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dimanche 25 février 2007

Jean-Marie Zemb : une vie au service de la langue allemande

Jean-Marie Zemb est mort le 15 février dernier. Fervent européen, ce linguiste, grand spécialiste de l’allemand, aurait certainement été peiné de voir le couple franco-allemand se quereller ces jours-ci à propos des difficultés que rencontre Airbus, hier symbole de la bonne entente entre ces deux pays.
Je ne connaissais pas Jean-Marie Zemb, titulaire de la chaire de « grammaire et pensée allemande » qui avait été créée pour lui en 1986 au Collège de France, avant ce jour de 1999 où ses camarades de la 23ème session de l’Institut des hautes études de défense nationale m’avait invité à leur déjeuner annuel peu de temps après mon élection à la présidence de l’association. Entouré de personnalités beaucoup plus connues que lui, comme le général Lacaze, ancien chef d’état-major des armées ou le conseiller d’Etat Charles Barbeau, je découvrais ce jour-là un talent original, un virtuose de l’agilité intellectuelle, une bibliothèque vivante. Ses camarades avaient visiblement pour lui une immense admiration.
Alsacien, germaniste, passionné par les questions de défense, amateur de jeu de go, ce professeur d’université, qui était beaucoup plus connu outre-Rhin qu’en France, conservait un très agréable souvenir de son année passée à l’IHEDN. Il avait accepté, à l’occasion du cinquantenaire de notre association, d’écrire un témoignage original et très remarqué sur le souvenir qu’il avait conservé de son passage dans cet Institut qualifié par Georges Pompidou « d’école des Grandes écoles » . Il fallait être très attentif pour suivre, et savourer, la pensée de cet homme chaleureux, volontiers rieur derrière une barbe imposante. Penseur de la langue, chercheur dans l’âme, sa verve s’épanouissait avec délectation dans l’étude de la grammaire et de l’orthographe de ces deux langues dans lesquelles il faisait autorité.
Elu la même année à l’Académie des sciences morales et politiques, il convenait, c’est la tradition, de constituer un comité d’honneur, un comité de l’Epée, qui fût confié par Jean-Marie Zemb à Jean-René Maillard, mon confrère professionnel, président d’honneur de Meunier Promotion. Sollicité, c’est avec beaucoup de plaisir que j’acceptais de répondre à l’invitation de mon ami Jean-René Maillard à participer, en très belle compagnie, à ce comité d’honneur. Le 12 janvier 2001, l’épée d’académicien, une dague en bronze, fût remise à Jean-Marie Zemb au Collège de France, dans l’amphithéâtre Marguerite de Navarre. Le Chancelier de l’Institut, le Premier Ministre Pierre Messmer, le Secrétaire perpétuel honoraire de l’Académie française, Maurice Druon, le président de l’Académie des sciences morales et politiques, Thierry de Montbrial et de très nombreuses personnalités françaises et allemandes étaient présentes pour assister à cette remise de l’Epée et entendre de magnifiques discours, notamment celui prononcé par Jean-Marie Zemb.
Je me souviens qu’en quittant ce haut lieu de l’intelligence, une anecdote que Jacqueline de Romilly a toujours plaisir à raconter, me revenait en mémoire. L’hiver, il y a trente ou quarante ans, quand les « clochards » étaient plus discrets, il arrivait que certains d’entre eux, des « petits malins », se réfugient au fond des amphithéâtres du Collège de France pour être au chaud. Un jour, alors que Jacqueline de Romilly quittait le Collège après son cours, elle entendit un clochard dire à son collègue de fortune : « la glose, la glose, tu as compris, toi, ce que c’est que la glose ». Cette anecdote, que Jean-Marie Zemb connaissait certainement, avait dû beaucoup l’amuser.
Ces amis garderont le souvenir d’un grand « Professeur », au sens le plus noble du terme, à la curiosité insatiable dans tous les domaines et une volonté hors du commun de transmettre le savoir.

vendredi 16 février 2007

La politique étrangère n’intéresse pas les Français !

A deux mois du premier tour de l’élection présidentielle, la campagne des deux principaux candidats semble s’essouffler au lieu de s’accélérer. Sarkozy attend que le président Chirac et quelques « grandes voix » parlent et se prononcent en faveur de sa candidature mais il sait parfaitement qu’il a déjà fait le plein des voix qui lui seront favorables et que la difficulté sera de les conserver jusqu’au bout. Ségolène Royal, à l’inverse, ne parvient pas à mobiliser l’ensemble de la gauche et risque même, pour d’autres raisons, de faire un score inférieur à celui de Jospin en 2002. Par delà les styles de campagnes, les « boules puantes » qu’ils échangent et la mesquinerie des polémiques, on sent bien que les candidats cherchent avant tout à « coller » aux préoccupations des Français telles qu’elles ressortent des enquêtes d’opinion. Le pouvoir d’achat vient régulièrement, et depuis plusieurs mois, en tête des attentes. C’est normal dans une société de consommation mondialisée bombardée en permanence par la publicité. C’est un peu comme si, à la veille de Noël, on emmenait un jeune enfant dans un magasin de jouets en lui demandant : « qu’est ce que tu voudrais que le Père Noël t’apporte ? On assiste donc à une inflation de réponses censées répondre à ce besoin.
En revanche, la politique étrangère, l’Europe, dont dépendent, en grande partie, l’économie des entreprises, l’emploi, les salaires, les grands contrats industriels et commerciaux, bref, tout ce qui permettra à la France d’être plus forte, il n’en est quasiment pas question. Un sondage IFOP récent donne une photographie intéressante dans ce domaine. Pour les Français, la promotion de l’aide au développement des pays pauvres est très majoritairement la priorité en matière de politique étrangère. Etre le moteur de l’Union européenne n’arrive qu’en deuxième position. Une grande majorité de Français, particulièrement chez les jeunes, souhaite que notre pays ait une politique éloignée de celle des Etats-Unis. La politique étrangère, ce n’est pas seulement une affaire d’idéal, de droits de l’homme, c’est d’abord et avant tout la défense de nos intérêts vitaux, de notre autonomie de décision, de notre influence. Dans certains pays, comme l’Italie, la politique étrangère intéresse la population et a un impact sur les élections nationales. Ce n’est pas le cas en France, où il est couramment admis que cette politique relève du domaine réservé du Président. Au journal de 20 h, il faut des évènements très graves et spectaculaires pour que le journal ouvre sur les nouvelles du Monde et la politique étrangère de la France. En temps normal, elle n’apparaît qu’après 20h15, comme le sport et la sortie des derniers films. L’explication réside en grande partie dans les Institutions de la Vème République. Le Premier ministre s’occupe des affaires intérieures et le Président des affaires extérieures. Tous les Présidents de la République, depuis le début de la Vème République, ont été candidats sur un programme de politique intérieure et, après leur élection, ne se sont plus occupés que de politique étrangère. Il faut dire que les tentatives de « Sarko l’américain » et le manque d’expérience de Ségolène, n’encouragent pas les deux principaux candidats dans les sondages à s’exposer sur ce terrain qui ne répond pas aux attentes des Français.
Pendant ce temps, la Chine « fait son marché » en Afrique, règle provisoirement le nucléaire militaire de la Corée du Nord, attend son heure pour apporter des solutions en Iran, en Irak et ailleurs dans cette région où les Américains s’enlisent. La Chine se développe économiquement, car, pour avoir de l’influence dans le Monde, il faut être riche. Les Russes, qui connaissent parfaitement leurs intérêts vitaux, ne donnent de leçons à aucun pays, ne font de morale à personne mais exerce discrètement une influence réelle. Ne prenons pas exemple sur l’hyperpuissance américaine qui devait imposer au Monde un « nouvel ordre » qui ferait son bonheur et qui « rentre dans tous les murs en klaxonnant ».
Depuis le NON au referendum sur le projet de traité constitutionnel, il faut être lucide, la France, alors que nous allons célébrer le cinquantenaire du traité de Rome, ne fait plus partie du noyau dur. C’est sans doute sur la base de ce constat, et pour trouver une solution au problème de la Turquie, que Nicolas Sarkozy a, dans son discours prononcé à Toulon le 7 février, avancé une idée nouvelle et intéressante qui évidemment n’a pas été reprise par les médias. Il a dit notamment ceci : « …la tragédie de la mondialisation se joue, pour nous Européens, pour nous Français, d’abord en Méditerranée…Le dialogue Euro-Méditerranéen, imaginé il y a 12 ans à Barcelone, n’a pas atteint ses objectifs…Je propose que l’on prenne le problème autrement. C’est d’abord aux pays méditerranéens eux-mêmes de prendre en main la destinée que la géographie et l’histoire leur ont préparée. C’est à la France, européenne et méditerranéenne à la fois, de prendre l’initiative avec le Portugal, l’Espagne, l’Italie, la Grêce et Chypre, d’une Union méditerranéenne comme elle a prit jadis l’initiative de l’Union européenne…..C’est dans cette perspective qu’il nous faut envisager les relations de l’Europe et de la Turquie… »
Les Etats-Unis se réjouiront si cette proposition fait son chemin. Ils aiment tellement l’Europe qu’ils préfèrent avoir plusieurs Unions européennes, pour paraphraser le mot célèbre de François Mauriac à propos de l’Allemagne. Il y aurait beaucoup à dire sur cette proposition qui a le mérite d’avoir été formulée. Ce sera pour une autre fois.