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samedi 27 octobre 2007

De Garry Davis au Grenelle mondial de l’environnement

La mondialisation fait peur. Ses vertus incontestables ne suffisent pas à rassurer les populations nombreuses qui, non seulement n’en profitent pas, mais en souffrent. C’est vrai en France, mais c’est également vrai aux Etats-Unis. La globalisation des flux financiers ne rend pas plus heureux qu’un taux de croissance et les inégalités qui se creusent faute d’institutions de régulation efficaces inquiètent chaque jour un peu plus.
Pendant la guerre, un américain, Garry Davis, pilote de bombardier, pris conscience, après sa sixième mission au-dessus de Berlin, de l’horreur de ce qu’il avait le devoir de faire. Pour éviter de telles situations de guerre, il fallait à ses yeux que les peuples se mobilisent pour faire triompher l’idée d’un gouvernement mondial. Arrivé en France, en 1948, il décida de rendre son passeport américain à l’Ambassade des Etats-Unis à Paris et de devenir citoyen du monde. Il dressa sa tente sur les marches de l’esplanade du Palais de Chaillot au Trocadéro et demanda asile et protection à l’Assemblée générale des Nations-unies qui se tenait dans le Palais. L’incident fit beaucoup de bruit. Gide, Sartre, Breton, Camus se précipitèrent pour le soutenir. La presse commenta sa naïveté, son utopie, son besoin de faire parler de lui. Son ami, Robert Sarrazac (nom de résistance, de son vrai nom, Robert Soulage) partageait la même idée : il fallait mondialiser les communes qui par nature réunissent tous les segments de la population dans le monde entier.
Dans le train Paris-Toulouse, quelques jours plus tard, Robert Sarrazac fit la connaissance d’un instituteur de Cahors, Emile Beynac, fondateur des Francs et Franches camarades, qu’il convainc d’adhérer à son idée de mondialisme. Avec le docteur Sauvé, le docteur Calvet, maire de Cahors, le libraire, Francès (en photo ci-dessous), mon ami Guy Henras, des personnalités cadurciennes et quelques potaches du Lycée Gambetta, ils décidèrent, dans un bistrot de la ville, de faire de Cahors la première commune mondiale. Un élan d’idéalisme, comme il pouvait y en avoir peu de temps après une guerre horrible, mobilisa la population de Cahors et, très vite, la presque totalité de la population du département du Lot. La presse parisienne et internationale expédia des envoyés spéciaux dans la capitale du Quercy.
Les photos ci-dessous proviennent des journaux de l’époque que j’ai retrouvés tout à fait par hasard il y a quelques jours en rangeant des papiers.
Au moment où l’idéalisme semble reprendre le pouvoir face à une mondialisation sauvage, où l’espérance semble avoir fait l’unanimité dans les couloirs du Grenelle de l’environnement, j’ai trouvé amusant de rapprocher ces événements à soixante ans d’intervalle pour montrer qu’il y a des sursauts qui font espérer dans l’évolution de la nature humaine.

Faites entrer l’accusé

La finale de la coupe du monde de rugby a donné raison à Bernard Laporte. Plus précisément, elle a fourni l’explication de ses choix tactiques qui ont été souvent contestés parce qu’incompréhensibles. Le sélectionneur national avait, de longue date, la conviction que pour gagner cette compétition, il fallait avant tout avoir la meilleure défense, occuper le camp adverse par de longs coups de pied et avoir le ballon ce qui n’a pas toujours été le cas.
Les spécialistes doivent se souvenir qu’après l’Euro 94 de football, Aimé Jacquet, avec la même conviction, avait permis à la France de gagner la coupe du monde 98. Malheureusement, l’équipe de France de rugby n’avait pas les moyens physiques de ses ambitions, à la différence de l’Angleterre et de l’Afrique du sud. Ne parlons pas de la petite finale, pour la symbolique troisième place perdue en grande partie parce que les joueurs français, vexés, avaient décidé de ne pas suivre les consignes de leur sélectionneur et d’attaquer, c’est-à-dire de jouer un jeu qui n’était plus dans leurs plans depuis des mois.
Guy Novès, l’entraîneur du Stade Toulousain, après chaque match de l’équipe de France, a dénoncé ce choix dans les colonnes du Monde et regretté que les Français ne jouent pas « à la française », comme ils sont capables de le faire. Le choix –non dit- du nouveau sélectionneur, Marc Liévremont, est destiné à corriger cette option tactique et à préparer les Français à jouer « à la Française », dans quatre ans, ce qui n’exclut pas d’être capables de défendre aussi bien et même mieux que les autres.

jeudi 11 octobre 2007

La Russie et ses enjeux de puissance.

Nicolas Sarkozy est parti pour la Russie avec des a priori exprimés pendant la campagne électorale : « Ce pays complique la résolution des grands problèmes du monde », ou « l’évolution préoccupante de la Russie ».
La Russie est un grand pays qui a été humilié, traumatisé par la perte de sa puissance passée. Elle veut la recouvrer et pour cela se prépare pour le grand marchandage global qui aura lieu dans 10 ou 15 ans. La puissance, c’est d’abord la puissance militaire avec une nouvelle doctrine qui, depuis Beslan, intègre le terrorisme international. Les Russes ont la hantise de l’encerclement par des puissances hostiles : les relations avec l’occident ne sont pas bonnes, le projet de globalisation et d’élargissement de l’OTAN les laisse en infériorité technologique et provoque un raidissement des militaires qui redoutent les pièges qui leurs seraient tendus. Ils se préparent donc aux guerres de demain.
Il faut mal connaître la Russie pour ne pas comprendre les provocations de Poutine à la suite du projet d’installation d’intercepteurs antimissiles. Puisque les accords de désarmement ne sont plus respectés et que la course aux armements a repris, les Russes montrent qu’ils ont les moyens de développer, eux aussi, des armes nouvelles. Les lignes rouges ne sont pas loin d’être franchies même si le dialogue, apparemment courtois, continue. Il faut comprendre que les Russes veulent la parité, comme au temps de la guerre froide. Ils ont du mal à admettre que leur pays n’est plus une super puissance, que les Etats-Unis sont une hyperpuissance et que leur pays n’est plus qu’une puissance régionale. Les immenses ressources énergétiques assurent pour longtemps encore des possibilités de partenariat avec la Chine et l’Inde notamment. La croissance atteint 7% du PIB, les réserves de change sont considérables (les 3ème au monde), la consommation est forte (l’inflation aussi !) mais le taux d’investissement progresse.
Cependant, dans ce pays, comme dans tous les pays producteurs d’énergie fossile, le pétrole est à la fois une bénédiction et une malédiction. L’après pétrole pourrait mettre à nouveau la Russie en difficulté et créer les conditions d’un conflit grave. C’est à long terme, mais précisément, on ne comprend pas leur politique à long terme alors que le pétrole représente 20% des ressources budgétaires. Avec l’Union européenne, les relations sont denses même si elles sont suspendues depuis le veto polonais à un nouvel accord. La Russie retarde son entrée dans l’Organisation mondiale du commerce, mais fait des efforts de convergence réglementaire et souhaite sincèrement une plus grande intégration à l’Europe. Evidemment, il y a les droits de l’homme, la démocratie, la mobilité des personnes, des problèmes de frontière avec certains Etats, un voisinage difficile avec la Georgie, la Moldavie.
Avec les Russes, il faut tout relativiser. Nous n’avons pas le « même logiciel ». Ce pays regarde à la fois vers l’occident et vers l’orient. Dans quelques jours, le 16 octobre, après avoir reçu Nicolas Sarkozy, Vladimir Poutine se rend à Téhéran. Il faudra être attentif au décalage entre les déclarations des uns et des autres. Derrière les embrassades et le tutoiement maintenant de rigueur, les affaires étrangères sont d’abord et toujours une affaire d’intérêts nationaux. Les prédécesseurs de Nicolas Sarkozy cherchaient dans la littérature russe les clés de la compréhension de l’âme de ce grand peuple. Le nouveau chef de l’Etat est un avocat d’affaires, un négociateur hors pair, sans état d’âme. Comme l’écrivait si bien Robert Solé dans le Monde d’hier : « Vaut-il mieux dire à Poutine « ta politique est parfois déplaisante » ou « votre politique est dégueulasse ». L’avenir dira si Sarkozy a trouvé le ton juste.