain. L’Ambassadeur Alain Le Roy, chef de la mission Union pour la Méditerranée, que nous avons rencontré il y a quelques semaines se dépense sans compter pour que ce Sommet, qui se tiendra au Grand Palais, soit une réussite. Tous les acteurs de ce grand projet savent que tout se jouera dans la capacité à lancer les premiers projets dans les six premiers mois. Le compromis de Hanovre est certes moins ambitieux que le projet de Nicolas Sarkozy, mais ce compromis était inévitable. La Commission européenne craignait d’être dépossédée de ses prérogatives dans ce domaine ; l’Allemagne craignait une scission de l’Europe sur ce sujet ; c’est, de l’avis général, le 13 juillet que pourra être évalué le succès, ou l’échec, de ce projet auquel le Président de la République, qui n’en a pas parlé le 24 avril, lors de son entretien avec des journalistes, tient particulièrement.
Dès les premiers jours de la présidence française de l’Union européenne, la capacité de Nicolas Sarkozy à rassembler l’Europe sur un projet ambitieux, sera jugée à l’aune de la présence au plus haut niveau de tous les acteurs, de leur attitude, de leur détermination à suivre le Président dans cette direction. La brillante et dynamique Emma Bonino, Ministre du commerce extérieur et de la politique européenne du gouvernement de Romano Prodi, disait le 30 mars au Forum de Paris, « Soyons concrets ! Nous devons concentrer nos efforts sur des projets spécifiques, ambitieux, à grande valeur ajoutée. Que ce soit l’eau, ou l’énergie, ou l’élevage de fourmis, de grâce, faisons quelque chose, et parlons-en après. » Les projets ne manquent pas, mais là encore il ne faut pas chercher à tout entreprendre en même temps, alors que les financements seront nécessairement limités. Gouverner, c’est choisir, il faudra donc faire les bons choix sans oublier que c’est la coopération et le commerce Sud-Sud qui fait défaut et qui doit connaître un nouvel essor. Or, il faut avoir présent à l’esprit en permanence qu’aucun ensemble non démocratique n’a jamais marché. Jean Pierre Jouyet le sait, lui qui a tant plaidé pour que le projet s’articule bien avec la solidarité européenne. Il craint encore que le projet soit dénaturé par ceux qui ont peur que le volume de financement consacré à ce projet le soit au détriment de leurs intérêts particuliers.
Jacques Attali, dans son exercice favori de futurologie, a lancé l’idée de taxer le transit en Méditerranée ! Puisqu’il faudra trouver des financements importants et pérennes, puisque le transit des bateaux en Méditerranée représente le quart du transit pétrolier mondial et le tiers du trafic commercial mondial et que ce trafic va quadrupler dans les vingt prochaines années, cette ressource présenterait l’avantage de fédérer les pays riverains et de les rendre moins dépendants des pays du Nord de l’Europe qui se sentent moins concernés par l’avenir de la Méditerranée. Au demeurant, ils ont tort car l’évolution démographique qui s’inverse entre le Nord et le Sud, et l’écart de PIB de l’ordre de 1 à 10, qui alimente l’implantation d’El Quaida dans le Maghreb, sont des enjeux et des menaces qui concernent tous les membres de l’Union européenne.
Le Président de la République poursuit sa tournée des pays riverains. Il a remis, avec détermination et courage, la Méditerranée au cœur des préoccupations européennes. Il sera lundi en Tunisie. Il faut souhaiter qu’il réussisse et qu’aucun chef d’Etat ne manque à l’appel, le 13 juillet.

dimanche 13 avril 2008

La prise d’otages du Ponant ; les bons choix politiques et militaires

Le Président de la République change. Il y a quelques mois, dès l’annonce de la prise d’otages sur le Ponant, il serait parti sur la frégate Jean Bart, aurait pris la direction des opérations pour négocier avec les pirates et les poursuivre sur la terre ferme. Aujourd’hui, rien de tout cela. Après avoir dit aux familles des otages, le 8 avril, : « On a affaire à des malfrats, ils veulent du fric, on va le leur donner et après, c’est mon affaire », c’est par un simple communiqué et une conférence de presse du chef d’état-major des armées et du chef d’état-major particulier du président, heureux à juste titre, que les Français ont eu connaissance des détails du dénouement de cette affaire. Dans un pays où l’on parle plus volontiers de ce qui ne va pas, que des exploits, surtout quand ils sont militaires, il faut souligner la sobriété et la modestie dont a fait preuve le Président.
Il faut aussi remercier le journal Libération et son journaliste spécialisé, d’avoir, dès le vendredi, fait le récit du déroulement des opérations. Sur le blog ( http://secretdefense.blogs.liberation.fr) que tient notre ami Jean-Dominique Merchet, on trouve les premières leçons de cette opération et les conditions nécessaires, sinon suffisantes, qu’il faut réunir pour qu’elle réussisse. En résumé, il faut avoir des bateaux dans la zone, un avion de patrouille aérienne à proximité, des hélicoptères, des transmissions de grande qualité, des forces prépositionnées et des forces spéciales qui aient du sang froid et de l’expérience. C’est parce que toutes ces conditions étaient réunies, avec un peu de chance puisque le porte-hélicoptère Jeanne d’Arc passait à proximité, que l’exploit, qui doit servir de leçon, a été réalisé. Un exploit qui vaut mieux que bien des longs discours et qui va être observé avec respect par la communauté internationale.

vendredi 11 avril 2008

Du Monde, de l’Europe, de la France...

Comme je le fais parfois, je recommande la lecture de quelques ouvrages récents.
Pour ceux-et celles- qui se demandent comment le monde est perçu par d’autres peuples que le nôtre, « l’Atlas du monde global », que mon ami Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) a écrit avec Hubert Védrine, est riche d’informations, de considérations et de cartes qui montrent un autre monde que celui que l’on observe de Paris. Sur la Chine, en particulier, qui fait l’actualité, les questions posées et les pistes de réflexions sont extrêmement intéressantes. Ce livre est publié par Armand Colin-Fayard.
A ceux, nombreux, qui s’interrogent sur le nouveau monde multi-polaire dans lequel nous vivons depuis la chute du communisme, ballotté par la mondialisation, sans réelle gouvernance mondiale, sans régulation et qui laisse monter tous les désespoirs, je conseille la lecture du dernier livre de Laurent Cohen-Tannugi, « Guerre ou Paix ? », un essai sur le monde de demain publié chez Hachette Littératures. L’auteur pense que « seul l’Occident place l’homme, la liberté, la tolérance, la séparation du politique et du religieux au centre de ses valeurs et de sa conception du Monde ». L’avenir dépendra en grande partie de la capacité d’influence de l’Europe à s’affirmer auprès des autres grandes puissances et à faire prévaloir une conception du Monde plus juste et plus solidaire.
Enfin, il faut lire le livre que vient de publier le général Jacques Favin Lévêque, polytechnicien, européen convaincu que je rencontre fréquemment au sein d’EuroDéfense-France, dont il est comme moi un des dirigeants. « De la France de toujours à l’Europe de demain », édité par Unicom, est un livre tonique, optimiste, lucide, d’un homme qui appelle à une « renaissance culturelle » de l’Europe, mais aussi de la France, « ce coq gaulois, devenu une poule mouillée ».
Bonne lecture.