Le 10ème anniversaire de la mort de François Mitterand a donné lieu à une concurrence médiatique qui a atteint la ligne rouge dimanche après midi chez Michel Drücker. Chacun affirme être le seul à avoir connu (et compris) le vrai Mitterand. « De là où il est », l’ancien Président doit bien s’amuser car il continue à faire, mort, ce qu’il faisait quand il était vivant. Salut l’artiste. Une seule émission, sur France 5, dimanche après-midi, a levé un coin du voile sur cet homme si compliqué. Dans le plus grand secret – un de plus – François Mitterand avait orchestré et livré au « psy », Ali Magoudi, des confidences qui éclairent le personnage d’un jour nouveau et ont le mérite d’aider à démêler la complexité de cet homme. Ces conversations inédites ne devaient pas être rendues publiques avant 2006.
Je n’ai vu Mitterand, pour qui je n’avais que curiosité, que très occasionnellement. La première fois, c’était au congrès d’Epinay, en juin 1971 ; j’accompagnais un ami de Province qui était délégué et ne savait pas bien comment aller dans cette commune de banlieue. J’ai assisté ainsi à l’un des moments clés de la carrière de cet homme : la prise de pouvoir d’un parti politique auquel il n’appartenait pas la veille. Salut l’artiste ! Plus tard, il m’arrivait d’attendre aux feux rouges, sur l’Esplanade des Invalides, à coté de la voiture du Président. Son véhicule n’avait pas encore de vitres teintées ; le Sphinx, au fond de la limousine ou à coté du chauffeur, avait un regard distant, pour ne pas dire méprisant, qui était impressionnant. Dans les mêmes circonstances, Giscard baissait la vitre et échangeait quelques mots avant que le feu passe au vert. J’ai donc essayé de comprendre l’homme autrement, en me rendant, quand l’occasion se présentait, sur les lieux où il avait vécu. C’est ainsi que je suis allé revoir le collège Saint Paul, à Angoulême, où il a fait ses études secondaires. Comme tous les anciens élèves du Lycée d’Angoulême, je connaissais ce collège devant lequel on passait sur le rempart du Midi. Chaque année les équipes de football du lycée rencontrent celles du collège Saint Paul. Mitterand était gardien de but de son équipe. La rivalité des équipes n’était pas seulement locale, c’était surtout la rencontre de l’école publique et de l’école libre. Le général Guillain de Bénouville, ancien d’Action Française, résistant au rôle controversé lors de l’arrestation de Jean Moulin, était son condisciple et ami. Il le restera durant toute sa vie. Le général était l’un des deux hommes à son chevet, rue Frédéric Le Play, au moment de son décès. Devant l’entrée du collège Saint Paul, la vue sur la campagne charentaise est magnifique. L’ancien Président de la République ne devait pas y être insensible, elle correspondait à ces paysages qu’il aimait. Longtemps après, quand je me rendais, un jour sur deux, rue Guynemer, pour suivre la commercialisation d’un immeuble Cogedim dont j’avais la responsabilité, j’avais, devant le numéro 38, une pensée pour Mitterand. La vue sur les beaux et vieux arbres du Jardin du Luxembourg ne relevait pas du hasard. Chez lui, c’était une nécessité. En 1984, le 9 août, très précisément, nous avions décidé, ma femme et moi, de dormir à Château-Chinon, à l’hôtel du Vieux Morvan. Partis le matin de Paris, nous avions déjeuné en famille à Blancafort et poursuivi notre route vers le Midi que nous ne pouvions pas atteindre avant la nuit. Pour tenter de comprendre un peu mieux le nouveau Président de la République, je voulais voir le Morvan, la commune, l’hôtel. La chambre 15 n’était pas libre. La chambre 14, identique, nous fût attribuée. Elle était austère, petite, monacale. Des chambres à 130 francs et des repas à 50 francs. En fin de journée, nous étions pourtant au début du mois d’août, le paysage était lugubre ; il tombait une pluie glaciale ; les pierres étaient grises ; la côte était rude pour arriver à l’hôtel. L’endroit idéal pour mettre au « vert » l’équipe de foot de Guy Roux. Je ressentais un peu ce que l’on ressent en marchant dans les rues de Rodez, de l’autre coté du Massif Central. Dans cette commune, depuis 1946, François Mitterand n’avait pas choisi la facilité.
Au fond, si l’unité de l’homme est difficile à découvrir, c’est peut-être dans son habitat qu’il faut chercher la clé. Dis-moi où tu habites, je te dirai qui tu es !

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