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dimanche 20 janvier 2008

L’Europe, avant la présidence française.

Le 27 octobre 2005, quand un journaliste du journal Le Monde posait à Gordon Brown la question suivante : « A quoi sert l’Europe face à la mondialisation ? », le Chancelier de l’Echiquier de l’époque répondait : « A rien, puisqu’elle est bien trop grande pour faire face à des problèmes locaux et bien trop petite pour affronter les enjeux mondiaux ».
Les récentes déclarations de Gordon Brown, devenu le Premier ministre britannique, ne doivent pas être interprétées comme un infléchissement de sa position à l’égard de l’Europe. Elles sont purement tactiques, à la veille de la ratification par la Chambre des Communes et par celle des lords et liées aux déclarations de son challenger, David Cameron. Ce n’est pas Gordon Brown qui a changé, c’est l’Europe. Nicolas Sarkozy, Angela Merkel, Manuel Barroso, se sont rapprochés de la conception britannique de l’Europe. La signature du mini traité n’a été possible qu’à ce prix et ce serait une grave erreur que de ne voir dans les déclarations récentes de Valéry Giscard d’Estaing qu’un chagrin politique. La Grande Bretagne, après les travaux de la convention présidée par VGE, et plus précisément à partir de la Conférence intergouvernementale de Naples, en janvier 2003, a imposé aux autres membres, les conditions de son acceptation au projet de traité constitutionnel. Les pays membres de l’Union européenne, attachés à l’esprit du Traité de Rome, ont cédé sur des points essentiels pour sauver ce qui pouvait encore être sauvé.
Nicolas Sarkozy, avec un sens politique hors du commun, que tout le monde lui reconnaît, quand il n’en fait pas trop, a parfaitement senti cette évolution, l’accompagne et, influencé par Henri Guaino, l’ancien adversaire de Maastricht, n’hésite jamais à dénoncer la politique de Bruxelles tout en se présentant comme le sauveur de l’Union européenne. Il ne faudrait pas, en effet, que le président français en fasse trop, car l’art de récupérer à son seul profit le long et laborieux travail des autres pourrait finir par agacer certains membres qui, plus discrètement, font tout ce qu’ils peuvent pour que l’Europe progresse.
Quand Nicolas Sarkozy affirme qu’à la fin de la présidence française, l’Europe aura une politique de l’immigration, une politique de la défense, une politique de l’énergie et une politique de l’environnement, il prend les Européens pour des Français. Ces politiques sont en chantier depuis longtemps, elles étaient inscrites dans l’agenda depuis plusieurs mois voire plusieurs années et les décisions qui seront peut être prises en fin d’année ne dépendront pas de la seule volonté du président Français.
A l’inverse, quand on lit entre les lignes l’interview accordée par Henri Guaino au Financial Times le 10 décembre dernier, il y a tout à craindre de l’influence de ce conseiller sur le déroulement de la présidence française et les contradictions qui pourraient l’émailler. Les Français, et les Européens, découvriront alors qui définit les positions françaises sur l’Union, l’opinion publique, le Parlement, Matignon, le gouvernement ou seulement un cercle restreint à l’Elysée.

samedi 12 janvier 2008

L’Orient compliqué

Dans un article publié par le journal Le Monde le 31 octobre dernier, c’est-à-dire avant la réunion d’Annapolis, dans le Maryland, qui s’est tenue le 17 novembre, l’ancien secrétaire d’Etat américain, Henry Kissinger, rappelait que Condoleezza Rice avait raison « d’insister pour que les pourparlers Olmert-Abbas évitent les adjectifs rituels…qui attendent toujours de recevoir une définition, telle que la paix « juste » et « durable » dans des frontières « sûres » et reconnues »..
La secrétaire d’Etat, discrètement, s’est donnée beaucoup de mal pour que le processus de paix reparte sur de bonnes bases, que les deux parties se mettent d’accord, au préalable, sur le but à atteindre et ne se contentent pas d’énoncer leurs positions. Le président Georges W. Bush, tardivement, en fin de deuxième mandat, s’est rendu sur place pour exprimer clairement le but qu’il s’est fixé et les moyens qu’il est déterminé à mettre en œuvre pour l’atteindre. Quand il propose, pour la première fois, un mécanisme international d’indemnisation pour les réfugiés palestiniens, que l’Etat hébreu doit avoir des frontières sûres et reconnues et que la Palestine doit être viable, souveraine et son territoire continu, le président américain est clair.
Malheureusement, il entreprend cette démarche au plus mauvais moment. L’administration Olmert, sur ce discours, est minoritaire. Son probable successeur, Benyamin Nétanyahou, aurait une majorité de droite pour rejeter toute concession. Quant à Abbas, l’Iran, qui n’a pas gesticulé sans raison dans le détroit d’Ormuz, attend son heure pour aider le Hamas à s’opposer à la proposition Bush. Les Etats arabes modérés, qui auraient pourtant toutes les raisons d’aider à l’aboutissement de cette nouvelle phase du processus de paix, seront-ils capables de surmonter leurs opinions publiques et d’accompagner sur plusieurs années les efforts de la communauté internationale ? Rien n’est moins sûr, car ces Etats ne croient plus à la capacité des USA à imposer ses vues dans la région. Le projet américain de Grand Moyen-Orient a échoué, ils en ont tiré les conclusions.
Quant à la France, ce n’est pas en jouant « perso », et sans succès, avec Bachar Al-Assad, qu’elle apportera une contribution efficace aux efforts entrepris. Le président Sarkozy, et son entourage, constate, à leur tour que l’Orient est décidément bien compliqué, que le temps n’y a pas la même unité de mesure et que les mots prononcés n’ont pas toujours le même sens.

jeudi 03 janvier 2008

Paix impossible, guerre probable…

Les propositions de la Commission du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale qui, entre le 4 octobre et le 22 novembre, a auditionné plus de cinquante personnalités françaises, européennes et étrangères, sont attendues avec impatience par les spécialistes. Elles sont attendues aussi par tous ceux qui observent avec inquiétude l’évolution du monde dans lequel nous vivons. Personne ne croit plus aux lendemains qui chantent ! Le déchainement de violence aux quatre coins de la planète, les conflits ethniques et religieux qui se multiplient, la raréfaction des ressources naturelles, le désastre écologique, l’accroissement des armes de destruction massive terrifient l’humanité toute entière. La violence qu’entraîne le désir mimétique, échappe à tout contrôle et menace la terre entière.
En ce début d’année, les pessimistes, les adeptes de « l’esprit d’apocalypse », semblent l’emporter sur ceux qui espèrent toujours de l’homme, qui veulent croire à la capacité de l’homme à remédier à tous ces maux. Le dernier livre de René Girard : « Achever Clausewitz » suscite, à cet égard, de nombreux commentaires. Je le termine lentement, car sa lecture n’est pas facile ; non qu’il tombe des mains, mais parce que chaque phrase, ou presque, doit être relue deux ou trois fois avant d’être à peu près bien comprise. L’Académicien y disserte sur « une nouvelle montée aux extrêmes », une accélération du pire, une spirale sans fin de la colère et de l’esprit de représailles. Il reconnaît qu’il devient de plus en plus pessimiste et cite un sondage fait à New York qui révèle que 60 % de la population pense qu’elle verra la fin du monde.
L’originalité du livre réside dans le fait que René Girard est arrivé à la conclusion que le célèbre général prussien, Carl von Clausewitz, qui n’a pas achevé son traité « De la guerre », n’a pas été au bout de sa réflexion et que les rationalistes, dont Raymond Aron, ont déformé sa pensée. Il ne croit pas à la définition transmise de générations en générations ( « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens »…) Il est convaincu « que la guerre se suffit à elle-même et qu’elle provoque une violence absolument imprévisible, proprement indifférenciée, que la politique ne peut endiguer ». Chacun désire toujours ce que désire autrui ; c’est selon lui, le ressort historique des conflits qui déclenche le cycle infernal de la haine et de la violence. La mondialisation, la consommation, la communication, érigés en système politique, accroissent encore les désirs et les jalousies. Comment canaliser le désir mimétique et la violence qu’il entraîne ?
Sur ce thème, que tout le monde a à l’esprit, le Président de la République a, dans ses vœux pour la France et les Français, avancé l’idée d’un « politique de civilisation ». Ses propos, pourtant accélérés par le prompteur, ont été capté par Edgar Morin, pas très content que le Président ait emprunté ce concept dont il est l’auteur, sans en rappeler le sens. Il s’agit bien, selon lui, de remédier par la politique aux dégâts de notre civilisation, notamment sur le plan écologique, de l’urbanisation, de l’agriculture industrielle. Le sociologue est l’auteur de propositions pour remédier aux maux sans perdre les bienfaits de notre civilisation à peu près universellement reconnus.
Pour en revenir à la montée aux extrêmes, chère à René Girard, je voudrais recommander, comme le fait excellemment Jean-Dominique Merchet sur le blog de Libération : « Secret défense » ci-contre en lien, la lecture du dernier livre du général Vincent Desportes : « La guerre probable » publié chez Economica. Le général sait de quoi il parle quand il affirme que si « nous n’allons pas au contact du monde en ébullition, la violence viendra à nous ». En décembre 2000, quand je lui avais remis le prix Vauban, à la Sorbonne, pour son ouvrage : « Comprendre la guerre », j’avais été impressionné par la profondeur de la pensée de ce jeune colonel qui était encore attaché militaire à l’Ambassade de France à Washington.
Faut-il en conclure que le mot célèbre de Raymond Aron : « Paix impossible, guerre improbable », n’est plus utilisable ? Voilà un intéressant sujet de réflexion pour les deux candidats à la présidence des Etats-Unis qui, selon toute probabilité, seront connus le 5 février, date du « super-mardi ».