1996 – 2013

Les problèmes réglés, c’est un euphémisme, le programme de la rue de Rennes pouvait maintenant être mis en vente. « Tout en restant dans l’enveloppe du gabarit parisien du XXème siècle, expliquait le nouvel architecte, Raymond Ichbiah,  «  j’ai souhaité couvrir le bâtiment d’un grand toit en ardoise naturelle, rompant ainsi avec les brisis voisins, et rythmer horizontalement les quatre niveaux par des corniches, dont la plus haute se devait d’être monumentale. Le deuxième étage, de grande ampleur et dont l’entourage des baies très ouvragé devait marquer la noblesse, est accentué par un balcon axé sur la composition des trois baies centrales. »

Le 15 octobre 1996, le  « Saint-Germain-des-Prés » fut mis en vente. Le succès fut immédiat. Localement, une bâche spectaculaire avait créé l’événement. Les vendeurs, dans les jours qui avaient précédé, mobilisèrent leurs clients sur le thème de la rareté, du prix et de l’exceptionnalité d’une telle opportunité après une longue crise. Quand le bureau de vente sur place fut ouvert, après avoir laissé quelques jours aux vendeurs pour convaincre leurs clients, il fallut l’aide de la police pour canaliser la foule des clients intéressés qui firent la queue pendant des heures dans l’étroit escalier qui permettait d’accéder au deuxième étage.

Brochure du "Saint-Germain-des-Prés

Brochure du « Saint-Germain-des-Prés

Le 15 novembre, soixante dix pour cent des appartements étaient placés. Des étrangers, notamment des Italiens, eurent l’intuition qu’il fallait se décider rapidement pour ne pas manquer cette opportunité. Nul n’étant prophète en son pays, le « Nouvel Observateur » relata que quelques intellectuels habitant dans le quartier et des anciennes élèves du Cour Désir, se manifestèrent trop tard et tentèrent de faire valoir, sans succès, un « droit de priorité », une sorte de « droit au logement »..

Le 5 décembre 1996, ce fut au tour du « 77 La Croisette », terminé, d’être inauguré. M.M. Brante et Vollenweider, les architectes, furent, à juste titre félicités.  Ils avaient su donner, à l’intérieur des appartements, l’impression d’être en bateau. L’immeuble est léger, avec ses gardes corps en inox, ses mains courantes en teck et la voile que symbolise l’auvent. Cogedim aime l’architecture et aime les architectes. La marque a été bâtie sur la qualité architecturale des immeubles d’habitations et de bureaux. Les noms des plus grands architectes sont associés aux immeubles que l’entreprise a construits : Richard Meier pour le siège de Canal Plus, Jean Nouvel pour la Fondation Cartier, Ricardo Bofill pour le marché Saint Honoré, entre autres.

 182-st germain2  M. Arnaud de Ménibus décida de réunir le conseil de surveillance le 11 décembre 1996, dans une des pièces du bureau de vente du « Saint-Germain-des-Prés », pour célébrer le succès et montrer, in situ, aux membres du conseil, les moyens mis en œuvre pour obtenir ce résultat. Le président d’honneur, M. René Durand, eut un malaise cardiaque en montant l’escalier qui conduisait au bureau de vente. Le  lendemain matin, nous apprenions qu’il était décédé dans la nuit. Discret, modeste, exigeant avec les autres, comme avec lui-même, le président d’honneur avait la passion de l’acte de construire.

Il était né le 26 septembre 1915. Après des études secondaires au Lycée Louis le Grand, il avait été reçu, au printemps 1934, à l’école Polytechnique, l’un des plus jeunes de sa promotion. Au cours de l’été 1939, sorti ingénieur de l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées, il avait reçu l’ordre de mobilisation dans le Génie en 1940, puis libéré en 1941. De 1942 à fin 1949, il fut nommé ingénieur des Ponts et Chaussées dans le Jura, puis en Seine-et-Oise, où il participa à la reconstruction du pont de Villeneuve-Saint-Georges. C’est à la fin de l’année 1949, que René Martin, directeur de la Banque de Paris et des Pays-Bas, lui proposa une mission au Maroc. Il se passionna pour cette tâche exaltante dont il parlait souvent. De retour en France, il assuma d’importantes fonctions à l’OTH tout en continuant à s’occuper des filiales immobilières de la Banque au Maroc et en Algérie. De 1960 à 1969, en qualité de directeur adjoint, puis directeur du département immobilier de la Banque, il fut l’artisan du développement de la BPPB dans le secteur de l’immobilier qui connaissait son « âge d’or ».

 La reprise, souvent imprudemment annoncée, se confirmait. La baisse des prix, tombés à Paris à 24 300 francs, s’était encore accentuée en 1996. Les taux de crédit, aussi, avaient baissé de deux points. Enfin, les incitations fiscales se révélaient efficaces : le prêt à taux zéro avait donné un coup de fouet à l’acquisition des primo accédants et, depuis l’été, le nouveau dispositif fiscal d’amortissement « Périssol » avait manifestement fait revenir les investisseurs vers le placement dans la pierre.

 Tous les promoteurs, enfin, les survivants, se déclarèrent satisfaits, à la fin de l’année 1996, mais bien décidés à prendre beaucoup moins de risques, à n’entreprendre que de petites opérations placées en grande partie avant le début des travaux et à privilégier les petites surfaces demandées par les investisseurs. C’est à cette date que le président de Paribas, André Lévy-Lang,  décida, dans le cadre de sa stratégie de recentrage sur ses métiers principaux, de se dégager progressivement du secteur de la promotion immobilière.

Les bonnes adressesDans le numéro 7 des « Bonnes adresses de COGEDIM » parut au mois de mars 1997, le « Fontenoy », à l’angle de la rue du Docteur Finlay et

PARIBAS -La galerie des présidents

PARIBAS -La galerie des présidents

du boulevard de Grenelle, dans le très bon XVème arrondissement, le 43 avenue Raymond Poincaré et le 15 rue Franklin, dans le XVIe, près des jardins du Trocadéro, étaient en vedette pour leurs situations et leurs résultats. Un nouveau programme, aussi, était en préparation sur un terrain qui abritait, jusqu’en 1992, l’usine de munitions Gévelot à Issy-les-Moulineaux. Il s’agissait d’un programme de 1.200 logements sur la ZAC dite du Colombier, à proximité du pont de Billancourt et des quais de la Seine. « Le Quartier Haussmannien », son nom commercial, était situé en face du Centre commercial des Trois Moulins et de la nouvelle gare du Tramval qui relie Issy-les-Moulineaux et Boulogne, à la Défense.

Issy-les-Moulineaux vivait déjà à l’ère de la communication. Plus d’une centaine d’entreprises de communication étaient installées dans cette commune. Des efforts exceptionnels avaient été faits pour que la communication soit présente à chaque moment fort de la vie locale, qu’il s’agisse d’intégrer les nouveaux arrivants ou de diffuser  et expliquer les décisions municipales. Il se confirma très vite que le concept marketing du « Quartier Haussmannien » devait intégrer cet axe. COGEDIM pouvait frapper un grand coup et être la première entreprise de promotion à intégrer ce service et à faire en sorte que les habitants du «Quartier Haussmannien» soient parmi les premiers à vivre «autrement».

Depuis 1987, date à laquelle Francis Bouygues devint propriétaire de la plus ancienne chaîne de télévision, TF1, le groupe, qui porte son nom, était propriétaire du 176 rue de l’Université, dans le VIIème arrondissement. Derrière une façade arts-déco, très caractéristique des années 30, se cachait un mélange inextricable et enchevêtré de studios, d’ateliers de décoration, de magasins d’accessoires, dans lequel seuls les habitués pouvaient s’y retrouver. L’accès noble, se faisait par la célèbre rue Cognacq-Jay,

Cannes -"77 La Croisette"

Cannes -« 77 La Croisette »

Dès que les travaux du nouveau siège de TF1, à Boulogne, Quai du Point du Jour, furent terminés, le groupe Bouygues décida de se séparer de ce site qui, après s’être considérablement apprécié à la fin des années 80, s’était déprécié avec la crise et la chute des valeurs. C’est dans ces conditions que COGEDIM put acquérir les droits de construire sur ce terrain.

Il ne s’agissait pas de n’importe quel terrain. Il avait une histoire, l’histoire de la télévision en France et avant elle, l’histoire du « Magic-City », un parc d’attractions de 40 000 m2, réalisé en 1910, qui accueillit une élégante population désireuse de s’amuser. Des fêtes inoubliables, dignes des « Mille et une nuits », se déroulèrent dans ce « Disneyland » en plein Paris avant la première guerre mondiale. En 1941, les Allemands réquisitionnèrent  les locaux, les agrandirent et commencèrent, à proximité de la Tour Eiffel et de l’émetteur le plus puissant d’Europe, les premières émissions de télévision à l’intention des militaires hospitalisés. A la libération, de jeunes hommes et jeunes femmes, des « pionniers », qui deviendront célèbres, inventèrent, sous la direction de Wladimir Porché et de Pierre Sabbagh, la télévision française. Pierre Tchernia est aujourd’hui le dernier survivant de cette équipe. Michel Drücker, que je connaissais, me mit en relation avec lui. Il était évident qu’il fallait prendre en compte la dimension historique de ce site. Quand la démolition commença, ce fut un choc pour tous ceux qui avaient consacré leur vie à produire les journaux télévisés et des émissions connues.

COGEDIM a 40 ans

COGEDIM a 40 ans

Autour de M. Arnaud de Ménibus, de nouveaux actionnaires, LBO France, LTI, Long Term Investors, le Groupe de Carlo Acutis, actionnaire majoritaire de la compagnie d’assurances italienne Vittoria Assicurazioni et du Groupe immobilier Sofimmobili, Tishman Speyer Properties, un des principaux groupes immobiliers internationaux d’origine américaine, et Equity Investors et Advisors, succédèrent à  Paribas et aux grandes compagnies d’assurances pour assurer la pérennité de COGEDIM et accroitre encore son activité. L’heure de la retraite ayant sonné, je quittai mes fonctions à la fin du mois de juin 1998.

Ainsi se termine le récit, très personnel, des souvenirs que j’ai conservés d’une entreprise à laquelle j’ai consacré toute ma vie professionnelle.

Par la suite, je fus convié à l’inauguration du nouveau siège de COGEDIM, rue de la Pompe, dans le très chic XVIe arrondissement, et  à l’inauguration du « Saint-Germain-des-Prés », le 7 juillet 1999, quand l’immeuble fut achevé. J’étais là aussi pour l’inauguration de l’ensemble immobilier « Le Cherche Midi «  et pour l’inauguration du « 176 rue de l’Université ». Répondant très aimablement à ma demande, Michel Drücker et Pierre Tchernia acceptèrent de parrainer cette cérémonie et, à cette occasion, livrèrent des souvenirs personnels sur l’histoire de la télévision française qui est aussi la leur.

Le 13 octobre 2003, COGEDIM réunit ses nombreux amis au théâtre Marigny, à l’occasion du 40ème anniversaire de l’entreprise. Toute la profession, et de nombreuses personnalités, étaient là pour célébrer cet anniversaire et féliciter M. Henri Caro, à son tour sur le départ, mission accomplie, brillamment accomplie, dans une période pleine d’embuches.

Les années passèrent. Au lendemain du 14 juillet 2007, le groupe ALTAREA, présidé par MM. Alain Taravella et Jacques Nicolet, devint l’unique actionnaire de COGEDIM avec pour objectif de poursuivre et de développer l’activité de l’entreprise, ce qu’il fait.

 

3 réponses à COGEDIM a 50 ans (suite et fin)

  • Bonjour,

    Je viens de découvrir vos articles sur l’historique COGEDIM, je tenais à vous féliciter de la richesses de votre récit sur l’aventure de COGEDIM.
    Ce récit était passionnant et je l’ai dévoré avec voracité.

    Gérant d’un petit bureau d’études VRD à Nice, COGEDIM est l’un de mes clients (comme une très large partie des promoteurs privés de la Côte d’Azur) et je vous confirme que COGEDIM tient le haut du pavé (avec BOUYGUES Immobilier).

    Vu de l’intérieur, je vous confirme que la marque conserve donc ces lettres de noblesses.

    En faisant des recherches sur cette société, je n’ai malheureusement rien trouvé sur wikipédia ou sur tout autre support.
    L’aventure est décrite seulement après le rachat par M. Alain Taravella.

    Passez une excellente fin d’année.

    A.B

    PS: Je viens d’ailleurs de faire une réservation sur un des programmes COGEDIM lancé en commercialisation dans Nice afin de devenir propriétaire.

  • Bonjour Monsieur,
    Je suis très heureuse d’avoir trouvé dans votre article une courte biographie de René Durand que j’avais cherchée vainement.
    Auriez-vous des informations sur ses activités dans la Résistance à Besançon de 1941 à fin 1943 ?
    Avec tous mes remerciements.

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