Je poursuis la brève rétrospective de ce qui a été dit et écrit, un peu vite, imprudemment, sur la pandémie de Covid19.

Ils, les scientifiques, les politiques, les journalistes, les populations, tous, se sont, en effet, souvent trompés dans leurs avis, leurs explications, leurs expertises, leurs décisions, leurs commentaires, leurs déclarations politiques !

« Ils », car, à en croire Bloomberg, qui dresse chaque mois un classement des pays qui résistent le mieux à la Covid-19, « Elles » figurent en bonne place. « Elles » se seraient moins trompées que les hommes. Les femmes auraient, selon « Reporters d’Espoirs organisateur de La France des Solutions », des qualités que les hommes ne posséderaient pas dans la gestion des crises. Plus sensibles aux questions sanitaires, elles savent s’excuser et ne mentent pas, elles… Angela Merkel s’est particulièrement distinguée lors du premier confinement pour sa capacité à communiquer « avec transparence et empathie ». La Première ministre de Nouvelle-Zélande Jacinda Ardern a fait preuve également d’une simplicité remarquée sur les réseaux sociaux. Saluée, parce que sa communication, qui rompait avec la communication descendante et verticale, dominante chez les chefs d’État, notamment en France, construisait de la confiance ». La Première ministre de Norvège, Erna Solberg a fait preuve de créativité en donnant une conférence de presse télévisée avec une séance de questions-réponses exclusivement dédiée aux enfants, en faisant ainsi ses meilleurs alliés. Sanna Marin, la très jeune Premier ministre de Finlande, s’est, quant à elle, fait remarquer avec sa sortie en boîte de nuit alors qu’elle était cas contact, son refus de décider le confinement d’une partie de son pays en avril et surtout ses excuses sur ses erreurs de gestion de la crise. Avec ses 5,5 millions d’habitants, la Finlande affiche un des meilleurs bilans de la crise du Covid-19 en Europe.

« Elles » ont une « qualité d’écoute, une capacité de médiation, un pragmatisme, un ego en moyenne moins développé que les hommes ainsi qu’une résilience, voire une résistance aux conflits », à en croire, selon Viviane de Beaufort, professeur à l’Essec. Les femmes auraient également fait preuve d’une capacité d’anticipation qui s’est souvent révélée déterminante.

Tsai Ing-wen, présidente de la République de Taïwan depuis le 20 mai 2016, Halimah Yacob, présidente de Singapour ou Mette Frederiksen, Première ministre du Danemark, ne tergiversent pas quand il faut prendre des décisions de confinement, de contrôles aux frontières, de quarantaine, de traçabilité des personnes ou de fermeture ou ouverture des écoles.

Le cas d’Ursula von der Leyen dans la gestion de la crise en Europe, est plus contrasté, car elle a tardé à réagir dans les premières semaines de la crise. Par la suite, avec la mise au point du plan de relance et l’approvisionnement en vaccins, elle a fait preuve de détermination et ne s’est pas trompée. Sheik Hasina, Première ministre du Bangladesh, considérée comme une des femmes les plus influentes au monde selon Forbes et le magazine Time, fait preuve de grandes qualités dans la gestion de crise d’un pays pauvre.

« Je crois que d’ici à cet été nous aurons vaincu le virus », affirmait Katalin Kariko, chercheuse et vice-présidente de BioNTech, au début de l’année 2021, au moment où, en France, la présidente du Comité vaccins Covid-19, la virologue Marie-Paule Kieny, déclarait, lors de son audition à l’Assemblée nationale : « on ne peut pas l’éradiquer […]. Le virus va rester avec nous pour longtemps. Sous quelle forme ? Ça, on ne le sait pas ».

Tout le monde peut se tromper !

Ce virus est diabolique. Les experts de la revue Nature s’accordent à dire que le Sars-CoV-2, va devenir endémique, comme la grippe saisonnière qui fait, chaque année, environ 650.000 morts dans le monde. Un monde qui subissait ; qui a décidé de ne plus subir, alors que les équipements hospitaliers, dans le monde entier, étaient inadaptés à une telle résistance. Les régimes démocratiques, autoritaires, tous les pays, ont pris des mesures, souvent drastiques, apporté des réponses différentes, adaptés à leur population, mais tous été dépassés, ont dû changer de stratégie, à l’exception de quelques petits pays non représentatifs, comme Singapour, Taïwan, la Nouvelle Zélande, et encore.

Pour quel résultat ?

L’Institut national d’études démographiques, dans sa note de conjoncture parue, mercredi 22 décembre dernier dans la revue Population, contredit ceux qui affirmaient « qu’on assisterait à une augmentation des conceptions pendant le confinement ». Ils se sont trompés. La Covid, dans notre pays, ne change pas les grandes tendances démographiques. La baisse du nombre de naissances, depuis plus de dix ans, s’est accentuée sans doute en raison des conditions de vie et des incertitudes sur ce que pourrait être l’avenir.

La surmortalité, de + 9,1 %, en 2020, avec 668 900 décès, s’accompagne d’une baisse de l’espérance de vie de six mois. Des personnes âgées sont sans doute mortes plus tôt en raison de la pandémie. Résultat, le solde a été négatif en France au dernier trimestre 2020 et au premier trimestre 2021, pour la première fois depuis la dernière guerre.

Un médecin réanimateur (2e G) apprend à des étudiants en médecine à pratiquer une fibroscopie sur un patient malade du Covid, le 22 novembre 2021 dans une salle de réanimation du CHU de Pointe-à-Pitre en Guadeloupe. (Le Monde en photos)

Pour mémoire, le nombre de décès du fait de la canicule, en 2003, s’était élevé à 19 490 en France et pour l’ensemble de l’Europe, de l’ordre de 70 000.

Ils se sont à peu près tous trompés sur l’acceptation, le consentement, de la population à des mesures restrictives de liberté. À peu près, car, partout, des mouvements de résistance manifestent contre les mesures prises. En France, notamment, quand ils affirmaient, en février 2020, que les Français n’accepteraient jamais d’être confinés parce que la Covid-19 « ne modifiera pas les statistiques de la mortalité mondiale. Soixante millions de personnes meurent chaque année dans le monde L’épidémie de Covid-19 ne changera pas ce chiffre significativement. La grande majorité des victimes seront des personnes âgées ou des patients dont le système immunitaire a été affaibli par d’autres pathologies. Les accidents de la route, disaient-ils, ont tué plus de 1 million de personnes dans le monde. On n’a pas interdit la circulation.

Ceux qui affirmaient que le confinement entraînerait une récession inimaginable, sans précédent en temps de paix ; que jamais on n’avait mis pareillement une économie à l’arrêt ; qu’on ne pourrait éviter des milliers de faillites d’entreprises quand le dispositif de chômage partiel prendrait fin et que, plus l’arrêt de l’économie se prolongera, plus le redémarrage sera compliqué, se sont trompés. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), au printemps 2020, pensait que l’économie mondiale souffrirait « pour des années« . Il faut rappeler qu’après la décision de l’Inde, plus d’un tiers de l’humanité était confiné.

L’indice Dow Jones avait, le 16 mars 2020, perdu 37 % de sa valeur. Quelque 10 000 milliards de dollars (9 275 milliards d’euros) s’étaient envolés. C’était la panique ! Les banques, les fonds, jouaient The big short. Tous les actifs financiers, même ceux considérés comme des valeurs refuges étaient à la vente. JP Morgan, Goldman Sachs, prédisaient une baisse de l’ordre de 20 % de l’économie américaine. Les économistes allemands et britanniques craignent une baisse de 5 à 10 % du PIB dans leurs pays. Le virus bouleversait toutes les pratiques, les effets de levier, l’endettement pour racheter ses propres actions, les titrisations à outrance, la pratique du private equity.

L’annonce d’un plan de relance de 2.000 milliards de Dollars dont 500 Mds$ d’hélicopter money, aux États-Unis, rassura Wall Street qui connut sa plus forte hausse depuis 1933. Le CAC40 franchissait les 4.300 points à l’ouverture, enregistrant une reprise de 18 % par rapport au plus bas en séance du 16 mars.

N’en déplaise aux Cassandre, deux ans après, la croissance, en France, devrait atteindre 6,7 % en 2021, son taux le plus élevé en plus de 50 ans. L’indice Dow Jones est aujourd’hui à 36 035,85 points. L’indice Nasdaq, influencé par les valeurs technologiques, a battu, en novembre dernier, son septième record d’affilée pour le Nasdaq et le S & P 500. Quant au CAC40, il dépassait 7 125,04 points, il y a quelques heures

Dans le même temps, à la surprise générale, la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, annonçait la suspension des règles de discipline budgétaire de l’Union. La BCE publiait les détails de son arsenal monétaire, baptisé « pandemic emergency purchase programme » (PEPP), un vaste plan de rachats d’actifs de près de 1.000 milliards d’euros pour soutenir les entreprises en difficulté pendant cette pandémie qui met à l’arrêt une partie de la planète. Au conseil européen du 17 mars, le président du Conseil des ministres italien, Giuseppe Conte, lançait l’idée de « coronabonds », avec le soutien de Paris et Madrid, au grand désespoir des Allemands et des Néerlandais, qui considéraient qu’ils avaient déjà consenti suffisamment, en acceptant de suspendre le pacte de stabilité. Ils se trompaient. L’avenir de l’Europe était en jeu. La règle d’or constitutionnelle, le schwarze Null, qui interdit au gouvernement allemand de faire du déficit budgétaire, a sauté. L’Allemagne, elle-même, lança un programme de 500 milliards d’euros pour soutenir ses entreprises.

Peu nombreux étaient ceux, comme Luc Ferry, qui prenaient le pari « que l’avenir montrerait vite que cette crise ne changera au final que très peu de choses et que la croissance libérale mondialisée repartirait de plus belle dès que la situation sera sous contrôle. Les revenus de nos concitoyens auront diminué, certes, mais ils auront aussi fait des économies et elles inonderont le marché dès la fin du confinement. Vive Keynes à Schumpeter ! »

 Rares sont les dirigeants politiques qui ne se sont pas trompés. La palme revient sans doute à Donald Trump et à Jair Bolsonaro, pour l’ensemble de leur œuvre, mais Boris Johnson n’est pas loin. Quand, en avril 2020, le « Daily Mail révéla qu’il se serait opposé à un confinement, préférant « laisser les cadavres s’empiler par milliers », il manqua, une nouvelle fois, une occasion de se taire. En ce qui concerne Donald Trump, c’est The Lancet, la revue médicale britannique, qui, au début de l’année, se chargea de dire que l’ancien président des États-Unis, selon elle, aurait pu éviter environ 40 % des morts dues à la Covid-19 enregistrées dans son pays, c’est-à-dire près de 160 000 vies, qui auraient pu être sauvées. Donald Trump ne s’était pas seulement trompé ! Au 11 février, près de 27,4 millions d’Américains avaient été infectés et plus de 475 000 en étaient morts. Dès le début de la pandémie, le Président Trump a nié la menace et refusé de développer une stratégie nationale pour remédier à la pénurie d’équipements de protection et de tests. Le réquisitoire du Lancet est extrêmement sévère. Il impute à Donald Trump la baisse de l’espérance de vie des Américains, qui était similaire à celle des nations les plus développées, et le programme de vaccination très insuffisant et mal organisé.

Le 6 février 2020, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur de l’OMS, avait mis en garde : « Notre plus grand ennemi à ce jour, ce n’est pas le virus lui-même. Ce sont les rumeurs, la peur et la stigmatisation. » Un tsunami de rumeurs avait, en effet, envahi les réseaux sociaux. Les complotistes s’en donnaient à cœur joie. Le président américain, le premier, accusait l’opposition démocrate d’être à l’origine du « canular » du coronavirus, et menaçait de fermer la frontière avec le Mexique, alors qu’aucun cas de coronavirus aux États-Unis n’avait été observé avec ce pays. « Le virus a été intentionnellement fabriqué dans un laboratoire de Wuhan par des officines pharmaceutiques qui veulent amasser des fortunes avec la vente des futurs vaccins », colportait la rumeur sur les réseaux sociaux. Il y en avait d’autres d’origine russe. « Le virus serait une arme biologique fabriquée par la CIA afin de déstabiliser l’économie chinoise. » Le président iranien, Hassan Rohani, n’était pas en reste. Il assurait que le coronavirus était « le résultat d’une conspiration ourdie par l’« ennemi ». Le président vénézuélien Nicolás Maduro, non plus, qui affirmait que le virus est une « arme biologique » dirigée contre le monde entier. Le président du Sénat philippin, dans une vidéo, insinuait, sans rire, que l’épidémie était orchestrée par la CIA, Bill Gates et George Soros, pour affaiblir la Chine.

Vingt et un mois après le début de l’épidémie, Emmanuel Macron et son exécutif recueillent, après des erreurs et des mensonges (masques, tests), au début de la pandémie, un niveau de satisfaction dans la population, assez enviable.

 

Pour éviter de se tromper, il y a un truc ! J’ai le souvenir d’avoir entendu Pierre Joxe, auditeur à l’Institut des hautes études de Défense nationale (36e session) , ancien ministre de l’Intérieur et de la décentralisation, ancien ministre de la Défense, ancien Premier président de la Cour des comptes (1 993), ancien Membre du Conseil constitutionnel, un « Sage » connu pour être particulièrement économe de ses paroles, dire, il y a une vingtaine d’années, au cours d’un déjeuner à l’École militaire : « J’ai souvent regretté d’avoir parlé. Je n’ai jamais regretté de m’être tu ». Nombreux sont ceux qui devraient penser à cette citation, généralement attribuée à Henry de Montherlant, chaque matin, en se levant !

À suivre…..

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