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« On a fait beaucoup de choses pour un pays qui s’appelle la Grèce. Je pense qu’il serait possible de faire aussi quelque chose pour l’agriculture ». Il était prévisible que, quelques jours après un nouveau plan d’aide à la Grèce, les exploitants agricoles, par la voix de leur président, Xavier Beulin, s’y réfèrent pour réclamer, entre autres demandes, une restructuration de la dette des agriculteurs.

La FNSEA considère que les mesures à court terme annoncées sont les bienvenues, mais qu’il est absolument nécessaire d’engager une réflexion à long terme sur les normes et règlements qui handicapent les agriculteurs français par rapport à leurs concurrents européens. C’est toute la filière agricole et le processus d’élaboration des contrats qui doivent être repensés.

Le gouvernement est visiblement embarrassé sur ce sujet. Il ne dit pas toute la vérité. « Il y a du désespoir et de la violence dans la société. Notre rôle, c’est d’apaiser et de trouver les bonnes solutions », reconnaît Manuel Valls. Oui, mais lesquelles ? Les annonces vite oubliées, les rustines sur une chambre à air poreuse, les agriculteurs n’en veulent plus. Ils savent, depuis longtemps, qu’ils n’obtiendront des mesures rapides et concrètes qu’en exerçant une vigoureuse pression sur l’exécutif. En anticipant, le gouvernement aurait pu s’éviter des affrontements générateurs de mécontentements à quelques mois des élections régionales déjà périlleuses pour le parti socialiste et ses alliés.Agriculteurs en colère

Le chef de l’État, également, aurait pu programmer la visite d’une exploitation agricole dans le calme, il y a quelques semaines. Prévue pour la viticulture, sa visite à Dijon a été perçue comme un déplacement de rattrapage. Se contenter de réagir dans l’urgence, au lieu d’agir dans la concertation et après réflexion, est une mauvaise pratique gouvernementale. Certes, Matignon est un chaudron dans lequel l’urgence est le quotidien. Nul ne l’ignore, mais c’est précisément en raison de ce réseau de contraintes qu’il faut mettre au point une organisation du travail qui inspire confiance. La confiance, maître mot s’il en est, est au centre de tous les sujets. Elle se gère, se fabrique, se construit, dans la rigueur et la méthode, jamais dans l’improvisation, ce qui est trop souvent le cas.

L’ancien chef de l’État, Nicolas Sarkozy, pourtant bien placé pour connaître le niveau d’urgence dans lequel travaille l’exécutif, a beau jeu de déclarer à l’AFP que le plan d’urgence présenté par le gouvernement n’est « pas à la hauteur de la crise de l’agriculture française ». Les mesures qu’il réclame ne sont pas nouvelles mais plairont à son électorat. Il est dans son rôle quand il réclame « de nouvelles facilités de trésorerie pour les exploitations les plus en difficulté et une restructuration des dettes pour les récents investisseurs, notamment les jeunes et qu’une perspective ambitieuse de développement soit offerte à nos éleveurs. Il n’a pas tort quand il dit qu’il « faut que le ministre de l’Agriculture dise la vérité sur la mise en œuvre de la nouvelle PAC. C’est indispensable pour que la confiance accordée aux politiques retrouve un niveau démocratiquement acceptable. Quand Xavier Beulin regrette que « Le médiateur n’ait pas voulu nous donner le nom des tricheurs », alors qu’il les connaît, c’est encore une question de confiance, de transparence et de vérité.

Les professionnels du lait – producteurs, industriels et distributeurs – ont rencontré le ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, ce matin, pour évoquer une revalorisation des cours promise et non encore réalisée. Quatre mois après la fin des quotas européens, le litre de lait est payé 30 centimes aux producteurs, un prix qui ne couvre pas les charges. Il manque au moins 3 à 4 centimes.

Le chef de l'Etat en visite à Dijon

Le chef de l’Etat en visite à Dijon

Le ministre espérait que tous les acteurs accepteraient de s’engager sur un prix de 34 centimes le litre. Les exploitants ne veulent plus être pris en étau entre les contraintes du marché et les contraintes fiscales et sociales françaises qui sont insupportables. Ils ne veulent plus se contenter de promesses d’allégements des contraintes administratives qui ne sont jamais suivies d’effet. Ils n’ont plus confiance. C’est le principal problème du chef de l’État qui n’attend rien de l’Union européenne dans le contexte actuel. Pour mettre la pression sur les transformateurs, des laiteries sont bloquées en Vendée et dans la Manche.

En fin de matinée, après trois heures de discussion, les producteurs de lait ont obtenu une revalorisation du prix du lait qui ne pourra plus descendre en dessous de 34 centimes le litre. C’est une relative satisfaction en attendant la réunion des ministres de l’Agriculture de l’Union européenne qui se tiendra le 7 septembre. Cette revalorisation n’est en effet que temporaire.

Dans le Figaro, ce matin, l’essayiste Roland Hureaux compare la crise grecque et la crise des éleveurs français. Il trouve de nombreux points de similitude : endettement, puissance de l’Allemagne, déclassement des pays latins, fonctionnement de l’euro. Son argumentation est pertinente. L’euro, sans politique économique commune, provoque de sérieuses distorsions. Il est exact qu’entre les éleveurs français et leurs concurrents européens, « il y a des dérives de coûts qui rendent les producteurs français moins compétitifs, malgré les efforts considérables qu’ils ont faits pour tenir le choc. »IMG_0741

L’Allemagne a effectivement bénéficié d’avantages comparatifs que l’agriculture française n’a pas ou n’a plus : le smic agricole n’existe pas, ce qui permet d’employer à bas prix des garçons de ferme venus de l’Est, de grandes exploitations modernes inondent le marché européen, en particulier celui du lait, et font baisser les prix. Les mesures prises par le gouvernement Schröder, pour faire baisser les coûts allemands a eu pour effet de déséquilibrer la zone euro à l’avantage de l’économie allemande. L’euro a fait de l’Allemagne une grande puissance agricole, ce qui n’était pas le cas en 1957, lors de la création du Marché commun.

Dans le même temps, les contraintes administratives se sont multipliées pour des raisons sanitaires, environnementales et fiscales. Les agriculteurs passent maintenant un temps fou, après leur dure journée de travail, à remplir des imprimés décourageants, pour ne pas dire humiliants.

Il n’est que temps de remettre à plat tout le système en commençant par comparer les charges réelles entre les différents concurrents, par les rééquilibrer et par alléger les contraintes administratives.

Si, dans un proche avenir, une volonté politique dans ce sens ne s’exprime pas, la France, sans son agriculture, son élevage, ne serait plus la France.

 

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