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Le 1er mars 2018, quelques jours seulement avant l’élection présidentielle, Poutine a prononcé un discours qui a intrigué la communauté internationale. Il a présenté les systèmes d’armes dont la Russie est en train de se doter pour contrer les défenses antimissiles américaines. Notamment, un nouveau type de missile de croisière à tête nucléaire, qui, selon lui, sera « quasiment impossible à détecter » […] et « invincible face à tous les systèmes existants et futurs de défense antiaérienne ».

Le président de la Russie s’est empressé de préciser que : « Malgré toutes les difficultés économiques et financières que nous avons rencontrées, la Russie est restée une grande nation nucléaire. Il y a vingt ans, personne ne nous prenait plus au sérieux. Personne ne nous écoutait. Eh bien, écoutez-nous maintenant ! »

« Écoutez-nous maintenant », était le phrase-clé. Vladimir Poutine veut être pris au sérieux. Il veut des négociations sur de nombreux sujets.

Les experts occidentaux se sont immédiatement interrogés sur la crédibilité technologique des systèmes présentés, sur l’usage opérationnel qui pourrait en être fait et sur le réel calendrier d’avancement de tels programmes. A-t-il « bluffé », pour ne pas dire menti, pour des raisons électorales ? Comme dit son principal opposant, Alexandre Navalny : « c’est le seul domaine où Poutine peut mentir en toute impunité ! Poutine ne peut ignorer que la course aux armements a conduit l’URSS à l’effondrement. A-t-il les moyens de ses ambitions dans la situation où est la Russie sur le plan économique ? Probablement pas !

Pour les experts de la Rand Corporation, « l’idée qu’un missile de croisière puisse survoler la moitié de la planète à basse altitude tout en restant furtif est à l’évidence une exagération ». Peut-être « que des drones sous-marins très rapides pourraient causer d’importants dégâts à des villes côtières s’ils n’étaient pas repérés à temps, mais il semble techniquement impossible que les Russes aient pu miniaturiser un réacteur nucléaire pour propulser pendant un temps extrêmement long un missile de croisière. »

La disproportion entre les dépenses militaires américaines et russes est considérable. Les Américains dépensent chaque année environ 600 milliards de dollars. Les Russes au maximum 50 milliards. L’argent ne fait pas tout, mais quand même !

Le discours de Vladimir Poutine était destiné à l’opinion publique russe qui est fière à chaque fois que son Président donne l’impression de concurrencer les États les plus puissants dans le domaine militaire (capacité hypersonique, armes à énergie dirigée, systèmes sous-marins autonomes, etc.) comme dans l’économie digitale, les biotechnologies ou les nouveaux matériaux. Ce sont des enjeux de sécurité, mais aussi économique, auxquels les Russes sont particulièrement sensibles. Compte tenu des difficultés économiques que connaît la Russie, Vladimir Poutine s’est employé à rassurer sur le plan budgétaire en précisant que le coût des systèmes d’armes qu’il a présentés était « tout à fait modeste ».

Le discours était également destiné aux opinions occidentales et à leurs dirigeants qui s’obstinent à refuser de traiter d’égal à égal avec la Russie. C’était, à l’évidence, une réponse à la nouvelle stratégie américaine (Nuclear Posture Review et la future Ballistic Missile Defense Review.)

Les Américains ont, en effet, décidé de développer leurs armes de théâtre de faible puissance pour être mieux adaptés à une guerre nucléaire localisée sans monter aux extrêmes. Russes et chinois avaient vivement protesté. La Russie, notamment, considère que les défenses antimissiles et autres technologies déployées par les Américains pour se prémunir contre les États proliférants, constituent une menace qui appelle des contre-mesures. Les Russes considèrent que leur armement nucléaire assure leur protection, leur rang dans le monde et inspire le respect de la communauté internationale, particulièrement de la Chine qui, également, développe son armement à marche forcée.

La similitude avec la posture de la Corée du Nord qui cherche, depuis plus de quarante ans, à être reconnue comme un interlocuteur avec lequel il faut traiter d’égal à égal, vient évidemment à l’esprit.

Le multilatéralisme, c’est la paix. Celle-ci n’est possible que si un minimum de règles internationales sont respectées. Or, Donald Trump, le premier, se moque de l’ordre international. Il montre le mauvais exemple. Par ses déclarations, et ses actes, il prend le risque de lancer le monde dans une vaste guerre commerciale qui prélude souvent à d’autres formes de guerre. La globalisation, la mondialisation, n’offre pas que des avantages, elles comportent des dangers, mais, jusqu’à nouvel ordre, le multilatéralisme, c’est la paix. Il faut le protéger.

Le discours du 1er mars 2018 avait la tonalité de ceux que prononçaient les dirigeants de l’Union soviétique dans les années les plus tendues de la guerre froide. Les discours de Donald Trump ne sont pas de nature à apaiser les tensions.

Comme l’a fort justement écrit Renaud Girard, récemment dans le Figaro, dans cette escalade, les torts sont partagés. « La paranoïa de la Russie n’est pas justifiée : il n’y a aucun plan occidental visant à l’assiéger. La désinvolture américaine est également coupable. En décembre 2001, alors que la Russie leur avait ouvert tous ses réseaux pour faciliter la guerre qu’ils commençaient en Afghanistan, les néoconservateurs dénoncèrent le traité ABM de 1972, chef-d’œuvre du réalisme kissingerien, qui interdisait les dispositifs antimissiles (dangereux car rompant l’équilibre de la terreur).

La planète, écrit-il, n’a nul besoin de davantage d’armes nucléaires. Mais elle a un besoin criant de davantage de diplomatie. »

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