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samedi 28 octobre 2006

« L’effet richesse »

La hausse des prix de l’immobilier a un impact sur l’ensemble de l’économie. Parce que l’augmentation de la valeur du patrimoine immobilier des ménages entraîne une hausse de la consommation ; c’est ce que les économistes appellent « l’effet richesse positif ». Mais aussi parce que l’augmentation des prix s’accompagne d’un comportement expansif des banques qui ont le sentiment que leur risque diminue avec la hausse des valeurs. Ce phénomène, observé depuis longtemps, est difficile à évaluer. Les ménages ont un sentiment de plus-value « virtuelle » de leur patrimoine qui les encourage – pour ne pas dire qui les pousse, à consommer plus, à moins épargner, à emprunter un peu plus que de raison puisqu’ils se sentent plus riches. La Banque de France, comme la Banque Centrale Européenne, observe ce phénomène avec une inquiétude justifiée. J’ai le souvenir d’avoir évoqué ce sujet avec Christian Noyer, le Gouverneur de la Banque de France, il y a déjà deux ans. Je lui avais notamment raconté une anecdote qui m’avait beaucoup marqué : Au mois de juin 1990, alors que le marché immobilier connaissait une spéculation et une surchauffe comparable, j’attendais en salle d’embarquement de l’aéroport de Nice, le départ de mon avion pour Paris. Michel Pelège, un des promoteurs immobiliers les plus entreprenants de l’époque, s’approche de moi, rayonnant, et me dit : « Mon pauvre Michel, tu es beaucoup trop pessimiste, le marché est bon pour mille ans » Il venait de me souffler, par une substantielle surenchère, un très beau terrain sur la Croisette, à Cannes. Deux mois plus tard, au début du mois d’août, Saddam Hussein envahissait le Koweit.
La suite, les plus anciens s’en souviennent ; le marché immobilier s’est effondré ; les biens immobiliers ont perdu la moitié de leur valeur et il a fallu attendre dix ans pour qu’ils retrouvent leur valeur en francs courant. Je sais bien, on me l’a assez dit dans ma vie antérieure, qu’il est confortable de jouer les Cassandre puisqu’on finit toujours par avoir raison. Je reconnais que, durant ces dix dernières années, j’ai souvent annoncé une crise qui ne s’est pas produite. Les spécialistes, les experts, les banquiers et les médias (un peu complices pour vendre du papier et de la publicité !) ne cessent de répéter que l’euphorie immobilière actuelle n’est pas spéculative, que l’atterrissage se fera en douceur avec une décélération raisonnable des prix. La France ne peut être comparée aux Etats-Unis, à la Grande-Bretagne ou à l’Espagne qui connaissent des hausses de prix très supérieures. A les entendre, il n’y a pas en France de « bulle » susceptible de se dégonfler brutalement.
Tous les arguments sont bons ( on sait pourtant qu’ils se retournent comme des chaussettes !) pour rassurer tous ceux qui ont acheté depuis 2000 et encourager ceux, très nombreux paraît-il, qui envisagent d’acheter mais hésitent devant les prix exorbitants qui leurs sont demandés. Le déficit de logements en France serait très élevé, de l’ordre de 550 000 logements. En trente cinq ans de carrière, j’ai toujours connu un déficit de cet ordre. Il n’empêchait pas les crises de la demande quand les taux de crédit augmentaient. La France vieillit, les familles se décomposent, les besoins seraient nouveaux. C’est vrai mais, il y a trente ans, il nous était déjà reproché de construire trop de petites surfaces. Les donations n’ont jamais été aussi importantes et vont continuer à être encouragées, facilitant ainsi le financement de l’apport personnel des jeunes ménages. C’est vrai, mais n’est ce pas, là encore, « l’effet richesse » qui stimule et soutient ce phénomène.
Je suis de ceux qui pensent, vous l’avez compris, que la fête immobilière pourrait bien, une nouvelle fois, être sur le point de se terminer. Je ne crois pas à une correction brutale, comme en 1991, mais à une baisse relative pendant une longue période. Les conséquences macroéconomiques n’en seront pas moins douloureuses car, si l’immobilier a contribué à près de 1% de croissance dans les pays développés, cette baisse ne pourrait être corrigée et la croissance soutenue que par des hausses de salaires et une hausse des valeurs mobilières qui commence à se dessiner.
Pour éviter un « effet richesse négatif » et ses conséquences sur la consommation et la croissance, les Etats devront modifier leurs politiques économiques. La « bulle » a été voulue, avec son cortège d’incitations fiscales. Une autre politique pourrait être voulue. C’est d’ailleurs ce qu’il faut lire entre les lignes dans les programmes des candidats à l’élection présidentielle. Si l’argent devient plus cher, si la Bourse monte durablement, si les baby-boomers modifient leur comportement au bénéfice des dépenses de santé, les acheteurs vont être moins nombreux et le marché immobilier risque de s’installer dans une tendance à la baisse et la dynamique s'inverser.
Les prix ne montent pas au ciel. La courbe des revenus et des prix ne peut s’écarter ad vitam eternam et être compensée durablement par un crédit dont la durée ne pourra s’allonger indéfiniment ! Les panneaux « à vendre » pourraient petit à petit remplacer les panneaux « vendu » que les agents immobiliers exposent fièrement pour stimuler la demande. La peur d’un retournement du marché, dont je ne voudrais pas être responsable – même très modestement – serait également de nature à accélérer le processus par une augmentation brutale de l’offre. Le facteur psychologique joue dans les deux sens.
Décidément il n’est pas facile de gérer une correction immobilière. Les Américains sont en train de s’en rendre compte et ce ne sont pas les litotes et les euphémismes employés par le président de la FED, Ben Bernanke après ceux de Alan Greenspan, qui suffiront à éviter une déflation outre-atlantique qui pourrait être contagieuse.

mardi 24 octobre 2006

Multiple sclerosis (suite)

Comment « faire du handicap, qui est une réalité de la vie, une réalité pleinement reconnue par la société », avait déclaré le Président Jacques Chirac au lendemain de la promulgation, le 11 février 2005, de la loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, un des « trois grands chantiers » lancés à l’été 2002, après sa réélection. Comment changer le regard de la société, c’est-à-dire essentiellement de ceux qui ne sont pas confrontés, dans leur entourage ou dans leur chair, au handicap ? Dans un monde où le paraître l’emporte sans arrêt sur l’être, où la beauté et l’apparence sont érigées en culte et où le « chacun pour soi » et l’hédonisme deviennent une religion, il va de soi qu’il faut chasser de ses pensées, la mort, le handicap, la vieillesse, les rides, générateurs de peurs et d’angoisses. L’Histoire n’aurait rien enseigné ; les milliers de personnes handicapées victimes du nazisme et du régime de Vichy, l’enfermement des infirmes sous Louis XIV, pour ne pas troubler une société heureuse et glorieuse. Ce n’est pas un sujet de campagne présidentielle. Il faut cependant reconnaître à Dominique Strauss-Kahn et à Ségolène Royal le mérite d’avoir évoquer ce sujet sur leurs blogs et dans leurs discours. Notre fils Jérôme, qui est atteint depuis 1993 d’une forme très aiguë de sclérose en plaques, vient de passer un mois dans un centre spécialisé : le centre marin de Pen-Bron, dans la presqu’île du Croisic. Il est très handicapé et totalement dépendant ; les médecins, infirmières, aide-soignants luttent en permanence pour remédier aux escarres qui rongent son dos ; il ne peut presque plus déglutir, c’est-à-dire avaler des liquides épaissis et des solides mixés. Il est urgent de lui poser une sonde gastrique pour le nourrir et éviter que la nourriture pénètre dans les poumons et provoque des pneumopathies qui peuvent être fatales. On comprend très difficilement ce qu’il dit, pourtant il n’a rien perdu de son humour et se tient au courant de l’actualité politique et sportive. Il a plein de projets ; il m’a demandé de lui construire un blog consacré à la domotique et particulièrement à son application pour les personnes handicapées. Il ne se plaint jamais. Le 28 septembre, nous avons fêté son 39ème anniversaire. Son cas n’est pas exceptionnel et rare. 60 000 personnes sont en permanence atteintes de cette maladie dans notre pays. Au centre de Pen-Bron, un des trop rares centres spécialisés dans ce type d’invalidité, il y a une telle concentration de malades que les visiteurs ne sortent pas indemnes de ce lieu. Pour se rendre dans la chambre de notre fils, il fallait que nous traversions, ma femme et moi, l’espace réservé aux enfants handicapés, dans leurs chaises roulantes. Ils n’étaient pas sinistres comme des piétons parisiens, ils riaient, chahutaient ; ils étaient heureux de vivre même avec leur handicap. Quelle leçon pour ceux qui n’ont pas mal mais se plaignent tout le temps !

jeudi 12 octobre 2006

Guérande

Au cours de notre séjour dans la presqu’île du Croisic, nous avons eu un coup de cœur pour la ville de Guérande que Balzac décrivait comme « un magnifique joyau de la féodalité ». Au milieu des marais salants, on découvre une ville fortifiée où Jean de Monfort se fit reconnaître duc de Bretagne par Charles V, roi de France. Les remparts du 15ème, flanqués de dix tours et de quatre portes sont harmonieux. Ils m’ont rappelé ceux de la ville de Dinan sur lesquels j’ai tant joué pendant les années d’occupation allemande. La Porte Saint-Michel est sans doute la plus belle ; elle est encadrée de deux tours à mâchicoulis imposantes et ornée des armes de la ville. Nous avons aimé l’église Saint-Aubin, ses vitraux et un mélange de gothique et de roman qui surprend agréablement. Au mois d’octobre, il y avait encore de nombreux touristes chez « les marchands du temple ».

dimanche 08 octobre 2006

8 octobre 2006

Nous sommes à La Baule, à L’Hermitage. C’est dimanche ; l’Esplanade Benoît ressemble aux Champs Elysées tant il y a de monde à vouloir profiter d’un des derniers beaux week end de l’année. L’eau de la piscine est à 30 °. Depuis quelques jours le coefficient de marée est à plus de 100. Des milliers de gens de la région se sont rués ce matin, à marée basse, avec bottes, sceaux et râteaux pour ramasser des coques. Il fait un temps magnifique. C’est normal, il fait presque toujours un temps splendide le 8 octobre. J’ai commencé ce blog-notes il y a un an par un billet qui évoquait le 7 octobre 1933 raconté par Jules Romains dans le vingt septième volume des "Hommes de bonne volonté". "Le 7 octobre, écrivait-il, se leva sous des signes favorables. Le ciel du matin était léger, à peine brumeux. La journée de la veille avait été aussi chaude qu'un début septembre. Après un accès de fraîcheur dans la seconde partie de la nuit, une brise du sud-est avait ramené une tiédeur qui ne semblait ni trop humide, ni orageuse". Le 7 octobre 1933, il faisait à Paris, comme chaque année à la même date, un temps qui fait dire aux vieilles personnes: "Il n'y a plus de saisons".