La mondialisation fait peur. Ses vertus incontestables ne suffisent pas à rassurer les populations nombreuses qui, non seulement n’en profitent pas, mais en souffrent. C’est vrai en France, mais c’est également vrai aux Etats-Unis. La globalisation des flux financiers ne rend pas plus heureux qu’un taux de croissance et les inégalités qui se creusent faute d’institutions de régulation efficaces inquiètent chaque jour un peu plus.
Pendant la guerre, un américain, Garry Davis, pilote de bombardier, pris conscience, après sa sixième mission au-dessus de Berlin, de l’horreur de ce qu’il avait le devoir de faire. Pour éviter de telles situations de guerre, il fallait à ses yeux que les peuples se mobilisent pour faire triompher l’idée d’un gouvernement mondial. Arrivé en France, en 1948, il décida de rendre son passeport américain à l’Ambassade des Etats-Unis à Paris et de devenir citoyen du monde. Il dressa sa tente sur les marches de l’esplanade du Palais de Chaillot au Trocadéro et demanda asile et protection à l’Assemblée générale des Nations-unies qui se tenait dans le Palais. L’incident fit beaucoup de bruit. Gide, Sartre, Breton, Camus se précipitèrent pour le soutenir. La presse commenta sa naïveté, son utopie, son besoin de faire parler de lui. Son ami, Robert Sarrazac (nom de résistance, de son vrai nom, Robert Soulage) partageait la même idée : il fallait mondialiser les communes qui par nature réunissent tous les segments de la population dans le monde entier.
Dans le train Paris-Toulouse, quelques jours plus tard, Robert Sarrazac fit la connaissance d’un instituteur de Cahors, Emile Beynac, fondateur des Francs et Franches camarades, qu’il convainc d’adhérer à son idée de mondialisme. Avec le docteur Sauvé, le docteur Calvet, maire de Cahors, le libraire, Francès (en photo ci-dessous), mon ami Guy Henras, des personnalités cadurciennes et quelques potaches du Lycée Gambetta, ils décidèrent, dans un bistrot de la ville, de faire de Cahors la première commune mondiale. Un élan d’idéalisme, comme il pouvait y en avoir peu de temps après une guerre horrible, mobilisa la population de Cahors et, très vite, la presque totalité de la population du département du Lot. La presse parisienne et internationale expédia des envoyés spéciaux dans la capitale du Quercy.
Les photos ci-dessous proviennent des journaux de l’époque que j’ai retrouvés tout à fait par hasard il y a quelques jours en rangeant des papiers.
Au moment où l’idéalisme semble reprendre le pouvoir face à une mondialisation sauvage, où l’espérance semble avoir fait l’unanimité dans les couloirs du Grenelle de l’environnement, j’ai trouvé amusant de rapprocher ces événements à soixante ans d’intervalle pour montrer qu’il y a des sursauts qui font espérer dans l’évolution de la nature humaine.

3 réponses à De Garry Davis au Grenelle mondial de l’environnement

  • Cher Monsieur,
    je viens de lire votre article  » De Garry Davis au Grenelle de l’environnement » dans lequel vous évoquez Robert Sarrazac.
    Je suis l’un des responsables du Centre français des citoyens du monde et, à ce titre, principal rédacteur du Bulletin trimestriel que nous publions.
    Dans le prochain Bulletin, à paraître courant avril, nous souhaitons publier la préface que R. Sarrazac écrivit en 1950 pour le livre de Yves Arnaud-Ulliet « Le mondialisme contre la guerre ».
    Nous savons bien sûr que R. Sarrazac est né en 1913. Nous avions su , il y a quelques années, qu’il vivait en maison de retraite dans le Lot. Mais nous n’avons jamais su dans quelle commune.
    Pouvez-vous nous donner des informations récentes sur cette personnalité qui fut si importante dans la création du courant mondialiste, lequel courant est toujours bien vivant et même, depuis deux ans, représenté au Sénat.
    Un grand merci d’avance si vous pouvez nous fournir ces renseignements que nous nous ferons un plaisir de publier dans notre Bulletin. En mentionnant bien entendu notre source.
    Dans l’attente de votre réponse, je vous adresse mes sincères salutations,
    Joël Luguern

    • Michel Desmoulin

      Cher Monsieur,
      Je suis désolé de répondre aussi tardivement à votre aimable commentaire. J’ai, dans le Lot, ma région d’adoption,des sources de renseignement que j’active dès ce soir pour savoir où se trouvait la maison de retraite dans laquelle Robert Sarrazac a vécu. Dès que j’aurai ces informations sur son séjour et sur sa personnalité, je vous les communiquerai aussitôt. Malheureusement trop tard pour votre livraison d’avril; j’en suis vraiment confus.
      Avec mes remerciements pour l’intérêt que vous avez porté à mon bien modeste blog et mes sentiments les meilleurs.
      Michel Desmoulin

  • Bonjour,

    Je me permets de vous contacter car je travaille actuellement comme stagiaire au Service Patrimoine de la ville de Cahors sur la Route Mondiale de la Paix dans le Lot.

    Je viens de voir votre article fort intéressant sur l’histoire des Citoyens du Monde et de la mondialisation de Cahors. Travaillant sur la réalisation d’un corpus d’archives concernant la Route mondiale de la Paix, je voudrais vous demander dans quels journaux vous avez trouvé les photographies ci-dessus. Celles-ci sont en effet de bonnes qualités et nous sont totalement inconnues bien que nous ayons dépouillé la presse locale et nationale sur le sujet. Pourriez-vous nous communiquer vos sources?

    Je vous remercie d’avance pour votre aide,
    Camille Mas
    service Patrimoine de la Ville de Cahors

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