Nous avons poursuivi notre escapade en direction de l’Ile de Bréhat, notre destination finale. « Les Terrasses de Bréhat », un hôtel modernisé qui a ouvert en juin, étaient plongées dans un épais brouillard. Le soir, au dîner, je demandais à la serveuse où était l’île de Bréhat. « En face, monsieur ». « Mais je ne vois rien ». « Il y a un brouillard de chaleur très inhabituel », me répondit-elle, comme pour s’excuser. Immédiatement, comme par miracle, le brouillard se dissipa, laissant apparaitre l’île, si proche de la Pointe de l’Arcouest, dans toute sa beauté. Le lendemain matin, nous empruntions la vedette pour une longue promenade dans l’île. L’archipel de granit rose, car il n’y a pas moins de 86 îlots et récifs à Bréhat, est particulièrement favorisé par le Gulf Stream. L’île, sur la carte, forme un 8 ; les deux parties de l’île, au nord et au sud, sont reliées par un banal muret de pierre du XVIIIe pompeusement dénommé « pont Vauban ». Premier site naturel de France classé, l’île, dans sa partie sud, est un véritable jardin botanique dans lequel quelques propriétaires privilégiés semblent avoir engagé une compétition pour désigner celui qui aurait les plus beaux hortensias, agapanthes, coloquintes, aloès, mimosas, palmiers et autres pins centenaires

Bréhat-La Chapelle Saint-Michel

On ne peut qu’être séduit par l’exceptionnelle beauté de Bréhat qui a particulièrement inspiré l’académicien Érik Orsenna : « Une île qui intimide les nuages : ils demeurent au loin. Une douceur envoûtante de l’air, sans doute la caresse d’un des bras du Gulf Stream. Une flore d’autres latitudes, aloès, mimosas, palmiers, un morceau de Sardaigne au milieu de la Manche » (Deux Étés). La promenade est en effet de toute beauté. Pour accéder à la Chapelle Saint-Michel, le nombre de marches est à peu près aussi important que pour entrer dans l’hôtel de la Reine Hortense à Dinard. C’est tout dire, mais là encore la récompense est en haut des marches. La vue sur la mer et les îlots est magnifique.

C’était dimanche, les Verreries de Bréhat étaient fermées. En revanche, la place du bourg était très animée en fin de matinée. Les résidents, apparemment très « seizième arrondissement », reconnaissables à leurs cirés jaune et leurs nombreux enfants, se pressaient, à pied ou en vélo, pour faire leurs courses et ramener la baguette. La carriole tirée par un âne, quelques tracteurs, sont les seuls moyens de locomotion dans l’île. C’est très bien, mais un peu contraignant. Bréhat est un mélange de ce qu’était jadis Saint-Tropez, de ce qu’est encore Port-Cros et de quelques endroits privilégiés de Sardaigne. Oh, non, pardon, c’est Bréhat qui est unique ! Seul un tour de l’île en bateau permet de voir les nombreuses criques qui ne sont accessibles que par la mer et de prendre conscience de ce qu’est cet archipel, un site hautement dangereux pour la navigation, avec ses rochers à fleur d’eau et ses courants de toutes sortes. Il faut être un bon marin pour s’y aventurer. Au mois d’août 1944, de nombreux phares  volèrent en éclats. Sur l’île de Bréhat, les feux du Paon et du Rosédo, le phare des Héaux, les phares de La Croix, des Sept-îles et des Roches-Douvres furent détruits partiellement ou en totalité.

 

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