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Pascal Lamy, directeur général de l’Organisation Mondiale du Commerce, dans un article que publie l’excellente revue « Commentaire », dans son numéro 137 du printemps 2012 ( 22€ dans les bonnes librairies), balaye un certain nombre d’idées reçues. En période électorale, où, pour des raisons tactiques, beaucoup de liberté est prise avec la réalité, il n’est pas inutile de rétablir quelques vérités.

L’accroissement des échanges commerciaux est considérable. Le débat sur la mondialisation et ses effets sociaux et économiques est donc légitime, mais il n’autorise pas à raconter n’importe quoi. Le directeur général de l’OMC prend quelques exemples, insuffisamment connus, pour illustrer la révolution sans précédent des transports, des services et de l’information. « L’utilisation du conteneur a permis de diviser par cinquante le prix de transport d’une tonne de marchandise. Le langage html, inventé par Tim Berners-Lee, a révolutionné la transmission de l’information. En conséquence, le commerce et la division du travail ont changé de nature. Aujourd’hui, la production d’un bien se divise en nombreuses étapes qui correspondent à la meilleure compétitivité de chaque tâche à accomplir. Airbus et Apple sont évidemment les exemples les plus représentatifs de cette évolution. Qui sait que quarante pays participent à la production d’Airbus ? Il en est de même pour les produits Apple.

Avant que le produit soit fini, il y a donc une succession d’échanges, de transports, d’importations, d’exportations. « La notion de pays d’origine et l’étiquetage du lieu de fabrication sont donc désormais trompeurs ». Pour réduire les coûts et les prix, et aboutir à ce qu’on appelle des « avantages comparatifs », le génie des hommes, leur intelligence, leur souci d’efficacité, ont été remarquables. Or les outils statistiques, et par voie de conséquence les déclarations et commentaires qui sont faits, ne reflètent pas la réalité des mécanismes économiques. Le débat politique est donc faussé et, par la même occasion, les solutions proposées le sont aussi.  L’important, écrit le directeur général de l’OMC, « n’est pas d’exporter beaucoup, c’est d’ajouter beaucoup de valeur ». Le commerce doit être mesuré en valeur ajoutée. Les politiques publiques devraient donc tenir compte de cette évolution et du fait que « la croissance de la demande extérieure demeurera supérieure à celle de la demande intérieure dans les années à venir ». Les importations ne doivent pas être redoutées dès lors qu’elles constituent une opportunité qui accroit la productivité.

Dans cet article, très intéressant, Pascal Lamy affirme qu’il est inexact de dire que l’Europe fait moins bien que les autres économies développées dans la division internationale du travail. C’est particulièrement vrai dans certains secteurs tels que la « machinerie industrielle, l’automobile, l’aviation, la chimie, l’industrie du luxe, l’aéronautique, le nucléaire, la pharmacie et le ferroviaire. Il est également faux d’affirmer que l’Europe est naïve et ouverte à tous les vents. Les mesures de protection aux frontières sont d’un niveau équivalent à ce qui est pratiqué aux Etats-Unis ou au Japon. Parmi les autres mythes dénoncés par le directeur général de l’OMC : les délocalisations n’expliqueraient la baisse des emplois industriels que pour un tiers seulement et ne seraient donc pas la cause principale ; le nombre annuel d’heures travaillées par un travailleur est plus élevé en France (1560) qu’en Allemagne (1420) et les salaires horaires dans ces deux pays sont très proches.En revanche, la France a un problème de « compétitivité hors prix », c’est-à-dire de qualité des produits, de niveau de gamme, d’innovation, de services après-vente, de délais, de savoir-faire commercial, de relations clients et d’image de marque. L’appareil productif est souvent insuffisamment réactif quand il faut s’adapter aux fluctuations de la demande.

Dans une période électorale, pendant laquelle les candidats se préoccupent de l’avenir de la France et des Français, il est de la plus grande importance que les candidats prennent en compte les vrais problèmes et non les idées reçues. Une chose est de dire aux Français ce qu’ils ont envie d’entendre, une autre est de concevoir des politiques publiques adaptées aux véritables problématiques. L’Europe et particulièrement la France, pour éviter de se laisser distancer, doivent faire un effort significatif de recherche et d’innovation. Ce qui signifie une formation scientifique de très haut niveau. La maîtrise des coûts, la coopération entre les entreprises, le partage d’expérience, le développement des PME, nécessiteront une collaboration intelligente entre les entreprises et les pouvoirs publics qui devront faire en sorte que les Français aiment leurs entreprises et les supportent comme on supporte une équipe de football ou de rugby.

Dans la conclusion de son article, le directeur général de l’OMC fait le pronostic que, dans l’avenir, la valeur des produits sera de moins en moins matérielle. Il est bien placé, au poste qu’il occupe, pour formuler un avis qu’il serait bon d’entendre.

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