Assis sur une petite chaise empire, je devais faire un effort pour être attentif aux propos du conférencier alors que mon esprit s’évadait régulièrement. C’était mardi soir à l’Ambassade des Etats-Unis, à l’angle de la rue de Rivoli et de la rue Saint Florentin. Talleyrand avait fait l’acquisition et cet Hôtel en 1812, après avoir vendu l’Hôtel Matignon. Dans les jours sombres de la fin de l’Empire, il régnait dans ces lieux une effervescence qui devait faire les délices du Prince de Bénévent. J’imaginais Talleyrand, en mars 1814, paré, poudré, traînant son pied-bot de pièces en pièces pour tenter de jouer un rôle dans le nouveau régime que les vainqueurs allaient installer en France. Il négociait avec Orloff, le représentant du tsar et Schwarzenberg, le représentant de l’empereur d’Autriche, convaincu qu’il pourrait être le maître de demain. Les lieux n’ont pas seulement une mémoire, ils ont une âme !
L’invitation de l’Ambassade avait retenu mon attention. Je n’étais pas le seul ; pour la troisième fois en quelques jours, le père du Premier ministre, un homme délicieux que je connais depuis plusieurs années, était mon proche voisin. Son infatigable curiosité fait l’admiration de tous les spécialistes des relations internationales et des questions de défense. Nous étions donc conviés à rencontrer Léo Michel – Senior Research Fellow à l’Institute for National Strategic Studies (INSS), sur le thème un tantinet provocateur : Etats-Unis- OTAN – UE : un ménage à trois pour le XXIème siècle. Le fort accent américain de cet homme qui connaît bien et aime notre pays, nécessitait une permanente attention que j’avais beaucoup de mal à conserver ; d’autant plus qu’il parlait doucement, sur le ton de la confidence. Le lendemain du discours sur l’état de l’Union du Président Bush, nous étions impatients de vérifier si les Américains sont véritablement décidés à corriger l’image de l’Amérique que les néoconservateurs ont imprudemment construite et répandue depuis près de six ans. Le réalisme semble maintenant l’emporter. Le ton est plus modeste. Si « l’Amérique doit conduire le monde », elle doit le faire en ménageant ses amis au sein de l’OTAN, de l’Union européenne, et avec leur concours. Le conférencier s’est efforcé de convaincre l’auditoire que les relations entre le Pentagone et le Ministère de la Défense sont fructueuses et constantes. Elles portent notamment sur l’interopérabilité des forces, la planification et les technologies. Il semble que les Américains soient maintenant convaincus que la défense ne peut plus être que collective et dans le respect des souverainetés. C’est difficile, car il faut convaincre et non imposer.
Après avoir rappelé les nombreux désaccords qui subsistent entre nos deux pays, Léo Michel a surpris son auditoire en demandant « à titre personnel » une trêve entre nos deux pays pour pouvoir affronter plus efficacement les nombreux problèmes à résoudre. En descendant l’escalier d’honneur, dont le plafond représente la Force, la Prudence et la Renommée, j’avais du mal à retenir un petit sourire devant les photos en majesté de George W Bush, Dick Cheney et Condolezza Rize.

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