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En 1958, le prix Goncourt avait été décerné à Francis Walter pour son roman «Saint-Germain ou la Négociation » (1). Catholiques et protestants, en 1570, avaient décidé d’une trêve, le temps de négocier la paix et de signer un traité qui porte le nom de « Paix de Saint-Germain-en-Laye ». Dans cet ouvrage, Francis Walter raconte les manœuvres, les gesticulations, les feintes et les compromis auxquels se livrèrent les négociateurs, Henri de Malassise et le baron de Biron, pour les catholiques protégés du  roi Charles IX et la reine mère Catherine de Médicis, d’un coté, et de MM. d’Ublé et de Mélynes, pour les protestants de l’amiral de Coligny, de l’autre. La possession de deux villes : Sancerre et Angoulême, était en jeu. Fin connaisseur des négociations internationales, Francis Walter, avait imaginé, avec beaucoup de talent, les tactiques, les détours, l’extrême finesse avec lesquels les négociateurs avaient réussi à parvenir à un accord. La diplomatie, me disait récemment un ancien ambassadeur, n’est pas seulement un langage, c’est un art. C’est la raison pour laquelle une négociation est un roman dans lequel la duplicité des personnages, les coups tordus, constituent un ingrédient central qui en fait tout l’intérêt. En 2003, Gérard Corbiau réalisa un excellent téléfilm pour France 3 avec Jean Rochefort, Rufus et Jean-Paul Farré comme principaux acteurs.

saint germain ou la négociationIran accord Geneve2Comment ne pas penser à ce roman, en apprenant ce matin que l’Iran et les grandes puissances ((États-Unis, Chine, Russie, Royaume-Uni, France et Allemagne), avaient signé tard dans la nuit, un accord très vite qualifié d’historique – c’est l’histoire qui le dira – sur l’évolution du programme nucléaire iranien. Depuis qu’elles s’étaient séparées sur un échec, les délégations avaient fait souffler le chaud et le froid, comme dans toute négociation qui se respecte. L’avenir dira si la position assez étonnante de la France était – ou non –  une posture, une tactique mise au point avec les partenaires de la France pour exercer une pression plus grande sur l’Iran. Cette position avait suscité de vives critiques dans la presse conservatrice iranienne à tel point que le Guide suprême, Ali Khamenei, eut des mots très durs à l’égard de la France et des paroles aussi menaçantes et inquiétantes que l’étaient les mises en garde du Premier ministre israélien. Le président des Etats-Unis et le président Hollande s’efforcèrent de rassurer les Israéliens en exigeant des garanties solides que l’Iran ne semblait pas décidé à accorder il y quelques jours. C’est dans ce climat, peu propice, que les discussions ont repris le 20 novembre. Sur quoi butait la négociation ? Les garanties que proposait l’Iran en échange d’un début d’assouplissement des sanctions économiques occidentales étaient jugées insuffisantes. Le négociateur iranien excluait de stopper l’enrichissement d’uranium « dans son ensemble ». Restait également en suspens, le sort des 186 kilos d’uranium déjà enrichi à 20 % par l’Iran. Au petit matin, les journalistes spécialisés apprenaient qu’en bilatéral et dans le plus grand secret, les Etats-Unis et l’Iran échangeaient, pour ne pas dire négociaient, depuis le mois de juin tout en affirmant que le groupe 5+1 était le seul habilité à conduire les négociations.

L’accord signé cette nuit, prévoit expressément  que l’Iran arrête d’enrichir l’uranium au-dessus de 5 % et s’engage à ne pas continuer à installer de nouvelles centrifugeuses. En contrepartie, il y aura un relatif allègement des sanctions économiques au cours des six prochains mois. C’est en cela qu’il s’agit d’un accord préliminaire. Avant même que le jour se lève, Barack Obama a rappelé qu’ainsi tout serait fait pour empêcher l’Iran de parvenir au seuil du nucléaire militaire et qu’il ne s’agissait que d’une «première étape importante» tant les «énormes difficultés» persistent dans ce dossier. Pour Hassan Rohani, ce premier accord devrait «ouvrir de nouveaux horizons». Il faisait allusion au fait que les relations diplomatiques entre Téhéran et Washington sont rompues depuis avril 1980 et l’avènement de la révolution islamique de 1979.  En effet, le texte signé à Genève reconnaît à l’Iran le droit à l’enrichissement. Ce qu’a immédiatement contesté le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou qui qualifie le texte de «mauvais accord qui offre exactement ce que l’Iran voulait: la levée significative des sanctions et le maintien d’une partie significative de son programme nucléaire ». John Kerry, quant à lui, affirme qu’ «Il n’y a pas la moindre différence entre les États-Unis et Israël sur l’objectif final qui est que l’Iran n’aura pas de bombe nucléaire». Autant dire que le texte, dont l’encre est à peine sèche, sera l’objet de toutes les interprétations, de tous les commentaires et de toutes les contestations, jusqu’au prochain accord « historique » sur le sujet. Il n’en reste pas moins que la portée de cet accord est considérable et que la donne au Moyen-Orient peut en être changée.

(1) Saint-Germain ou la Négociation, Éditions Gallimard, Paris, 1958 (ISBN 2070265994.

 

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