« Le monde se divise en deux : ceux qui veulent être quelqu’un et ceux qui veulent réaliser quelque chose ». Jean Monnet avait coutume de citer cette devise de Dwight Morrow et ne manquait pas d’ajouter : « Il y a moins de concurrence. »

Dans le journal Le Monde du 17 mars 1979, sous le titre : Jean Monnet : l’homme aux idées claires », Pierre Viansson-Ponté avait remarquablement expliqué pourquoi Jean Monnet avait fait sienne cette devise ; sa carrière l’illustrait parfaitement. Dans la discrétion, inconnu – ou presque – du grand public, « Jean Monnet ne fréquentait pas le monde politique français, haïssait les mondanités, les cocktails, les réceptions, le formalisme, les projecteurs de l’actualité ; il refusait les titres, les fonctions honorifiques sans contenu réel. »

Robert Schuman (à droite) et Jean Monnet

Autodidacte, il avait une méthode, un talent rare, qui trouva, au gré des circonstances, l’occasion de s’exprimer. On dirait aujourd’hui qu’il n’avait pas son pareil pour monter des deals. Penser interallié, coordonner des actions, créer des organismes communs, des institutions, était sa spécialité.  « Jean Monnet a abrégé la guerre d’un an » dira un jour le général Marshall au journaliste Walter Lippmann. C’est Pierre Viansson-Ponté qui le rapporte dans son article.

Le 21 décembre 1945, le conseil des ministres institua le Commissariat général au Plan et nomma à sa tête, celui qui en avait eu l’idée : Jean Monnet. Le célèbre journaliste du Monde raconte que « c’est de son bureau de la rue de Martignac que partira, au printemps de 1950, la feuille de papier destinée à Robert Schuman, ministre des affaires étrangères, qui inclura tout simplement les quinze lignes de texte qu’elle comporte dans le discours qu’il doit prononcer devant ses collègues européens. Avec ces trois phrases, l’Europe va naître, une nouvelle aventure commence, celle de Jean Monnet l’Européen, synthèse et aboutissement de son étonnante carrière. »

Dans ce discours, prononcé le 9 mai 1950 dans le salon de l’Horloge du quai d’Orsay, Robert Schuman propose la mise en commun des ressources de charbon et d’acier de la France et de la République fédérale d’Allemagne, dans une organisation ouverte aux autres pays de l’Europe. Cinq ans, presque jour pour jour, après la capitulation sans condition de l’Allemagne, la déclaration Robert Schuman, du 9 Mai 1950, a constitué un tournant dans l’Histoire de l’Europe et le point de départ de l’Union Européenne.

9 mai 1950 – La déclaration de Robert Schuman

Le Figaro, dans sa livraison du lendemain, écrivait que « l’initiative française est proprement révolutionnaire. C’est la première fois dans l’Histoire qu’une puissance envisage de conclure avec un adversaire séculaire un accord aussi étendu, dont le premier effet devrait être de rendre pour l’avenir toute guerre, entre l’une et l’autre, matériellement impossible. »

En référence à cette déclaration fondatrice, les chefs d’Etats et de gouvernements des pays membres, réunis en Conseil européen les 28 et 29 Juin 1985, ont décidé d’instituer le 9 mai de chaque année, la Journée de l’Europe.

Chaque année – ou presque – je célèbre cette journée à ma façon. Une nouvelle fois, quelques jours avant les élections européennes, cette journée est un peu particulière. Une nouvelle fois, la campagne n’en finit pas de tarder à commencer. L’opinion doute ; elle est agitée de sentiments contradictoires à l’égard de l’Europe. Les chefs de file des listes de candidats parlent de tout, sauf de l’avenir de l’Europe. Ils ont oublié – ou ne connaissent pas – la devise de Jean Monnet. Sont-ils à la hauteur de la situation ? Il est permis d’en douter ! Face à tout ce qui ne va pas, il faut un bouc émissaire. C’est Bruxelles, la Commission, qui ne serait pas élue démocratiquement, les institutions jugées trop technocratiques et trop lointaines, les dirigeants, jugés trop faibles, sans imagination créatrice, trop experts en complexité, jugés incapables de relever les défis. Mais enfin, l’Europe, c’est nous, ce n’est pas Bruxelles !

Pourtant, les chiffres sont là. Les 500 millions d’Européens représentent 7% de la population mondiale, 25% de la production mondiale font de l’Europe le plus grand PIB du monde, un quart des échanges mondiaux, 50% des prestations de sécurité sociale distribuées dans le monde. Le reste de la planète aspire au mode de vie des Européens. Un modèle économique et social qui respecte l’homme comme nulle part ailleurs. Un compromis entre la liberté individuelle et l’intérêt général exceptionnel. Dans le classement de l’égalité sociale, les dix-huit premiers pays sont membres de l’Union européenne. Le rêve européen demeure très fort dans le reste du monde où aucune autre construction d’un espace politique supranational n’est aussi avancée.

Nous venons de publier, Jean-Paul Benoit et moi, les entretiens que nous avons eus ces dernières semaines, sur l’état de l’Union européenne et son avenir. Sous le titre, volontairement provocateur, pour bien exprimer nos opinions respectives, « L’Europe : l’être ou le néant ? », nous abordons franchement les questions qui fâchent.

Reconstruire le projet européen, refonder l’Europe, la réinventer, peu importe le mot retenu. Ce qui compte, c’est que les traités, les institutions, la gouvernance, concilient démocratie et liberté ; ce qui compte, c’est que soit restaurés l’union, le sens du collectif, le modèle économique et social, l’humanisme, le souci de la civilisation, le mode de vie ; bref, tout ce qui forme un ensemble de valeurs qui donne un sens au projet européen.

Il faut inventer d’urgence une nouvelle histoire et construire une nouvelle adhésion des citoyens européens à un nouveau projet. La communauté des nations européennes a les moyens de construire une nouvelle ambition démocratique qui lui permette de maîtriser son avenir. Il suffit de le vouloir. Encore faut-il le vouloir !

C’est parce que nous le voulons, Jean-Paul et moi, que nous publions cette contribution, pour ne pas dire, cet appel que Enrique Baròn Crespo, ancien président du Parlement européen, a bien voulu partager dans la préface qu’il nous a offerte.

« L’Europe : l’être ou le néant ? » ISBN 979-10-95183-00-6 peut être commandé dans toutes les bonnes librairies et sur amazon. Il peut également être acheté dans la boutique en ligne du site de promotion des livres de l’éditeur, Editions Maïa.

Le lien est le suivant :
https://www.simply-crowd.com/produit/leurope-letre-ou-le-neant/

Et sur amazon, le livre est disponible en e-book :

https://www.amazon.fr/dp/B07RJG5F5T

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.