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 Dans toutes les familles, il y a des photos, des documents, des souvenirs de la Grande Guerre. Cette année, avec le début des commémorations, est une année particulière. C’est le jour du souvenir.

Mon grand-père paternel, Alcide Desmoulins, est parti le 2 août, le jour même de la mobilisation générale, avec le grade de sergent. Il n’est arrivé à Chalons-sur-Saône que le 5 août après avoir changé de trains, couché sur la paille et peu mangé dans la gamelle. Affecté à l’approvisionnement, il accompagnait chaque jour des trains de marchandises à Dole, Belfort, Besançon. La beauté des paysages traversés, pendant ce triste été 14, ne compensait pas les conditions de vie et la fatigue. Il notait sur un petit carnet noir, les événements dont il était le témoin,

Le petit carnet d'Alcide Desmoulins

Le petit carnet d’Alcide Desmoulins

« les mouvements des régiments d’infanterie qui allaient prendre position, les rumeurs qui annonçaient que les Allemands battaient en retraite. A un kilomètre de Fort Lachaux, il observait, avec étonnement, que si près des théâtres d’opérations, le calme régnait. Le 8 août, il pleuvait; une pluie d’orage qui rendait la chaleur plus supportable. Une foule considérable attendait, sur le bord de la route, le passage des troupes ». A Dole, il nota que « deux wagons de prisonniers allemands avaient été accrochés à son train. Les agissements de civils qui pillaient et achevaient les blessés le révoltaient. Les femmes, les vieilles surtout, malgré les gendarmes, insultaient les prisonniers et voulaient les frapper ». « A Besançon, vers 4h du matin, il vit passer sans interruption des trains complets de troupes qui montaient vers l’est. C’était des escadrons du train des équipages. Le contraste entre ceux, blessés pour la plupart, qui descendaient et ceux qui montaient en chantant », le frappa. Il nota sur son petit carnet que « ceux qui descendaient appartenaient au 97ème d’infanterie alpine, au l53ème de ligne et au 4ème chasseurs d’Afrique. Les blessés qu’il interrogeait lui disaient qu’ils avaient peu de morts mais beaucoup de blessés à cause des officiers qui avançaient trop vite, ce qui les obligeait à tenir trop longtemps sans l’appui de l’artillerie. »

Alcide Desmoulins

Alcide Desmoulins

Le 2 septembre, il cessa de prendre des notes, « écœuré par l’atmosphère qui régnait à l’arrière et surtout par le comportement de certains officiers qui se promenaient la cravache à la main ou les mains derrière le dos. Ils faisaient « le beau », à l’abri des balles, en attendant la fin de la guerre. Il en voulait à ceux du sud, des socialistes sans doute, qui manquaient de motivation ».

Nommé officier d’administration de troisième classe, le 6 mars 1915, il ne décida d’ouvrir un nouveau petit carnet que le 29 septembre 1916. Ses fonctions, qui consistaient à approvisionner les unités du 9ème corps d’armée, le conduisaient à changer de destination presque tous les jours. C’est ainsi qu’il nota « le trafic ferroviaire intense et l’extrême fatigue des soldats qui, épuisés, dormaient à même le sol. Le 7 octobre, il faisait un temps superbe. Il partit à cheval à Morlancourt où il logea dans une ferme à côté de l’église ; une chambre sans lit, sans carreaux aux fenêtres dans laquelle ils dormaient à plusieurs. Le 22 novembre, il neigeait. L’organisation était déplorable. Les chevaux étaient sacrifiés ; on les obligeait à prendre des pistes impraticables alors que les routes étaient libres neuf fois sur dix ; résultat : perte de temps, extrême fatigue pour les hommes et des pertes énormes pour les chevaux. Il ressentait une impression d’incurie et de grande incompétence. Dans les tranchées où il se rendait, il était frappé par le nombre de rats qui y vivaient. Le 23 décembre, le temps était épouvantable. Les voitures et les chevaux s’embourbaient. Le canon tonnait et les « boches » envoyaient des obus dans toutes les directions ».

Le 25 janvier, à Amiens, alors qu’il rentrait de permission, son ordonnance, qui l’attendait à la gare, lui apprit que le QG avait fait mouvement vers Conty, dans la Somme. Il faisait très froid. Début mars, après un séjour au camp de Mailly, il passa quelques jours à Châlons-sur-Marne où des quantités de bombes étaient tombées dans les champs et dans les bois. De là, il partit approvisionner le 1er échelon. « Les zouaves lui demandaient des vivres. Les obus passaient au-dessus des têtes. Des hommes blessés se traînaient sur les routes. Ils étaient trempés, couverts de boue. Ils avançaient par petits groupes ; les plus forts soutenaient les plus faibles. « C’est encore loin l’hôpital d’évacuation de Montigny? On va crever avant d’arriver. » Depuis combien de temps marchaient-ils se demandait Alcide » ? Il était impuissant et se sentait privilégié par rapport à tous ces pauvres diables ».

à droite, le docteur Joseph Chaminade

à droite, le docteur Joseph Chaminade

Au début de l’année 1918, la grippe, que l’on baptisait « espagnole », sans bien savoir pourquoi, faisait des ravages à Paris. On enregistrait plus de 300 morts par semaine. La maladie se propageait « à la vitesse d’un cheval au galop ». Alors qu’une grippe ordinaire, que l’on ne savait pas plus soigner, causait chaque année 3 à 4 000 morts, cette grippe « espagnole » causa 91 465 décès en 1918. Les restrictions et la vie chère devenaient insupportables. Les prix avaient quadruplé depuis 1910. Le parc de la Muette, récemment acheté par Henri de Rothschild, avait été entièrement planté de pommes de terre. Au Luxembourg, on cultivait des carottes et des haricots. Avec le Ministère du Ravitaillement apparurent les cartes de rationnement pour un certain nombre de produits. La « grosse Bertha » réveillait presque tous les jours les Parisiens qui se demandent comment tout cela allait finir.

Le 8 août, sur un papier à lettres bordé de noir depuis la mort de son père, mon grand-père écrivait à sa femme: « En raison de l’offensive qui a eu lieu sur notre front, nous avons eu des problèmes de ravitaillement comme à chaque concentration. Tout ce qu’il m’est possible de te dire, c’est que tout a été rondement mené et que les « boches » en ont eu pour leur argent. Je pense que Paris va se trouver bien dégagé et qu’à la fin des vacances vous pourrez rentrer en toute sécurité. Si rien ne m’en empêche, je prendrai ma permission pour le 1er septembre et nous irons à Blancafort.

à gauche, le docteur Joseph Chaminade

à gauche, le docteur Joseph Chaminade

Le 18 août, la Xème armée entra en action et refoula les Allemands vers le nord. Le 26 septembre, la IVème armée attaqua la ligne des Monts de Champagne et s’en empara. Tout au long du mois d’octobre, les nouvelles confirmaient que la capitulation allemande était proche. Le 7 novembre, le Chancelier allemand annonça l’envoi de plénipotentiaires et demanda la suspension des hostilités. Le 9, l’Empereur Guillaume abdiqua. Le 11, l’armistice fut signé en forêt de Compiègne.

« Enfin, ça y est ». C’est par ce cri, qui s’échappait des poitrines des Parisiens qui envahirent les rues, que la nouvelle se répandit.

Mon grand-père ne fut démobilisé que le 12 février 1919. Il avait noté sur son petit carnet qu’il avait passé plus de quatre ans sous les drapeaux, dont 2 ans 4 mois et 12 jours au front.

Mon grand-père maternel, Joseph Chaminade, était médecin, professeur  de Stomatologie à la Faculté de Médecine de Bordeaux. Sur sa participation à la guerre de 14, je ne dispose que de ce qui est mentionné sur le Livre d’Or de la Grande Guerre du Collège Saint-Joseph de Périgueux: « Joseph Chaminade fut mobilisé sur place dans le service auxiliaire. Il s’y employa de tout cœur et se donna patriotiquement à toutes les exigences de son service. Quelques mois plus tard, sa classe rentrait dans ses foyers. Mais, lui,  voulut continuer à se dévouer et fit un service bénévole comme médecin traitant à l’hôpital complémentaire.  Un jour, il eut la malencontreuse idée d’aller voir son ancien professeur à Toulouse où sévissait une violente épidémie de fièvre typhoïde.  Il fut atteint par la maladie qui le terrassa. Non toutefois sans qu’il vit bien la gravité de son cas. Après avoir été, ainsi qu’on a pu l’écrire de lui, « Un homme d’exception, admirable de devoir et de dévouement, fidèle aux principes chrétiens et aux bonnes traditions françaises », il mourut le 23 juin 1915.

 

 

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