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 Nommée, pour la troisième fois, chancelière d’Allemagne, hier, avec une majorité confortable, mais après trois mois de négociation, Angela Merkel sera sans doute chaleureusement félicitée en arrivant au Conseil européen qui réunira les chefs d’Etat et de gouvernement à Bruxelles, les jeudi 19 et vendredi 20 décembre. Elle sera aussi très attendue. Quid de sa détermination à faire évoluer la construction européenne, de sa volonté de redynamiser le couple franco-allemand et, sur le sujet à l’ordre du jour, de donner enfin une réalité à la politique de sécurité et de défense commune

Que peut-on attendre de cette réunion sur le principal point de l’ordre du jour ? Probablement peu de choses, si l’on se réfère au bilan des réunions préparatoires. Les conclusions, sans doute déjà prêtes à l’heure qu’il est, seront, comme d’habitude, très volontaristes dans les intentions. Les termes, soigneusement choisis par les diplomates rompus à ce genre de sommet, porteront sur la méthode, la procédure, la « feuille de route », l’avenir, l’objectif à long terme, mais, sur le court terme, l’action immédiate, le financement, probablement rien. Les décisions du Conseil doivent être prises à l’unanimité, et cette unanimité n’existe pas sur un certain nombre de sujets qui bloquent toute évolution significative de la politique de défense et de sécurité commune.

hollande. et merkeljpgAgacé par l’inertie d’un certain nombre  de ses partenaires européens, le président de la République a prévenu qu’il demanderait au Conseil la création d’un fonds permanent destiné à financer les opérations militaires extérieures.  Le financement des opérations dites de  » gestion de crise «  est un problème qui doit trouver une solution communautaire. Il ne suffit pas de soutenir, du bout des lèvres, des interventions militaires que la France est le seul pays européen capable – encore – de conduire et, ponctuellement, de débloquer des financements particuliers au titre de l’humanitaire ou d’aide aux coalitions (MISMA – MISCA), il faut un fonds permanent.

En coulisse, la France serait soutenue par l’Allemagne, l’Italie et la Belgique, mais le Royaume-Uni, opposé à toute politique de sécurité et de défense commune (PSDC) et certains pays du nord de l’Europe, opposés aux interventions militaires, pourraient mettre leur véto. Il est de notoriété publique que l’Afrique ne fait pas partie de leurs préoccupations. Telle est bien la situation de cette trop grande Europe, incapable d’avoir une diplomatie commune ?

Le 4 septembre 1997, le Premier ministre, Alain Juppé, disait déjà : « Comment des pays qui vont avoir un seule et même monnaie ne chercheraient-ils pas à se doter d’une défense commune ? Seize années ont passé depuis cette déclaration et l’Europe en est encore à s’interroger sur les principes. Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso rappelait dernièrement que « Nous n’aurons pas le poids nécessaire dans le monde sans une politique de défense commune. Pour soutenir cette politique, nous devons renforcer notre secteur de la défense et de la sécurité. En  cette époque de pénurie de moyens, la coopération joue un rôle clé et nous devons veiller à l’adéquation des objectifs et des ressources pour éviter la redondance des programmes. Le temps est venu de faire davantage ensemble et de nous engager pour plus de coopération dans le domaine de la défense. C’est ce que j’attends du Conseil européen du mois de décembre.

Le Rafale

Le Rafale

Seulement voilà, l’idée même d’une Europe de la défense n’est pas partagée par les différents pays membres de l’Union européenne. Pour des raisons politiques, historiques, voire même culturelles, certains pays hésitent à choisir entre une Europe puissante et influente et une Europe économiquement stable se contentant de payer pour sa sécurité, comme on paye une assurance vie. Il faut donc, comme le préconisait, en son temps, Jacques Delors, réunir  ceux « qui le veulent et qui le peuvent ». Les outils institutionnels ne manquent pas, les traités de Maastricht, comme celui de Lisbonne, contiennent des dispositions qui ne sont malheureusement pas utilisées.

Les considérants de l’ordre du jour de la réunion qui commence demain, sont on ne  peut plus  clairs : Dans un monde en mutation, l’Europe de doit de jouer un rôle important pour assurer la paix et la sécurité internationales. L’UE contribue à la gestion internationale des crises à travers sa politique de sécurité et de défense commune(PSDC). Elle devrait disposer de capacités qui puissent répondre aux besoins à venir. Dans le même temps, en raison des contraintes financières actuelles, il devient plus urgent pour les Etats européens de coopérer étroitement dans le développement des capacités militaires. Dans ce contexte, le Conseil européen de décembre 2012 a demandé que des travaux soient menés sur trois objectifs qui sont étroitement liés :

–        Efficacité plus grande sur le plan opérationnel.

–        Des capacités de défense adaptées aux besoins.

–        Une industrie européenne de la défense plus forte.

La haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, vice-présidente de la Commission européenne, Catherine Ashton, a remis un rapport circonstancié. En apparence, tout le monde est d’accord. En sera-t-il de même quand il s’agira de passer aux actes ?

Militant pour une Europe de la défense depuis toujours, membre dirigeant d’EuroDéfense depuis plus de quinze ans, c’est-à-dire à peu près depuis la création, par mon ami Pierre Schwed, de cet important réseau européen, je forme le vœu que l’Europe, demain et après -demain, soit au rendez-vous de son histoire. A quelques mois d’une consultation électorale qui s’annonce délicate, alors que les opinions publiques sont insuffisamment informées des enjeux, la France a un rôle très important à jouer. Son histoire, sa place au Conseil de sécurité, la puissance de ses forces armées, donnent à notre pays – et à ses dirigeants – un poids particulier dont il doit être fait un usage habile pour que le Conseil opte pour un nouveau départ de l’Europe de la défense et non sur un consensus mou dont les institutions européennes ont parfois le secret.

 

 

 

 

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