Le 11 mars Boris Johnson présentera son budget. Ce sera un premier rendez-vous important avec les Britanniques. Il peut faire comme Trump, dépenser sans limites, mais il faudra financer les investissements promis ; la livre n’est pas le dollar, nonobstant les taux d’intérêts faibles. Pratiquer une politique gaulliste « de gauche », n’est pas si simple. Il court le risque de diviser encore plus le Royaume-Uni entre un Singapour-sur-Tamise, à Londres et le Nord de l’Angleterre qui ne verra pas son sort s’améliorer suffisamment vite par rapport aux promesses « d’une nouvelle ère“. Nous ne saurons que dans 20 ou 30 ans si le Brexit a été un succès. Je ne serai plus là pour en parler !

Les difficultés, elles, commencent aujourd’hui. Les négociations sur le nouveau partenariat entre l’Union européenne et le Royaume-Uni en matière commerciale, de sécurité ou de pêche, après l’année 2020 de transition va être d’une extrême complexité. La volonté de Boris Johnson d’aboutir avant la fin de l’année, cache mal une méthode de négociation en position de faiblesse qui n’aura comme arme que le chantage auquel les Européens devront résister en restants unis.

Pour l’instant, les positions sont très éloignées. La Commission veut un accord « zéro droit de douane, zéro quota et zéro dumping ». Si le Royaume-Uni veut continuer à profiter du marché unique, il devra respecter les règles européennes, que ce soit en matière phytosanitaire, environnementale, sociale ou d’aide d’Etat, et s’y plier par la suite si elles devaient évoluer. Dans ce cas seulement, les contrôles aux frontières pourraient être facilités.  Pour les Européens, le problème est simple. Il ne faut en aucune façon donner aux Etats membres des raisons de quitter l’Union européenne à leur tour. C’est pour l’Europe, une question de vie ou de mort !

Le Conseil va, dans les jours prochains, charger la Commission de donner mandat à Michel Barnier de négocier avec les Britanniques en deux temps. La première étape, en 2020, doit permettre d’aboutir à un « accord de libre-échange et de coopération sectorielle » qui inclurait le commerce de marchandises, la coopération douanière, les services et investissements, le cadre de la coopération réglementaire, la pêche, les transports et la mobilité des citoyens. Par la suite, la seconde étape de la négociation devrait permettre d’aboutir à des accords de coopération des autorités judiciaires et policières en matière pénale et à de nombreux accords d’échange et de coordination en matière de politique étrangère, de sécurité et de défense.

Pour Boris Johnson, les exigences européennes sont une plaisanterie. Il ne peut être question de s’aligner sur les règles européennes. Le Royaume-Uni est sorti de l’UE pour redevenir un pays indépendant et n’avoir à respecter que ses lois. Boris Johnson voudrait un accord de libre-échange comparable à celui que l’UE a signé avec le Canada, avec des contrôles douaniers, mais pas d’alignement sur les règles communautaires. Le risque pour l’Europe, c’est la concurrence déloyale. Il ne peut y avoir « accès au marché unique » sans « conditions justes et équitables » en matière d’environnement, de conditions de travail ou de fiscalité.

La promesse d’un accord « magnifique » avec les États-Unis, formulée par Donald Trump, n’est pas un rêve, c’est une illusion. Il serait beaucoup plus contraignant que l’Union européenne. Boris Johnson ne mettra pas longtemps à se rendre compte qu’il est très difficile de coucher avec un éléphant ! Je doute fort que les Britanniques soient prêts à accepter que l’Amérique leur dicte longtemps ce qu’ils doivent faire.

La négociation va être un combat. Si les Européens restent unis, l’Europe sera la plus forte. Si elle se divise, Boris Johnson l’emportera et d’autres Etats membres seront incités à suivre son exemple.

Fin juin 2020, si aucun accord n’est conclu, Boris Johnson pourra demander un délai supplémentaire ou faire le constat d’un « no deal ». Ce constat serait un coup de poker risqué, avec un retour des frontières et des taxes qui pourraient être catastrophiques pour le Royaume Uni, qui ne tarderait pas à être désuni !

Sans préjuger des négociations à venir, les autorités de Guernesey ont, dès samedi 1er février, « temporairement suspendu » l’accès des navires de pêche français aux eaux de l’île anglo-normande.  L’accès sera maintenu jusqu’à la fin de l’année quand un régime d’autorisation aura pu être instauré. Les autorités de Guernesey se sont engagées à rendre « le plus court possible le délai de délivrance de ces autorisations individuelles. Le Brexit, c’est maintenant, pour la pêche !

Autres exemples de difficultés à venir : Le Royaume-Uni continuera de dépendre de l’Union européenne pour son électricité. Chaque année, elle importe en moyenne entre 7 % et 10 % de sa consommation électrique et la France est son principal fournisseur. Qu’en sera-t-il dans l’avenir ?

Pour ce qui concerne l’industrie automobile, l’imbrication entre le Royaume-Uni et l’Union européenne est telle que l’instauration de contrôles ou de barrières aux frontières serait lourd de conséquences. 578.700 voitures ont été produites en 2019 au Royaume-Uni et exportées vers l’union Européenne. Si les normes changent, si elles ne sont plus aux normes du marché européen, le préjudice pourrait être considérable. L’Europe représente 54,8 % des exportations de voitures britanniques et le Royaume-Uni a importé près de 90 % des 2,4 millions de voitures immatriculées l’an dernier. Les conséquences du Brexit n’ont pas tardé, les investissements ont chuté.

En attendant que le « rêve » se réalise, il est probable que les mois et années à venir seront difficiles pour le Royaume Uni. Il ne pourra plus peser sur les décisions de l’Union européenne, mais ne se privera sans doute pas de manipuler les 27 Etats membres avec l’aide des Etats-Unis.

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