En 1983, Philippe Labro tournait « La Crime », une sombre affaire dans laquelle le commissaire Griffon (Claude Brasseur) était chargé d’enquêter à la suite de l’assassinat d’un avocat d’affaires célèbre en plein Palais de Justice. Aidé par une journaliste, le commissaire de la Crim se retrouve au cœur de l’État pour mettre au jour un complot qui implique un ministre et un puissant homme d’affaires.

Pour les besoins du tournage, l’écrivain-réalisateur cherchait un appartement neuf et des parties communes dans le XVIe arrondissement de Paris. Il nous demanda s’il serait possible de tourner quelques scènes au « Passy-Kennedy », en cours de commercialisation sur l’emplacement d’un ancien garage Peugeot situé à l’angle du Quai Kennedy et de l’avenue de Lamballe. C’était beaucoup de dérangements pendant quelques jours, mais nous avions donné notre accord.

Claude Brasseur, Jean-Claude Brialy, Jean-Louis Trintignant, mais aussi Gabrielle Lazure et Dayle Haddon, patientèrent pendant des heures, comme lors de tous les tournages, dans l’appartement modèle, le hall et les abords du « Passy Kennedy » pour le plus grand bonheur des passants et de la vendeuse qui se faisait des souvenirs.

Le 6 avril, le producteur, Alain Terzian, le régisseur, Richard Nataf, et Philippe Labro, me remercièrent et s’excusèrent pour le dérangement. Le film ne connut pas un grand succès.

Le “Passy-Kennedy”

Beaucoup plus sérieux, et plus inquiétant surtout, fut la scène qui se déroula dans le même immeuble quelques semaines plus tard. Ce n’était pas du cinéma mais cela y ressemblait. La responsable du bureau de vente me téléphona un jour pour me dire qu’elle était en contact avec un client désireux d’acheter plusieurs appartements et emplacements de voiture au « Passy-Kennedy ». Il s’agissait de Rifaat Al-Assad, le jeune frère d’Hafez Al Assad, le président Syrien. Il espérait alors succéder à son frère, mais les tensions entre les forces fidèles à Hafez et celles fidèles à Rifaat furent telles que Rifaat fut exclu et condamné à l’exil. On a beaucoup dit qu’en 2005, c’est pour déstabiliser Bachar, le fils de son frère, qu’il avait commandité l’attentat qui a coûté la vie à Rafic Hariri.

Chef des services secrets, Rifaat al-Assad, en 1983, traînait derrière lui une réputation épouvantable, mais les affaires étant difficiles, les négociations aboutirent. Rifaat Al-Assad, ne résida que très rarement dans l’immeuble, mais des barbouzes et du petit personnel passaient souvent la nuit dans les sous-sols où ils campaient et faisaient du feu. Cette situation ne pouvant plus être tolérée, la vendeuse prit son courage à deux mains, descendit dans le sous-sol pour en faire la remarque aux ressortissants syriens qui furent très aimables et promirent de ne pas continuer leurs pratiques. Cependant, quand l’un d’entre eux se pencha pour ramasser quelque chose, son revolver tomba. J’eus les plus grandes difficultés à obtenir que la vendeuse reste sur le programme. L’incident fit beaucoup rire un de mes meilleurs amis, ancien directeur de la DST, qui se souvenait très bien de la présence en France de ces « agents » syriens bien connus des services de renseignement.

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