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Les commentateurs pensaient que, l’élection passée, le nouveau président des États-Unis s’adresserait à l’ensemble du peuple américain dans un discours d’investiture classique et rassembleur. Il n’en fut rien. La posture était plus présidentielle, mais les mots étaient les mêmes. Il s’est engagé, gestes à l’appui, à « reconstruire [le] pays », à lui redonner « ses rêves », « sa grandeur », « sa richesse », « ses frontières », « sa sécurité », sous les yeux les anciens présidents visiblement contents d’apprendre, devant tous les invités, qu’ils n’avaient rien fait pendant leurs mandats. « America first ! America first ! » constitue son programme, sera la ligne directrice de son mandat. L’alternance, pour la première fois dans ce grand pays, ne consiste pas en un transfert de pouvoirs entre Démocrates et Républicains ; le nouveau président s’engage à « transférer le pouvoir de Washington D.C. à vous [le peuple américain] ». Quel peuple ! Alors qu’il est, après une campagne ignoble, le président le moins bien élu depuis plus de quarante ans et entame son mandat avec une cote de popularité de 40 % seulement. Sa vision des relations internationales est du même tonneau : « « Nous avons enrichi d’autres pays alors que la richesse, la force, la confiance du nôtre s’est dissipée à l’horizon ». Bref, il a prononcé un discours populiste au sens politique donné à ce beau mot employé par tous les dirigeants qui se sont emparés du pouvoir au nom du peuple pour ensuite priver celui-ci de tous pouvoirs. Son subconscient lui a d’ailleurs interdit de se référer, comme le faisaient tous ses prédécesseurs, aux Pères fondateurs de la Nation américaine. Il ne doit rien à personne. Le passé, dont il veut faire table rase, n’existe plus. Ce qu’il veut faire, c’est une révolution.

 » À partir d’aujourd’hui, ce sera l’Amérique d’abord, l’Amérique d’abord « . La pax americana, les institutions internationales, l’OMC et ses contraintes, la COP21, le multilatéralisme, c’est fini. Maintenant, pour ce chef d’entreprise milliardaire, les affaires du monde relèveront exclusivement des intérêts américains, des deals gagnants qu’il passera avec les autres pays et avec leurs entreprises. Les USA deviennent une entreprise. Cette vision de l’avenir a un nom : le protectionnisme et une conséquence, la fin de la mondialisation. Dans les Chancelleries, c’est la panique. « Cet homme est dangereux, imprévisible.

A Davos, le 17  janvier, le président chinois, présent pour la première fois, s’est payé le luxe de défendre la mondialisation, le libre-échange, et la lutte contre le changement climatique. Les participants se frottaient les yeux, n’y croyaient pas. Comment, le président de ce grand pays communiste pouvait-il tenir ce langage à Davos, le temple du capitalisme. Au nom du même principe : La Chine d’abord ! C’est-à-dire que l’intérêt de la Chine, de ses entreprises, à la conquête du monde, est de consolider la mondialisation. La Chine de 1948 et les États Unis de 2017 seraient donc à front renversé ? Ce n’est évidemment pas possible. Tout ça pour ça !

Que les élites redoutent la  » fin de la mondialisation « , c’est évident. Les financiers ont horreur de l’imprévisible. Il est un peu tard pour s’interroger sur les raisons de la vague populiste aux États Unis et ailleurs. L’heure est à la violence verbale, à la transgression, aux attaques contre le système. Ceux qui ne craignent pas de se faire peur trouveront dans les discours et les articles de presse des années trente, un certain nombre d’analogies, mutatis mutandis naturellement.

Dans le journal Le Monde daté d’aujourd’hui, Karl Rove, républicain néoconservateur, éminence grise du président George W. Bush décode le discours de Donald Trump. Il ne faut pas croire tout ce qu’il dit. « Il veut surtout faire imploser le Parti républicain pour le changer de fond en comble, et en faire un parti nationaliste et populiste ». Ce ne sera pas si simple. « Ce n’est pas un républicain de longue date… Dans cette présidentielle, les électeurs américains ont écouté Donald Trump sans le prendre à la lettre, mais pour ses aspirations, ses orientations. Ils ont écouté ce qu’il avait à dire, et quand il a dit  » Je vais construire un mur et le faire financer par le Mexique « , ils n’ont pas pensé qu’il voulait vraiment faire construire un mur le long des 3 000 miles – environ 4 800 km – de frontière avec le Mexique. […] Les Américains ont choisi Trump pour ses ambitions : il dit qu’il va renforcer la frontière par l’érection d’un mur, cela veut dire qu’il aura une meilleure politique de sécurité aux frontières. Quand il a dit :  » Je vais déchirer l’Accord de libre-échange nord-américain « , je ne crois pas que beaucoup de gens aient sérieusement cru qu’il allait déchirer l’Alena. Ce qu’ils ont entendu, c’est qu’il allait désormais nous permettre de signer de meilleurs accords. »

Ce néoconservateur sait, mieux que personne, que la Chine et les États-Unis résoudront leurs différends commerciaux par la négociation. Jeudi dernier, le porte-parole du ministère du commerce chinois, Sun Jiwen, a prévenu : « Il y a peu d’exemples dans l’histoire contemporaine où un seul camp a rendu les armes dans une guerre commerciale. De manière générale, les deux parties finissent chacune par faire des compromis. Comment l’équipe Trump peut-elle croire que la Chine se rendra sans aucune contrepartie ? L’arrogante équipe Trump a sous-estimé la capacité de la Chine à riposter. La Chine est un acheteur de premier plan de coton américain, de blé, de soja et d’avions Boeing ». Façon élégante de rappeler le principe de réalité à la veille de l’euphorie de l’investiture.

L’Union européenne, dans ce nouveau contexte international, est prise en sandwich entre la Russie, qui affirme ses ambitions, et le discours de Donald Trump, qui souhaite d’autres Brexit pour affaiblir et peut-être même accélérer la dislocation de l’Europe. Il ne mesure pas encore le pouvoir qu’ont les mots d’un président américain. La diplomatie Twitter n’a pas sa place dans les relations internationales. Il devrait assez vite comprendre qu’un président américain doit s’abstenir de commenter la politique intérieure des chefs d’État et de gouvernement européens. Angela Merkel, le 16  janvier a très bien résumé la situation : » Notre destin est entre nos mains à nous, Européens « . C’est bien, mais il faudra passer aux actes avant que l’Europe soit le perdant du nouvel ordre international.

La crise de 1929 a produit ses effets dans les années trente. Il n’est donc pas étonnant que la crise de 2008 produise ses effets actuellement. Une partie importante de la classe moyenne, dans de nombreux pays, se sent déclassée, dévalorisée. Les revenus ne sont pas à la hauteur des besoins et des désirs. La globalisation économique néolibérale a malmené des populations. Il y a une colère, une souffrance qui n’a pas été prise suffisamment en compte. Donald Trump n’en est pas responsable ! Il veut seulement être l’avocat du  » peuple « , le porte-parole de ceux que la mondialisation a abîmé. L’autre façon de renverser la table, c’est ce que l’État islamique auquel Donald Trump promet des jours terribles, s’est fixé pour but. Au fond, ils sont en concurrence pour un monde nouveau

Joschka Fischer, ces jours derniers, dit les choses clairement dans un article intitulé  » La fin probable de l’ordre mondial occidental « .  » L’ordre occidental repose sur un engagement des Américains consistant à œuvrer à la défense de leurs alliés. Cet ordre n’aurait pu exister sans le rôle crucial joué par les États-Unis, mission à laquelle l’Amérique de Donald Trump pourrait bien renoncer. » En conséquence,  » L’avenir même de l’ordre occidental est aujourd’hui en jeu « . Il est possible que nous assistions, en toute innocence, à la fin de l’ordre américain et que nous soyons à l’aube d’un « nouveau monde ». Et la paix, que nous connaissons depuis soixante-dix ans ?

 

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