Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

vendredi 31 mars 2006

Meurtre à l’Ambassade de Roumanie

Je me souviens que le premier avril 1984, en début de matinée, la neige tombait à gros flocons sur Paris. Par la fenêtre de la cuisine qui donnait sur l’avenue Bosquet, nous regardions, à peine réveillés, les rares passants qui empruntaient le trottoir d’en face, qui longe les jardins de l’Ambassade de Roumanie. Etrange, pourquoi cette dame d’un certain âge qui marche à petits pas contourne sans s’arrêter un obstacle sur son chemin. Ma fille, une jeune amie à elle, qui séjournait à Paris pour la première fois, et moi, encore en peignoir, comprenons très vite que l’obstacle sombre a une tête, des pieds et un couteau planté dans le dos. Eberlués, nous ne pouvions quitter la fenêtre. Au fil des minutes, les passants, de plus en plus nombreux, s’arrêtaient. Je suis allé chercher mon caméscope et j’ai filmé le déroulement des évènements : l’arrivée d’un car de police, de représentants de la brigade criminelle, des journalistes d’Europe n°1, RTL, France info et des chaînes de télévision qui n’étaient pas autorisées à filmer. Le procureur de la République, Laurent Davenas, dès son arrivée sur les lieux, est allé sonner à l’Ambassade, qui entre-temps avait naïvement retiré sa plaque, pour demander des explications. Il s’est entendu répondre : « Nous ne sommes pas au courant, nous n’avons rien à signaler ! » En fin de matinée, après les nombreuses formalités de constat et l’enlèvement du corps, j’ai téléphoné à TF1, rue Cognacq Jay. Je suis tombé directement sur Jean-Claude Bourret qui préparait le journal de 13h et n’avait pas d’images pour illustrer son commentaire sur ce mystérieux fait divers. Habitant à deux pas, je suis arrivé très vite sur le plateau avec ma précieuse cassette. Jean-Claude Bourret m’a proposé de rester et d’assister au journal. Le présentateur, après la traditionnelle farce du 1er avril a enchaîné : « Un Roumain poignardé a été découvert tout à l’heure près de l’Ambassade de Roumanie. On ne connaît pas pour l’instant l’identité de la victime et les circonstances exactes de ce meurtre. L’homme a été tué de plusieurs coups de couteau. Selon certaines informations, le ressortissant roumain aurait été tué à l’intérieur de l’Ambassade. Son cadavre aurait ensuite été jeté du deuxième étage. Le corps de la victime, âgée d’une cinquantaine d’années, a été emmené à l’Institut médico-légal… Les images que vous venez de voir ont été tournées par un cinéaste amateur. »
J’ai eu, ces dernières années, l’occasion de rappeler à Jean-Claude Bourret et à Laurent Davenas cet étrange premier avril 1984 ; ils en avaient conservé comme moi un souvenir précis. Dès le lendemain, nous apprenions que la victime s’appelait Nicolaï Iosif, qu’il était originaire de Bucarest, et qu’il était ingénieur, membre du parti communiste roumain. Les raisons de sa mort ont été rapidement attribuées aux agents de la Securitate (les services secrets roumains) installés dans l’Ambassade. L’homme aurait été un « agent endormi », installé en Europe, qui aurait été « retourné » ou n’aurait pas rendu les services qu’on attendait de lui. Le mystère demeure.
La Roumanie, amie de la France, a bien changé depuis 1990. Dès le lendemain, à mon grand étonnement, car je n’avais rien demandé, je recevais un contrat d’achat de droit de diffusion pour un film intitulé : « Meurtre à l’Ambassade de Roumanie » comprenant des honoraires qui représentaient à peu près la valeur du caméscope !

Il est temps de remettre l’église au milieu du village !

Face à une Société française qui a peur, les politiques ne savent plus que faire et ont d’ailleurs déjà perdu toute crédibilité, ce qui est un drame pour la démocratie. La population ressent depuis longtemps que çà va mal finir, que « çà va péter »…La demande de solutions nationales pour corriger des évolutions inquiétantes s’est manifestée par une série de votes de défiance à toutes les consultations électorales : Jospin en a été victime, le projet de constitution européenne aussi ; aujourd’hui, c’est au tour de Villepin. La précarité qui fait peur est un phénomène mondial que la France, de gauche, de droite ou du centre, n’a pas le pouvoir de régler seule. Les solutions, s’il y en a, seront longues à mettre en œuvre et ne peuvent être que mondiales ou au moins européennes. On n’en prend pas le chemin dans l’état où est l’Union européenne dominée par le « chacun pour soi ». Nous sommes dans une tendance lourde de désunion qui ne va faire qu’amplifier les peurs et accentuer la violence.
Le rejet est une réaction instinctive de colère face à toutes les propositions nationales et européennes. Depuis quelques semaines, le monde entier disserte sur les convulsions françaises qui étonnent et inquiètent. Der Spiegel, le journal allemand, considère que le chômage des jeunes vient « d’un système éducatif anachronique et d’un code du travail parmi les plus restrictifs en Europe. El Mundo, le journal espagnol, pense « que la France a besoin d’un électrochoc mais que malheureusement aucun leader en vue n’est capable de convaincre les Français qu’ils ont besoin de moderniser leur machinerie sociale, ankylosée et inefficace. » Les enjeux politiciens, à un an de l’élection présidentielle, ne sont que l’écume de la vague profonde d’exaspération. Le feu couve depuis longtemps. Il était devenu inévitable que sous n’importe quel prétexte, le mécontentement s’exprime violemment par les mots et par les actes. Le CPE n’est que le pauvre – car il ne mérite même pas cet honneur – détonateur, la pauvre étincelle qui embrase une population qui, dans les couches moyennes notamment, refuse le capitalisme, le libéralisme, les dérégulations, les profits des grandes entreprises, la flexibilité du marché du travail et la compétition en général. Les Français interrogés par les organismes de sondage et les médias, ne se rendent pas compte qu’au nom de la liberté et de l’égalité, ils réclament, par leurs réponses et leurs slogans, une forme de communisme apparemment protecteur dont ils ne tarderaient pas à voir les défauts. S’il faut que la situation atteigne son paroxysme pour que la population – une des plus heureuses du monde – sorte de la déprime, alors, vite, dépêchons-nous car le temps presse.
Dans son message de responsabilisation et d’espérance, Mgr André Vingt-Trois a proposé aux étudiants qui viennent de faire le pèlerinage de Chartres, le 26 mars, de remédier « à l’anxiété de notre Société….en puisant dans les déclarations du Christ..et de retrouver le sens des valeurs hors de la société de consommation. » Il a raison ; que chacun en face autant par delà les religions et les philosophies. Il est temps de remettre l’église au milieu du village !

lundi 27 mars 2006

Une visite qui tombe mal

Le Roi de France recevait aujourd’hui le Roi d’Espagne. Les mesures de sécurité, semblaient parfaitement organisées, avec des hélicoptères rassurants qui tournaient en permanence au-dessus des Champs –Elysées. Le centre de Paris et, au fil des heures, toute la Capitale était un gigantesque embouteillage. Résultat : un nouveau coup de canif dans le taux de croissance et le PIB ; beaucoup de pétrole consommé, de temps perdu, d’énervement pour le petit peuple. Au diable l’avarice, la visite du Roi d’Espagne, vaut bien quelques sacrifices. Ceux qui travaillent – il est vrai, peu nombreux – avaient décidé de faire aujourd’hui ce qu’ils ne pourront pas faire demain en raison de la quasi-grève générale décidée par ceux qui ne travaillent pas – ils sont nombreux – où qui travaillent dans les entreprises publiques ou non marchandes. Dans le 42, qui ne pouvait pas traverser la Seine, et abandonnait ses voyageurs au début de l’avenue Rapp, la colère grondait, les téléphones portables « chauffaient » pour prévenir du retard ou de l’impossibilité de faire face à ses engagements. Les étrangers souriaient ; ils avaient tout le temps d’admirer la Tour Eiffel ; le bus n’avançait pas. Après avoir mis trente cinq minutes pour parcourir un kilomètre et demi, je suis rentré chez moi à pied en dix minutes ! Les Rois – et leurs Cours – sont par nature à des années-lumières des préoccupations de leurs sujets.
Je croyais que faire de la politique, c’était avant tout avoir le souci des autres….Il n’y a pas d’âge pour perdre ses dernières illusions.

dimanche 19 mars 2006

Le CPE dans la presse anglo-saxonne

La crise politique que le CPE provoque dans le pays est beaucoup plus riche d’enseignements que ne peut le percevoir le téléspectateur moyen. La presse anglo-saxonne, généralement si sévère à l’égard des comportements franco-français, ne s’y trompe pas et analyse avec gravité, et beaucoup de mesure, les secousses qui agitent notre pays. Le Guardian et The Observer voient dans les réactions de la population française devant les réformes en général, les premiers signes d’une grave crise mondiale et multiforme. J’ai déjà évoqué cette évolution le 1er février dernier à propos du dernier livre de Jean Peyrelevade.
La France, car tel est son destin, a souvent été le signal d’alarme, « le disjoncteur » qui cède le premier devant les injustices et les excès de toutes natures. Le monde entier a, depuis longtemps, le regard tourné vers ce qui se passe en France. Ces considérations, ces craintes, sont bien éloignées des raisons de politique intérieure qui empêchent le téléspectateur français de comprendre les causes profondes du malaise social qui, en France, prend toujours des airs de révolution. Le CPE n’est qu’un prétexte. Le code du travail n’est pas en danger. La gauche désunie trouve là l’occasion inespérée de refaire son unité avec les jeunes et les syndicats et de refaire son retard dans les sondages. L’UDF, dont le comportement est souvent incompréhensible, saute, elle aussi, sur l’occasion de faire entendre sa différence. Les principales parties concernées, les entreprises et les jeunes en recherche d’emploi ne s’expriment pas ou ne sont pas entendus.
Lionel Jospin, à qui il a été tant reproché de ne pas avoir mené à bien plus de réformes et qui espérait gagner la présidentielle en 2002 avec une tactique « soft » doit être actuellement un spectateur attentif de la situation.

jeudi 16 mars 2006

« Les mouches ont changé d’âne ! »

Le 15 février 1992, dans le Tournoi des Cinq nations, l’Angleterre avait battu la France : 31 à 13. Les amateurs de rugby, particulièrement dans le sud-ouest, étaient consternés et furieux. « Les Anglais ont inventé le rugby et en modifient les règles, que çà nous plaise ou non. Sanctionnés par l’arbitre, il fallait voir l’air étonné des avants français. Ils ne comprenaient pas les décisions ; on ne joue pas comme çà à Bayonne ou à Agen. Les joueurs regardaient l’arbitre, regardaient leur capitaine avec l’air de dire : « je ne recommencerai pas », mais comme ils n’ont pas compris la décision et ne comprennent pas la langue, ils recommenceront à la prochaine occasion ! Le lendemain, dans la presse, deux thèses s’affrontaient : Certains pensaient qu’au fil des années, les Français apprendraient et que les différences s’estomperaient. Les autres considéraient que les Anglais sont des gens impossibles et qu’il faut les laisser jouer entre eux à un jeu qu’ils connaissent ; qu’il en est du rugby comme de la Communauté européenne, il ne faut plus jouer avec eux et quitter le tournoi !
Samedi dernier, les Français ont battu les Anglais 31 à 6, ce qui n’était pas arrivé depuis bien longtemps. Ceux qui, en 1992, pensaient qu’avec le temps les Français apprendraient ont eu raison. Pourquoi ? Tout simplement parce que ce sport est, entre-temps, devenu professionnel. De nombreux joueurs français sont allés jouer en Angleterre, parlent la langue, comprennent mieux les règles et les décisions de l’arbitre. Samedi, la jeune équipe anglaise, débordée par les assauts français, donnait parfois l’impression de ne pas comprendre les décisions de l’arbitre. Les Français ne jouaient pas comme on joue à Londres…
« Les mouches avaient changé d’âne ! »