Dans un billet en date du 28 octobre 2006, j’avais exprimé ma crainte qu’un jour ou l’autre, se produise une correction du marché immobilier, « un effet richesse négatif », aux conséquences désastreuses sur la consommation et la croissance. Contrairement à ce qu’affirment les experts, qui ne veulent pas contribuer à amplifier l’inquiétude, l’atterrissage se fait rarement en douceur et les « bulles » éclatent rarement sans faire de dégâts.
Je racontais dans ce billet, auquel on peut se reporter dans la table des matières, un entretien que je venais d’avoir avec le Gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer. Ce dernier, il y a quelques jours, dans un entretien accordé au journal Le Monde, indiquait à ce sujet : « Le marché immobilier a connu dans plusieurs pays une croissance trop rapide et trop forte. Les prix ont atteint des niveaux trop élevés pour beaucoup de ménages. De ce point de vue, le coup d’arrêt du marché constitue une bonne nouvelle. Le marché doit s’assagir… » Ces propos sont lucides et prudents. Malheureusement, les marchés ne ralentissent pas sans produire des effets secondaires. Ce qui caractérise l’effet richesse négatif, c’est que tout d’un coup, nos compatriotes, comme les Américains, les Espagnols, les Anglais, prennent conscience qu’ils vont être moins riches qu’ils ne pensaient l’être quelques mois auparavant.
Si l’argent gagné facilement se dépense facilement, il en est de même quand la dynamique s’inverse. J’écrivais en octobre 2006 que « La hausse des prix de l’immobilier a un impact sur l’ensemble de l’économie. Parce que l’augmentation de la valeur du patrimoine immobilier des ménages entraîne une hausse de la consommation ; c’est ce que les économistes appellent « l’effet richesse positif ». Mais aussi parce que l’augmentation des prix s’accompagne d’un comportement expansif des banques qui ont le sentiment que leur risque diminue avec la hausse des valeurs. Ce phénomène, observé depuis longtemps, est difficile à évaluer. Les ménages ont un sentiment de plus-value « virtuelle » de leur patrimoine qui les encourage – pour ne pas dire qui les pousse, à consommer plus, à moins épargner, à emprunter un peu plus que de raison puisqu’ils se sentent plus riches. »
Nous y sommes. Pendant plusieurs mois, comme à chaque entrée en crise, les professionnels ont nié la réalité, n’ont pas anticipé, se sont convaincus que l’exception française les mettait à l’abri de ce qui commencé à être observé dans certains pays où les prix et la production avaient beaucoup trop augmenté. Aujourd’hui, ils ne peuvent plus tenir ce discours, le courant est trop fort, la tendance est trop lourde. Les médias amplifient le ralentissement comme ils avaient amplifié l’euphorie durant les dix dernières années. L’INSEE, l’empêcheur de continuer comme avant, l’institut du pessimisme, considère que « la France subit à son tour un retournement du marché » et que « si la chute des mises en chantier du début de l’année se poursuivait dans les mois à venir, l’investissement des ménages pourrait amputer davantage encore la croissance. » Il a raison.
Les promoteurs immobiliers, réunis en congrès à Saint-Malo au mois de juin, ont reconnu que l’année 2008 pourrait bien être « la première des années de récession pour l’immobilier » Il faut rappeler que les prix avaient augmenté de 140% en dix ans dans une période caractérisée par une inflation générale très faible. Cette situation ne pouvait pas durer éternellement. La hausse des taux d’intérêt et la politique monétaire sont tenues pour responsables de ce coup de frein. C’est le contraire, c’est la Banque Centrale Européenne qui cherche depuis des mois à freiner une croissance des crédits qui menait à la catastrophe. Les candidats acheteurs sont aujourd’hui inquiets. On le serait à moins. Ils anticipaient des hausses de prix, il y a quelques mois, ils commencent à retarder leurs acquisitions dans l’espoir d’acheter moins cher. La mécanique des crises est toujours la même.
C’est un grand tort de toujours croire que la prochaine crise sera différente et donc plus douce. Contrairement au krach de 1990, « la crise du siècle », les effets de celle-ci devraient être limités à condition que la crise économique à venir ne soit pas la crise du siècle.

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