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dimanche 18 mars 2007

50ème anniversaire du Traité de Rome. Et après ?

L’Union européenne va célébrer dans quelques jours, le 25 mars, le 50ème anniversaire du Traité de Rome. Cet anniversaire tombe mal. L’Europe est en panne. Le NON de la France a fait perdre à notre pays le rôle moteur qui était le sien depuis le début de cette grande aventure et, selon Maurice Faure, signataire du Traité de Rome, a fait perdre dix ans à l’Europe. En France, le sujet est tabou. Les candidats à l’élection présidentielle évitent d’aborder ce sujet, dont dépend pourtant une très grande partie de notre avenir, certains qu’ils sont qu’aborder ce thème est le meilleur moyen de perdre des voix.
L’Histoire bégaye, car le projet de Communauté européenne de défense, en 1954, sans doute un peu bâclé et prématuré, avait déjà mis la France à feu et à sang. Gaullistes et communistes s’étaient alors coalisés pour empêcher la ratification de ce projet destiné pourtant à éviter un nouvel affrontement franco-allemand et à répondre à l’appréhension du danger soviétique. La détermination et la force de caractère d’hommes comme le Chancelier Adenauer, Paul-Henri Spaak, Jean Monnet, Robert Schuman, permit de surmonter les difficultés et de reprendre les discussions. Après le NON au referendum , nous sommes – mutatis mutandis – dans la même situation qu’après l’échec de la CED en 1954. Il faut avoir de la détermination et de l’imagination pour reprendre les négociations et sauver l’Europe. L’Histoire bégaye car ce qui avait été le plus âprement discuté, il y a 50 ans, c’était l’agriculture, la charge que représentaient les territoires d’outremer, le choix de la capitale et la contribution financière de chaque pays. Aujourd’hui, la politique agricole commune va se terminer avec le départ de Jacques Chirac, son illustre défenseur. Une politique de voisinage et de développement économique de l’Afrique et des pays du pourtour méditerranéen est vitale pour répondre au grave problème de l’immigration et des rapports nord-sud. La dépendance énergétique de l’Europe, comme il y a cinquante ans avec le charbon, l’acier et le nucléaire, est de nouveau un des principaux dossiers à l’ordre du jour.
A Madrid, sans la France, les pays qui ont approuvé le projet de traité constitutionnel se sont quittés bien décidés à sauver le projet. Ils proposent de changer le nom, de ne plus l’appeler constitution mais « Traité plus », de l’enrichir dans les domaines de l’environnement, du modèle économique et social, de la lutte antiterroriste et de le simplifier considérablement. Ils sont conscients qu’il sera très difficile de refermer la boite de Pandore et de régler tous les problèmes en suspens avant 2009. Les Français, qui se préoccupent avant tout de leurs problèmes personnels, semblent ne pas se rendre compte des conséquences que l’incapacité de notre prochain président de la République à « reprendre la main » pourrait avoir pour notre pays.
Il pleuvait sur Rome, le 25 mars 1957. Après de très rudes négociations, notamment sur le choix de la ville de Bruxelles, les signataires du Traité étaient réunis dans la plus grande salle du Capitole, entourés des célèbres fresques de la bataille des Curiaces et des Horaces qu’ils pouvaient balayer du regard. Maurice Faure, jeune (35 ans) secrétaire d’état aux affaires étrangères avait l’honneur de signer pour la France avec Christian Pineau, son ministre. Il est le seul signataire encore en vie. Il sera honoré comme il se doit, dans quelques jours. Madame Catherine Colonna, ministre déléguée aux affaires européennes, l’a déjà fait, en lui remettant les insignes d’officier de la Légion d’Honneur. Cet homme, « l’Empereur du Lot », « l’orateur hors pair, pour qui la politique était plus un art qu’une vanité », n’aime pas les honneurs. Il aime sa ville, Cahors, les Lotois, qui lui rendent bien ; il a consacré sa vie au service de la cause européenne, mais « il n’est dupe de rien et observe l’évolution du monde avec un certain détachement » comme l’a si bien souligné madame Colonna dans son très beau discours, le 4 juillet 2006. Optimiste, Maurice Faure est convaincu que « l’unité européenne est inscrite dans le destin et se fera inéluctablement. »

dimanche 11 mars 2007

« Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent »

Dans un peu plus d’un mois, les Français connaîtront le résultat du premier tour de l’élection présidentielle et pourront se faire une idée plus précise de la personnalité de celui (ou de celle) qui succédera à Jacques Chirac. Les promesses, les « boules puantes », les sous-entendus, les certitudes, les « je veux », nos concitoyens commencent à en avoir assez et se préparent, une nouvelle fois, à émettre un vote de protestation contre la classe politique qui feint de l’ignorer. Nous n’avons même plus notre dose d’humour qui aide si bien à reprendre son souffle. Les dîners en ville deviennent de plus en plus tendus, les familles se déchirent, les voisins ne se parlent plus, faute d’un humour minimum que le Canard enchaîné ne parvient pas à faire émerger.
Sous la IV ème République, il y avait Ferdinand Lop, qui n’a jamais fait plus de 151 voix aux législatives mais qui avait réussi à couper la France en deux (comme Coluche plus tard), entre les lopistes et les antilop. C’était un enseignant, poète, écrivain, candidat permanent aux diverses élections pour tourner la politique en dérision. Son programme était simple, clair et précis : il préconisait l’extinction du paupérisme après dix heures du soir, la prolongation du boulevard Saint Michel jusqu’à la mer, la rade de Brest jusqu’à Montmartre, la nationalisation des maisons-closes, l’octroi d’une pension à la femme du soldat inconnu et l’installation de Paris à la campagne pour que les habitants aient un peu d’air pur. Les campagnes électorales ne se déroulaient pas à la télévision mais dans les arrière-salles des bistrots. Le laconisme hautain de Ferdinand Lop amusait beaucoup et ses maximes se répandaient comme une traînée de poudre. Les plus connues étaient : « L’énigme aboutit parfois au mystère », « l’avion est un paradoxe : plus lourd que l’air, il peut, grâce à la vitesse, se maintenir en l’air » ( Jean-Luc Delarue aurait été mieux inspiré en relisant Ferdinand Lop), « Sans la création, le monde ne vivrait pas », « Pour dominer, il faut savoir se montrer fort ».
Un jour du mois de mai 1964, alors que les marronniers du boulevard Saint Germain étaient en fleurs, je me souviens qu’en sortant de mon bureau, qui était au 254, je tombais nez à nez sur Ferdinand Lop. « Bonjour Maître, comment allez-vous ? ». Il avait alors 73 ans et n’était déjà plus très connu. Son regard s’illuminait quand, dans la rue, quelqu’un le reconnaissait. Après avoir échangé quelques souvenirs, je lui proposais de monter quelques instants dans mon bureau et de rencontrer quelques admirateurs. J’avais à l’époque deux jeunes adjoints sortis récemment de HEC et encore très potaches. Nous avons passé l’heure du déjeuner à écouter Ferdinand Lop raconter ses souvenirs. J’ai le souvenir que nous avons ri aux larmes et que les secrétaires, qui ne connaissaient pas cet énergumène, n’appréciaient pas que nous nous moquiions de ce vieux monsieur.